L’éléphant

Petit traité de « voyeurisme » pour explorateurs du passé…
De
Patrick Modiano
Gallimard
Parution le 1er octobre 2026
98 pages
16 €
Notre recommandation
5/5

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Lu
par

Thème

Une prise de poids conséquente transforme sa grande stature en un géant débonnaire, éléphantesque, esseulé et neurasthénique, qui trouve comme relatif intérêt dans la vie, en dehors d’une maigre activité de correcteur dans une maison d’édition confidentielle, d’observer de sa fenêtre et avec l’aide de jumelles, les fenêtres et l’intimité de voisins immédiats !

S’il tente d’épouser, malgré sa corpulence, une attitude des plus discrètes, son attrait pour certains de ces voisins l’incite à se rapprocher maladroitement d’eux.

Ce d’autant qu’il est convaincu de les avoir déjà rencontrés dans « une vie antérieure » et la recherche d’un temps perdu à leurs côtés se heurte à l’effacement de nombreux souvenirs…

Points forts

L’éléphant est un pur produit du style modianesque !

La mémoire et l’oubli peuvent être considérés comme les deux piliers du travail d’écrivain de Patrick Modiano et on retrouve ici ces deux supports d’une réflexion ancrée dans un passé toujours chargé de mystère et d’une certaine confusion.

Un enchevêtrement temporel, social et géographique (une géographie strictement limitée aux divers arrondissements de Paris - ce roman se cantonne à une partie du septième arrondissement -, pour rarement dépasser le boulevard périphérique) procure un sentiment de cloisonnement et de mouvement empêché.

Ce roman est un condensé de cette forme d’écriture, offrant aux lecteurs fidèles un nouvel opus si caractéristique au point peut-être…

Quelques réserves

… de laisser un peu les plus fervents d’entre eux !

Le reproche peut être émis, au terme de ce très court roman, de ne pas saisir réellement son objet et d’en conclure à une forme de « déjà vu ».

Mais si une sorte de redondance se fait sentir, c’est possiblement fondé de la part de son auteur pour étoffer son propos : le travail de mémoire oblige à verser dans un creuset les images et les mots d’un passé plus ou moins ancien où la vérité du souvenir induit le risque d’y mêler des sentiments réels ou pas.

Encore un mot...

L’éléphant répond à la ligne mémorielle de l’ensemble de ses romans, dans une quête du souvenir et de l’identité de personnages croisés au détour d’un quartier de Paris, avec leur zone d’ombre et de secret.

Et l’idée première de Modiano (si toutefois le modeste rédacteur de cette chronique peu s’arroger le droit d’exprimer une opinion très personnelle) n’est pas une volonté d’identification mais de restaurer une ambiance à un moment déterminé de la vie du narrateur.

Dans ce sens, et pour aborder avec envie et raison l’ensemble des livres de Modiano, il est nécessaire de lire et de relire le discours qu’il a prononcé lors de la réception de son Nobel à Stockholm.

Au-delà de ces considérations stylistiques, une question peut se poser : que veut nous dire Patrick Modiano dans ce dernier roman ?

Il l’écrit à l’âge de 81 ans, à un âge où toute proposition littéraire peut revêtir l’allure d’un ultime témoignage, avec bien sûr l’espoir pour chacun de ses admirateurs de découvrir encore de nouveaux textes !

 L’éléphant, par sa masse, est toujours encombrant et son « propos » comme son volume peut gêner, à un point tel que l’évocation de souvenirs et d’acteurs d’une époque sombre (la France des années 40 sous l’occupation régulièrement choisie par Modiano) constitue un rappel de faits que d’aucuns aimeraient effacer. Même si ces allusions réalistes sont vues au travers du prisme déformant de l’oubli, évoqué dès la première phrase du roman…

Une phrase

« Depuis quand Van Walle avait-il l’impression que le monde ne lui apparaissait plus qu’à travers une vitre ? » P.9

L'auteur

Patrick Modiano, né en 1945 à Boulogne-Billancourt, est un authentique monument de la littérature française contemporaine et son œuvre a été auréolée du Prix Nobel décerné en 2014.

Écrivain et scénariste, entre autres activités d’écriture, il est à l’origine d’une trentaine de romans couronnés de nombreux prix littéraires prestigieux dont le grand prix du roman de l’Académie française pour Les boulevards de ceinture (Gallimard, 1972) ou le Goncourt pour Rue des boutiques obscures (Gallimard, 1978).

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