Le fabuleux piano
Parution en août 2026
280 pages
21 €
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Thème
Ce piano-là fait la fierté de la famille Enoch. De confession juive et immigrés d’Allemagne au milieu du XIXème siècle, ils s’installent en France à Paris et deviennent éditeurs de musique. Ce fameux piano Erard n°2 est le témoin de leur réussite. Il sera joué par de très célèbres artistes comme Maurice Ravel, Emmanuel Chabrier et naturellement, les enfants Enoch.
C’est à partir des carnets de Jacques, des années 1930 aux années 1960 que la journaliste Sonia Devillers croise son histoire familiale avec celle des Enoch, et ouvre ce pan d’histoire méconnu : la spoliation des biens mobiliers des Juifs arrêtés ou ayant fuit la France, au profit des familles allemandes ou des collaborateurs de l’époque. Parmi ces biens, la confiscation des pianos fut le fruit d’une organisation méticuleuse. Le fabuleux piano raconte cette tranche d’histoire, en particulier les années de la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années 1970, quand la quête de cet instrument croise celle des disparus et de la mémoire confisquée.
Points forts
Dans un style qui mélange la description d’une histoire reconstituée à partir d’archives, d’un carnet intime, d’une enquête minutieuse et des commentaires de l'auteure, ce roman ouvre deux pans d'histoire:
Celui de la réussite, de la déchéance (sous Vichy) et de la résilience d’une famille d’éditeurs de musique, dont le témoin et survivant de la persécution des Juifs, Jacques Enoch, termina sa carrière comme Président de la Sacem. Sonia Devillers évoque alors Ravel, Prévert, Kosma, Marcel Carné, Yves Montand et la naissance d’un succès mondial, Les Feuilles mortes, une chanson due à la collaboration entre Prévert et Kosma.
L’autre pan d’histoire est celui de l’« Opération Meubles », le pillage systématique opéré par les nazis pour la confiscation et la redistribution des biens immobiliers ayant appartenu à des familles juives, entre 1941 et 1945. Découverte invraisemblable d’un pillage effectué dans une apparente indifférence générale, qui conduit des milliers d’instruments de musique (entre autres) à un exil vers l’Allemagne, et souvent à leur destruction ultérieure sous les bombardements alliées.
Et il y a une troisième histoire dans l’histoire, comme un miroir : celle de la « fuite » de la famille de Sonia Devillers de la Roumanie communiste, où ses grands parents de confession juive, et sa grand-mère professeur de piano au conservatoire de Bucarest, furent déclarés « traîtres à la nation ».
Quelques réserves
Aucune réserve pour ce roman passionnant, qui est davantage un récit ou un essai biographique qu’une fiction.
Encore un mot...
Le fabuleux piano est un livre à lire comme un devoir de mémoire. Il a ses héros et ses anti héros, et ce qui est décrit est malheureusement vrai. Je ne vous dirai rien du destin de ce Erard n°2 en bois de palissandre, mais ce récit vous parlera beaucoup de ce que fut la vie fracturée de la famille Enoch et sa reconstruction après la guerre, entre déni et volonté de renaissance. Il y est beaucoup question de l’univers musical en France, en Europe et aux Etats Unis, et notamment du destin des Feuilles mortes, nées des mains de Prévert et Kosma, et des voix d’Yves Montand, Juliette Gréco, Edith Piaf, de Nat King Cole, Franck Sinatra…
Une phrase
Un piano comme le témoin du passé d’une famille :
« C'est un avis de recherche qui m'a attrapée. Une universitaire de San Francisco s'acharnait à retrouver un vieux piano français. Cela m'a d'abord paru extravagant. Puis, j'ai compris qu'il s'agissait d'un très beau piano, exceptionnellement beau même. Un instrument de concert en bois de palissandre fabriqué par Érard, prestigieux facteur dont on s'arracha les pianos jusqu'au milieu du XXème siècle. L'avis précisait son numéro de série : 68037. Cette fois, j'avais enfin un numéro... Et deux indications : le piano avait appartenu à la famille Enoch, fameux éditeurs de musique établis à Paris depuis cinq générations, et il avait été volé par les nazis en 1943. Instantanément, j'ai eu envie de savoir ce qui était arrivé à ces gens quand les Allemands sont venus prendre l'instrument.
J'ai alors plongé dans un monde obscur et méconnu, celui des pianos fantômes de la Seconde Guerre mondiale, raflés en quantité folle dans les appartements des juifs… » P 12 et 13
L'auteur
Sonia Devillers est journaliste à France Inter et sur Arte. Son premier roman, paru en 2022 aux éditions Flammarion, Les Exportés, raconte la vie et la « fuite » de ses grands-parents de la Roumanie communiste, où leur départ vers la France en 1961 fut concédé en contrepartie de l’importation de cochons ou de moutons. Ainsi allait, à l’époque, l’antisémitisme derrière le rideau de fer.
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