Le corset
Parution le 5 février 2026
176 pages
18 €
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Thème
Jean, grand-père aimé, soupire à l’oreille de sa petite-fille Vilma, au moment où il rend son dernier souffle entouré des siens, "elle va finir comme ma mère". Vilma, jeune femme curieuse, aimante et anticonformiste assumée, qui souffre d'une affection pulmonaire, décide de percer ce qui lui semble une énigme et un avertissement qui lui est adressé. Les jours qui précèdent l'enterrement, elle reste auprès de sa grand-mère Nane et explore les piles de souvenirs de leur vie, à la recherche des indices que son aïeule semble vouloir lui cacher. L'immersion progressive dans la vie de ses grands-parents et arrière-grands-parents ravive aussi l'amour éteint de Vilma pour Nathan et pourrait bien donner du sens à cette phrase énigmatique, pour autant qu'elle en découvre les secrets cachés.
Points forts
Ce récit à la première personne - c'est Vilma qui s'exprime - se déroule au cours des jours qui séparent la mort de Jean de son enterrement. Cette temporalité particulière commande les chapitres, ouverts chaque jour par un petit avant-propos énigmatique à la mode des romans du XIXème siècle. - - L’écriture de ce roman est légère et profonde, d'un humour discret teinté d'un peu d'autodérision - Vilma étant une jeune femme attachante dans sa quête, curieuse et obstinée, dont l'angoissante affection pulmonaire met la vie en péril au hasard des crises qu'elle subit.
Sans rien dévoiler de l'intrigue, car il en a une que Vilma s'acharne à tenter de démêler, ce roman a pour thème la filiation, ses vérités partagées, ses non-dits ou ses mensonges, qui amèneront Vilma et son ami Nathan à faire éclore ces fameux secrets de famille et ainsi éclairer d'une lumière inattendue la vie de ses grands-parents, et finalement, la sienne.
Quelques réserves
Absolument aucune réserve pour ce roman à l'écriture si sensible !
Encore un mot...
Le corset est un très beau roman, une pépite qui surgit sans qu'on s'y attende. Difficile de distinguer ce qui fait le plus son charme, la qualité de l'écriture, l'épaisseur des personnages, l'originalité du récit. Poésie un peu, intrigue sans doute, tendresse, beaucoup. Une plume vive et - de mon point de vue, vraiment inspirée ! L’ouvrage raconte avec une certaine pudeur la vérité sur la vie des femmes au début du 20ème siècle, leur désir d'émancipation et la brutalité du regard de la société pour celles qui, abandonnées des amis d'un soir ou d'un amant, seront rejetées par leur famille car enceintes.
Au-delà des mots, si justes, il y a encore ce qu'un couple qui forme famille choisit de cacher ou de dévoiler pour construire une vie, en transmettre la joie quand les blessures de l'âme peinent à cicatriser. Vanessa Caffin, avec beaucoup de talent et ce corset qui n'est pas qu'une métaphore, nous fait vivre la quête de vérité de Vilma avec intensité et une infinie tendresse pour tous les personnages qui l'entourent. Sa lecture vous emporte comme une bulle dans le vent, et témoigne que la littérature est une formidable opportunité de vagabondage sur les sentiers de la vie.
Le corset a été retenu dans la première sélection du prix de la Closerie des Lilas, qui récompensera début mai 2026 une des sept romancières de langue française retenue, dont l'ouvrage a paru à la rentrée littéraire de janvier.
Une phrase
"Je replie la feuille et la rends à Nane, émue qu'elle ait partagé avec moi la part douloureuse de son mari. Elle regarde ailleurs, vers le ciel nuageux gorgé de pluie. Je demande : « Et pour Anastasie, tu sais ce qu'il s'est passé ? Tu sais comment elle a fini ? » Elle fronce le front et dit : « Elle est morte de vieillesse. » J'insiste, tout bas :
« Mais pourquoi vous n'en avez jamais parlé ? Pourquoi vous nous avez menti ? ». Elle hausse les épaules, perdue et lasse, comme si les erreurs n'avaient pas toujours d'explication ni d'excuse. Je repense à la phrase de Papy, à sa peur de me voir finir comme Anastasie, donc. Il devait bien y avoir quelque chose quand même, quelque chose de grave ou d'indicible. J'attrape la main de ma grand-mère, un peu pour la supplier, un peu pour l'amadouer aussi, et je glisse :
« Rien d'autre ? » Elle l'ignore. En tout cas, c'est ce qu'elle dit.
Ce qu'elle sait en revanche, c'est que cet hiver-là, quand il apprit pour sa mère, les prêtres virent Papy revenir à l'église." p. 131
L'auteur
Vanessa Caffin est romancière, réalisatrice et journaliste française. Ancienne chroniqueuse sportive au Journal du Dimanche, elle se consacre désormais à l’écriture et au cinéma. Ses romans, comme J’aime pas l’amour ou trop, peut-être (Éditions Anne Carrière, 2008), Mémoire Vive (Belfond, 2010) et Rossmore Avenue (Belfond, 2011) - sélectionné au Book Market du Festival du Film de Berlin- , explorent souvent les thèmes de la mémoire et des relations humaines. Zig Zag, coécrit avec Thierry Mattéi (France Loisirs 2018) s'est vendu à 25.000 exemplaires. Elle est aussi cofondatrice de la maison d’édition Livres Agités, dédiée aux primo-romancières engagées.
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