Monet Mitchell, l’enchantement des couleurs

Les accords entre les œuvres et les sensations de ces deux artistes exceptionnels, face au paysage et à la nature qu’ils ont tous les deux observés.
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Fondation Louis Vuitton
8, Avenue du Mahatma Gandhi Bois de Boulogne
75116
Paris
jusqu’au 27 février 2023, de 11h à 20h sauf le mardi Nocturne le vendredi jusqu’à 23h

Thème

S’inspirant de la déclaration de l’artiste américaine Joan Mitchell « j’aime le Monet de la fin », les tableaux réalisés par les deux peintres sont réunis pour la première fois à la fondation Louis Vuitton, et tout particulièrement les études de Monet pour son chef-d’œuvre Les Nymphéas

L’exposition est divisée en deux parties, dont une rétrospective consacrée à Joan Mitchell, dans les salles du niveau -1, qui permet de faire connaître l'œuvre de l’artiste américaine au grand public, et introduit parfaitement la correspondance de ses tableaux avec ceux de Claude Monet. L’exposition se poursuit dans les salles des niveaux supérieurs où dialoguent les tableaux de Claude Monet et de Joan Mitchell.

La rétrospective Joan Mitchell est la plus importante en Europe depuis trente ans. Elle réunit une cinquantaine d'œuvres sur 1 000 m2. Dans la première moitié des années 1950, Joan Mitchell participe à la scène américaine marquée par l'expressionnisme abstrait. La singularité de sa peinture se caractérise par l'intensité de sa palette, sa recherche incessante de la couleur et de la lumière, son rapport intime aux paysages : 

« I carry my landscape around with me ». Au-delà de sa connaissance des grands maîtres modernes (Van Gogh, Cézanne, Matisse, Monet…), l'art de Joan Mitchell trouve également son inspiration dans la musique et la poésie. Le parcours se construit au fil des grands cycles réalisés aux Etats-Unis, puis à Paris, ville d'accueil dans laquelle Joan Mitchell s’installe définitivement en 1959. En 1968, elle achète la maison de Vétheuil, lieu qui va insuffler une véritable harmonie à son œuvre. D'abord célébrée par une peinture lumineuse, flamboyante, Vétheuil voit naître ses grands polyptyques des années 1970.

Cette rétrospective s'attache à parcourir la vie et à l'œuvre de Joan Mitchell, née un an avant la mort de Claude Monet, et désormais considérée comme l’une des peintres les plus éclatantes de la seconde moitié du XXe siècle. 

L’exposition Monet-Mitchell se déroule dans huit salles du rez-de-chaussée au 2ème étage de la fondation Vuitton.

Elle met en regard un choix de peintures réalisées par Claude Monet à Giverny sur la thématique des nymphéas et les tableaux de Joan Mitchell créés dans sa maison de Vétheuil, qui surplombe celle dans laquelle Claude Monet a séjourné de 1978 à 1881.

L’accrochage souligne les accords entre les œuvres et les sensations de ces deux artistes exceptionnels, face au paysage et à la nature qu’ils ont tous les deux observés.

Leur peinture avait déjà été rapprochée lors de l’émergence de l'expressionnisme abstrait américain dans les années 1950. En effet, Les Nymphéas de Claude Monet trouvent une consécration dès les années 1950 aux États-Unis, où ils sont perçus comme précurseurs de l’abstraction par les peintres de l'expressionnisme abstrait.

Les tableaux présentés de Claude Monet sont une immersion dans l’univers des Nymphéas, et la restitution des motifs longuement observés à Giverny. 

Les tableaux de Joan Mitchell sont une exploration à travers le filtre de sa mémoire, de la transposition, de ses « feelings » ou perceptions vécues dans l’espace de son atelier de Vétheuil, village du Vexin français, situé sur un méandre de la Seine.

L’effet miroir de l’eau constitue un sujet de prédilection à la fois pour Monet avec les différentes plantes aquatiques du bassin aux nymphéas, et pour Mitchell avec la Seine, qui fait écho au lac Michigan de son enfance.

L’interférence de la lumière, la similitude de la gamme chromatique, les intensités nuancées de bleus, jaunes, verts, rouges jusqu’aux roses et mauves, s’allient gracieusement et font émerger une délicate concordance dans leurs œuvres, dont les grands formats expriment une grande liberté gestuelle.

Le paysage des bords de Seine inspire les deux artistes. Ils partagent la même sensibilité aux couleurs et à la lumière, qui constituent la base de leur art. 

Joan Mitchell cherche leur association dans sa mémoire qu’elle sollicite en permanence ; Claude Monet abandonne tardivement le contour des formes au profit de la couleur et d’une lumière fugace. Ainsi, les mondes végétaux, aquatiques et atmosphériques de Monet et Mitchell produisent un éloge lyrique à la nature.

Le parcours se termine sur deux grands ensembles : d’une part le triptyque L’Agapanthe de Claude Monet, exposé pour la première fois dans son intégralité, et qui a joué un rôle important pour la reconnaissance de l’artiste aux Etats-Unis ; d’autre part, les dix tableaux du cycle La Grande Vallée de Joan Mitchell.

Les tableaux des deux artistes évoquent la dissolution du sujet dans la couleur et repoussent les limites spatiales. Le spectateur est alors plongé dans une expérience immersive et contemplative.

Points forts

Les médiatrices présentes dans l'exposition proposent chaque demi-heure des micro-visites gratuites. Elles permettent de découvrir une sélection d’œuvres et d’avoir une première approche dans la découverte de l’exposition.

Quelques réserves

La signalétique de l’espace Documentation pourtant intéressant, est hélas peu visible au niveau 1.

Encore un mot...

L’exposition « Monet-Mitchell » est organisée dans le cadre d’un partenariat scientifique avec le Musée Marmottan Monet.

Le choix d’une soixantaine d’œuvres emblématiques des deux artistes, offre au public un parcours sensible, ponctué de remarquables correspondances visuelles et thématiques. 

Le catalogue de l’exposition Monet-Mitchell est disponible en coédition avec les éditions Hazan (39,90 €). Il explore les correspondances entre les œuvres tardives de Claude Monet (1914-1926) et les peintures de Joan Mitchell (1925-1992). Les chefs-d’œuvre et les essais réunis dans le catalogue, font ressortir les points de convergence liés à la couleur, à la lumière, à la gestualité, à la nature et aux paysages de Giverny et Vétheuil, qui ont profondément inspiré les deux artistes.

Une illustration

L'auteur

Claude Monet

Claude Monet, né le 14 novembre 1840 à Paris, est un peintre français, et l’un des fondateurs de l’impressionnisme.

Il commence sa carrière d’artiste en réalisant des portraits-charge des notables de la ville du Havre.  En 1859, sur les conseils du peintre Eugène Boudin, il part tenter sa chance à Paris.  En 1866, il connaît le succès au Salon de peinture et de sculpture grâce à son tableau La Femme à la robe verte représentant Camille Doncieux qu’il épouse le 28 juin 1870.  

Il fuit la guerre de 1870 et se réfugie à Londres, puis aux Pays-Bas. Dans la capitale anglaise, il fait la rencontre du marchand d'art Paul Durand-Ruel, qui sera sa principale source de revenus, pendant le reste de sa carrière. Revenu en France en 1871, il participe à la première exposition des futurs impressionnistes, en 1874.

En 1876, il rencontre Ernest Hoschedé, un mécène qui va rapidement faire faillite. La mort de Camille en 1879 et les nombreuses absences d'Ernest, conduisent au rapprochement de Monet et d'Alice Hoschedé, l’épouse d’Ernest Hoschedé. En plus de peindre intensivement la Seine, Claude se rend régulièrement sur la côte normande pour peindre sur le motif. En 1883, lui, ses deux enfants et la famille Hoschedé emménagent définitivement à Giverny. C'est à partir de cette période que prennent fin ses ennuis financiers.

À partir de 1890, Monet se consacre à des séries de peintures, en peignant le même motif à différentes heures de la journée, et à diverses saisons. Il peint aussi des dizaines de toiles en parallèle, changeant en fonction de l'effet présent. Il commence par Les Meules, puis enchaîne successivement Les Peupliers, la série des Cathédrales de Rouen, celle des Parlements de Londres et Les Nymphéas de son jardin, qu'il décline en grand format pour peindre ce qui deviendra les "grandes décorations" qui seront installées au musée de l'Orangerie. 

Dès ses premières ébauches, Monet peint devant le modèle sur l'intégralité de sa toile. Il retouche ensuite de nombreuses fois jusqu'à ce que le résultat le satisfasse. Il termine la plupart de ses toiles en atelier, prenant souvent modèle sur les premières peintures d'une série pour peindre les autres.

La fin de sa vie est marquée par la mort d'Alice et par sa maladie des yeux, la cataracte, qui affecte son travail. Il meurt à 86 ans d'un cancer pulmonaire, le 5 décembre 1926 à Giverny.
 

Joan Mitchell

Joan Mitchell est née le 12 février 1925 à Chicago. Elle est élevée dans une famille fortunée, son père est un célèbre médecin. Elle se tourne très vite vers les arts et obtient son Master of Fine Arts en 1950. Elle étudie aussi à l'école de Hans Hofmann à New York puis voyage en France, en Espagne et en Italie. Dans les années 1950, elle est considérée comme un membre important de l'École de New York, groupe composé des grands peintres expressionnistes abstraits de cette époque (Jackson Pollock, Franz Kline, Willem de Kooning, etc.)

Le début de son travail est influencé par Vincent van Gogh, Paul Cézanne, Vassily Kandinsky, puis par Franz Kline et Willem de Kooning, entre autres.

Son art est un savant mélange de fougue et de délicatesse. Ses choix sont audacieux et ses coups de pinceaux énergiques.

En 1955, Joan Mitchell s'installe en France pour rejoindre son compagnon le peintre québécois Jean-Paul Riopelle, avec lequel elle aura une relation longue et tumultueuse, où chacun inspire l'art de l'autre. Ils habitent d'abord Paris, dans le 15e arrondissement, avant de déménager à Vétheuil, un village du bord de la Seine. 

La collaboration entre les deux artistes est riche, et les étapes de leur relation sont tout à fait visibles dans l'œuvre de Joan Mitchell. Elle meurt à Paris le 30 octobre 1992.

 

Commentaires

Annie Daste
dim 19/02/2023 - 12:27

Je ne suis pas du tout d'accord avec les critiques dityrambiques que je lis parfois. J'ai eu l'impression que Monet servait d'"appât" pour faire venir un public qui ne viendrait pas pour Mitchell toute seule ! Mon seul regret : pas assez de tableaux de Monet. Ceux de Mitchell m'ont laissée totalement indifférente, aucun intérêt. L'amie qui m'accompagnait et un ami qui vient de faire la visite sont tout à fait de mon avis. Dommage !

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