Je suis Romane Monnier

Douter de tout puis disparaître. L'illusion d'échapper à la bulle numérique...
De
Delphine de Vigan
Gallimard
Parution décembre 2025
333 pages
22 euros
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Qui d' entre nous n' a jamais cherché un jour, par inadvertance, malice ou curiosité à pénétrer dans l' intimité d' un proche - parent, enfant, ami -  voire d' un inconnu ? Simple hasard, concours de circonstance, voilà soudain Thomas confronté à cet objet familier, guide de nos vies et prothèse omniprésente dans nos mouvements, le voilà donc en possession d' un téléphone portable qui ne lui appartient pas. Il ne s' agit pas d'un acte manqué de la part de la  propriétaire de l'instrument, Romane Monnier, mais bien d' une volonté délibérée de lui confier les codes, les clés,  les secrets de son existence. L'ordre est bref mais sans appel  : gardez le. 

Que faire ? Se débarrasser de l'objet ou se mettre en chasse, débusquer, cerner peu à peu les traces numériques dispersées dans le cœur de l'appareil : photos, fichiers audio, enregistrements, conversations whatsapp... Des milliers de petits cailloux blancs semés par l'une de ces " petites poucettes" chère au philosophe Michel Serres. 

Mais pourquoi, pour qui est-ce si important de laisser une trace, s' interroge Romane Monnier ? Thomas lui, veut comprendre car il est rattrapé, aspiré par son passé. Pauline, la mère de sa fille a disparu un jour, comme ça, sans crier gare, sans donner aucun signe de vie. Pourquoi l'a-t -elle laissé se débattre seul, comme un animal pris au piège, avec ses doutes, ses angoisses, sa peur de ne pas être à la hauteur ? Comment élever un enfant non désiré, une fille de surcroît, bref comment passer du stade de jeune homme maladroit à celui du père de famille avisé ? 

D'abord  trouver un travail,  Thomas a donc ouvert un magasin de reprographie, ce lieu où l'on  laisse des traces, des documents écrits. Romane Monnier, elle, s' est envolée. Que cache cette disparition,  quel malaise existentiel l'a conduit à renoncer progressivement à toute vie sociale,  à rompre les liens avec son entourage?

Thomas avance et se perd. Car les écrans, il le sait, nous consument. Pratiques compulsives, addictions irrésistibles, nous sommes le jouet de notre propre portable, mais lorsqu'il s' agit de celui d'un autre, le résultat est vertigineux... 

Points forts

Le procédé narratif qui recense les fichiers sonores, conversations, dialogues de Romane Monnier avec son entourage ou son psy est subtil et efficace. “Hypocrite lecteur, mon frère”, écrivait Baudelaire, nous voilà donc à notre tour transformés en  voyeurs voraces, emportés dans le sillage de Thomas. 

Mais Romane nous dit une chose essentielle, que nous soupçonnons sans oser nous l'avouer : le réel est en train de s' effondrer.

Romane et Léo, la fille de Thomas appartiennent à cette génération Z née autour de l'an 2000. Delphine de Vigan saisit avec beaucoup de finesse  les doutes de ces jeunes adultes, leur impuissance face au chaos du monde.  

Quelques réserves

Certes on peut se lasser du nombre d'échanges, de plus en plus brefs, retrouvés dans le portable de Romane, mais les personnages qui la pistent, Thomas, Léo, ont une vraie (que signifie ce mot aujourd'hui ?) épaisseur et tirent ce récit vers un surcroît d'humanité... 

Encore un mot...

Comment disparaître ? Romane, un peu paumée, va demander conseil à l'IA qui lui propose une panoplie de solutions, toutes légales. ChatGpt l'interroge même sur le pourquoi de cette décision, remarque qu' aucun humain n'avait osé adresser à Romane.

“Seules les traces font rêver”, disait René Char. 

Une phrase

“ Dans le métro, tous ces visages penchés sur leur téléphone. Leurs écrans caressés de droite à gauche ou de haut en bas. 

La succession infinie des images : danses, guerres, maquillage, témoignages, enfants tués,  amputés et shampoing sponsorisé. 

Leurs conversations silencieuses, menées du bout des doigts, ou bruyantes, dans l' illusoire intimité des casques et des écouteurs. 

Il paraît qu'avant, les gens lisaient des livres ou s'observaient. Je ne m' en souviens pas. 

Parfois je fixe quelqu'un, longtemps, juste pour croiser un regard.” P.286

L'auteur

Delphine de Vigan est une romancière, scénariste et réalisatrice. Elle a publié de nombreux romans dont Rien ne s' oppose à la nuit (Jean-Claude Lattès, 2011, qui obtient le prix du roman FNAC, le grand prix des lectrices de Elle, le prix Roman de France Télévisions et le Renaudot des lycéens ; D’après une histoire vraie (Jean-Claude Lattès, 2015) ; Les enfants sont rois (Gallimard, 2021) où elle abordait le sujet des enfants surexposés aux réseaux sociaux.  

Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues. 

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