Julia Margaret Cameron, Capturer la beauté

Le travail visionnaire d’une artiste qui se lance à corps perdu dans la photographie à l’époque victorienne
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Musée du Jeu de Paume
Jardin des Tuileries –1 Place de la Concorde
75001
Paris
Jusqu’au 28 Janvier 2024. Du mercredi au dimanche de 11h à 19h - Nocturne le mardi jusqu’à 21h
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Thème

Julia Margaret Cameron, membre de la bourgeoisie victorienne, est une photographe dont la brève carrière marqua définitivement l’histoire de la photographie en raison d’une liberté de création à contretemps des conventions de son temps qu’elle défendit avec vigueur et qui allait inspirer ensuite de nombreux artistes. 

Femme de fort caractère, - sa petite-nièce Virginia Woolf évoque une femme d’une « vitalité indomptable » - Margaret Cameron, après une vie cosmopolite entre Inde et Angleterre, se voit offrir par sa fille et son mari une premier appareil à 48 ans et commence à photographier, dans le poulailler de sa maison de l’ile de Wight transformé en studio, ses proches : famille, employés, voisins.
Elle ose les partis pris techniques, les gros plans, les compositions travaillées comme des tableaux, rangeant ses œuvres en   trois catégories, « portraits », « madones » et sujets d’imagination ».

Elle fait partie des rares femmes artistes du XIXe qui ont pu d’une part cultiver leur art, d’autre part en laisser des traces. 

L’artiste elle-même n’hésitait pas à donner et vendre ses tirages, et le Victoria And Albert Museum de Londres commença la collection de ses œuvres dès 1865.

L’exposition permet de découvrir cette artiste majeure dans l’histoire de la photographie en lui offrant une vitrine au-delà du cercle des amateurs de ce médium et de l’histoire de l’art anglaise.

Points forts

Les photographies, consacrées exclusivement à la figure humaine, plongent dans un univers singulier caractérisé par : 

  • Une déroutante fantaisie poétique. 
  • Une fascination pour la beauté esthétique. 
  • Une puissante imagination, notamment dans la volonté de transposer en photographie la vision de l’artiste de scènes allégoriques, bibliques ou littéraires.
  • Des tirages à fort contraste, aux fonds neutres, sans aucune présence animale, minérale ou végétale.
  • Un grain volontairement flou qui laisse flotter un parfum de mystère.
  • Le refus absolu de toute retouche.
  • Une rigueur extrême dans la construction, la prise de vue et les tirages réalisés par la photographe elle-même. 
  • Une boulimie de travail, et un sens aigu de chaque détail : lumière, costumes, accessoires.
  • L’empreinte de son admiration pour la peinture de la Renaissance préraphaélite et la sculpture classique.

Tour à tour, défilent : 

  • Des portraits composés d’enfants et de femmes d’une grande sensibilité, émouvants de beauté diaphane et éthérée. 
  • Les visages de voisins célèbres ou anonymes, d’une puissante  expressivité et dans des poses d’une grande liberté, notamment  des portraits de femme à la chevelure flamboyante.
  • Des tableaux vivants de scènes bibliques ou littéraires. 
  • Le travail de Julia Margaret Cameron offre un superbe voyage onirique et impressionne par son originalité dans une époque corsetée pour les femmes.

Quelques réserves

Aucune réserve tant l’univers photographique de Julia Margaret Cameron est sensible, innovant et attachant.

Encore un mot...

Un joli podcast permet de déambuler dans les salles en écoutant la douce voix de Clémence Poésy sur les mots de Virginia Woolf présentant la personnalité et le travail de sa grand-tante.

Une illustration

Julia Margaret Cameron  Mary Hillier, 1873 Tirage albuminé  © Musée du Jeu de Paume
Julia Margaret Cameron Mary Hillier, 1873 Tirage albuminé © Musée du Jeu de Paume

Une phrase

- « Dès le premier instant, je manipulai mon appareil avec une tendre ardeur, tant et si bien qu’il était devenu à mes yeux semblable à un être vivant doté d’une voix, d’une mémoire et d’une vigueur créatrice. » Margaret Cameron

- « Telle une tigresse quand il s’agissait de ses enfants, elle était d’une aussi majestueuse intransigeance à propos de son travail. » Virginia Woolf.

L'auteur

Julia Margaret Pattle naît en 1815 à Calcutta en Inde d’une mère aristocrate française et d’un père employé de la Compagnie britannique des Indes orientales. 

Principalement éduquée en Europe entre la France et l’Angleterre, elle regagne l’Inde à 19 ans en 1834. En 1838, elle épouse Charles Hay Cameron, juriste de vingt ans son aîné. Le couple s’établit à Ceylan (aujourd’hui Sri Lanka) où son mari fait l’acquisition de plantations de café. 

Le couple aura six enfants, adoptera deux orphelins, élèvera  plusieurs petits- neveux et assurera l’éducation de l’une de leurs domestiques. 

En 1848, toute la famille rentre en Angleterre lorsque Charles prend sa retraite.  

Grâce à l’une de ses sœurs, Julia Cameron rencontre à Londres poètes, peintres et écrivains qui participent à l’histoire culturelle et artistique de l’Angleterre victorienne. En 1859, les Cameron achètent une propriété sur l’île de Wight. Julia débute la photographie en 1864 et produit plus de mille œuvres jusqu’en 1875, date de son retour à Ceylan qui marque le quasi- arrêt de son travail en raison des difficultés pour se procurer du matériel. Une première exposition de ses créations a lieu au British Museum dès 1865. Elle expose ensuite régulièrement. Elle meurt en 1879 à l’âge de 64 ans.

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