Les trois Hortense

Les destins croisés de trois femmes portant le même prénom impérial dans un XIXème siècle foisonnant de violences et d'exils
De
Adrien Goetz
Grasset
parution en août 2026
296 pages
22 €
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

 La première Hortense, née de Beauharnais, adoptée par Bonaparte, élevée au pensionnat de Madame de Campan, femme de Louis Bonaparte, frère de l'Empereur, mari taciturne et jaloux, roi de Hollande. Ce fût un mariage malheureux, dont elle eût trois fils ; elle incarnait la beauté, l'élégance et la perfection.Titrée Duchesse de Saint-Leu par Louis XVIII en 1815, lors de la première Restauration, elle doit s'exiler après Les Cents Jours et achète le château d'Arenenberg sur le lac de Constance. 

La deuxième Hortense, Hortense Lacroix, est la filleule et la fille de la femme de chambre de la reine Hortense. Elle a un an de moins que Louis-Napoléon, le futur Napoléon III, et Hortense de Beauharnais les élève en même temps : les enfants sont inséparables, très studieux et ouverts à toutes les idées nouvelles, plutôt socialistes, « la liberté et le peuple avant tout ». 

Après un passage à Rome, chez les « Napoléonides » autour de Laetitia Bonaparte, « Madame Mère », et du Cardinal Fesch, Hortense Lacroix épouse le peintre Sébastien Lecornu, élève d'Ingres, et part pendant trois ans en Grèce et au Moyen-Orient. De retour à Paris et pendant l'incarcération  de Louis-Napoléon au fort du Ham, elle le visite très souvent et l'inspire dans l'élaboration de beaucoup d'œuvres, dont L’Extinction du paupérisme, toujours dans leurs idées socialisantes et républicaines. Après le coup d'État et l'établissement du Second Empire, elle ne goûte guère l'évolution de son ami d'enfance vers un trône qui contredit les idées avancées de l'ancien prisonnier de la forteresse du Ham. Puis ils se retrouvent et elle devient très influente sur l'évolution de l'Empire, c'était « la femme savante de ce temps, sous les dehors d'institutrice anglaise », elle tient un «  salon rouge ».

 La troisième Hortense, Hortense Haffner, est imaginée par l’auteur. C’est une grande femme rousse, originaire de Sélestat, qui sera plus tard la « Passionaria de la Commune », elle a des airs de la Marseillaise de Rude. Mariée avec Horace, jardinier de la « maison pompéienne » de l'avenue Montaigne. Hortense et Horace assistent à des lectures d'auteurs subversifs dans un café des grands boulevards, et le couple devient très proche du ménage Lecornu.  

Points forts

  •   Au fil du roman, du début à la fin, tel son personnage principal, la folie pompéienne de l'avenue Montaigne, la fantaisie archéologique d'un cousin de Napoléon III, surnommé « Plon-Plon », frère de la princesse Mathilde. Il achète le terrain en 1855 dans ce quartier chic en pleine rénovation et fait construire ce petit palais en hommage à la cantatrice Hortense Schneider (encore une Hortense!).  C'est l'illustration d'une archéologie réinventée, destinée à servir d'étui pour les collections du Prince, sur le modèle des « cabinets de curiosités » de la Renaissance : péristyle ionique, atrium, décors polychromes (certains de sébastien Lecornu), bassins entourés de bustes de la famille impériale, un temple grec en modèle réduit…

  • Cette « maison pompéienne » est mise en vente en 1865 et sera démolie en 1891. Seul un tableau de Gustave Boulanger en témoigne, et des fragments de fresques de Sébastien Lecornu sont au musée Carnavalet.

  •  La grande importance du château de la reine Hortense à Arenenberg. Un château en ruines qu'elle transforme en demeure « style Malmaison », avec chapelle et terrasse fleurie qui surplombe le lac de Constance.

Quelques réserves

Aucune réserve pour ce roman foisonnant d'érudition. On oscille avec grand plaisir entre l'art, l'histoire et le pouvoir, tout comme dans La villa Kérylos - un précédent roman d'Adrien Goetz.

Encore un mot...

On peut admirer les œuvres de Sébastien Lecornu dans l'église de Saint-Leu, dans la chapelle de la Compassion à Saint-Roch (la Vierge consolatrice) et dans l'église de Saint-Germain-des-Prés (avec le peintre Flandrin).

Une phrase

  • « Les lettres du prince Louis-Napoléon qui lui disaient qu'il pourrait être appelé un jour à diriger la France, qu'il serait attentif aux ouvriers, aux petites gens des faubourgs, aux marins, aux paysans, aux soldats, aux femmes qui avaient envie de travailler dignement et abolir l'esclavage surtout. » P.129

  • «  L’Empereur se moquait : quel gouvernement ! L'impératrice est légitimiste, Morny est orléaniste et il est mon frère, mon cousin Plon-Plon est républicain et je suis pour ma part socialiste...il n'y a plus de bonapartiste que Persigny, mais il est fou ! » P.244  

L'auteur

On ne présente plus Adrien Goetz, historien d'art et romancier; il a écrit plusieurs romans liés à l'histoire de l'art. Il est maître de conférences à la Sorbonne, membre et président de l'Académie des Beaux-Arts et directeur de la bibliothèque Marmottan.   

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