Ligne de feu

La bataille de l’Èbre comme si vous y étiez ; un modèle du genre du roman de guerre
De
Arturo Pérez-Reverte
Gallimard
Publication le 20 août 2026
656 pages
25 euros
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Ligne de feu est un roman de guerre inspiré de faits réels.  Il évoque les dix premiers jours de la bataille de l’Èbre (25/07- 16/11/38) initiée par les Républicains espagnols. Cet épisode de la guerre civile causa la mort de 20 000 combattants, la plupart très jeunes, et précipita la victoire de Franco. Les camps des belligérants sont hétéroclites. Du côté républicain (‘rouge’), on trouve des communistes – ‘l’avant-garde du prolétariat’– fanatiques et disciplinés. Mais aussi des anarchistes et des membres des Brigades internationales, courageux mais indisciplinés. Chez les nationalistes (‘les factieux’ ou les fascistes) cohabitent des légionnaires, des réguliers indigènes et mercenaires, des miliciens de la phalange de Primo de Rivera et des carlistes, ces catholiques fervents, nationalistes et monarchistes. 

Les protagonistes luttent férocement pour le contrôle d’un village proche du fleuve.  Le récit est mené à hauteur de combattants, l’auteur passant d’un camp à l’autre. Le style est celui du reportage de guerre, cinématographique. Il rappelle le film Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg. Quelques personnages incarnent le récit. Pat Monzon, la communiste fervente chargée avec d’autres femmes des transmissions ; Julian Panizo, ancien mineur et sapeur de choc ; le pittoresque O’Duffy, commandant brigadiste irlandais d’un bataillon Jackson. Et des reporters de guerre intrépides, soutiens de la cause républicaine. Dans l’autre camp, Oriol les Forques, le jeune étudiant carliste ou le menuisier Gorguel, un ‘malgré-lui’, de tous les combats. 

Points forts

Ce livre bénéficie de l’expérience du correspondant de guerre Pérez-Reverte. L’auteur démontre une solide connaissance de l’environnement du combattant (armes, munitions). La géographie du combat, ses enjeux tactiques semblent maîtrisés. Le lecteur est en immersion totale dans les phases de combat qui se succèdent sans répit. Les dialogues (on plaisante et on insulte dans les deux camps) et le récit, racontent la poudre, la furie, la cruauté et la mort. Mais aussi la promiscuité, la sueur, la saleté, les blessures, les cris, les agonies. Ivres de vengeance, les combattants oublient souvent les règles de la guerre et les exécutions sommaires de combattants qui ont baissé les armes sont courantes.

Le point commun de tous ces hommes est d’être extraordinairement courageux et braves. Ils sont les descendants de ces combattants impitoyables de la guerre d’indépendance contre Napoléon et de ces fusillés de Goya. Dans ce monde qui hésite entre Hitler et Staline, les hommes sont mus par l’idéologie. Communistes aveuglés par le ‘petit père des peuples’ contre catholiques monarchistes ou adeptes du fascisme de la Phalange. Mais comme le dit un protagoniste,  « cette guerre civile n’est pas une lutte entre le bien et le mal… Mais une horreur confrontée à une autre horreur ». L’auteur ne semble d’aucun parti-pris dans ce conflit qui a façonné l’Espagne et renvoie les deux camps dos à dos. Toutefois, il décrit des nationalistes plus unis et plus efficaces militairement que les républicains, rongés par leurs fatals antagonismes.

Quelques réserves

Certains trouveront le récit répétitif qui enchaîne sans cesse les actions militaires, la lutte féroce pour quelques murs de pierre, et résonne des cris et lamentations des combattants. C’est l’inconvénient du genre. Mais ces phases sont ponctuées d’échanges parfois savoureux entre combattants, de l’évocation de leurs souvenirs de la vie civile et de leurs idéaux politiques. On trouve aussi l’esquisse d’une romance entre Pato, la bourgeoise communiste qui incarne, avec la République, l ‘émancipation  féminine et ce capitaine républicain un peu rêveur, en proie à l’hostilité d’un commissaire politique fanatisé. 

Encore un mot...

La guerre est une absurdité et une folie. L’horreur monte encore d’un cran quand elle met aux prises ceux d’une même nation. On peut cerner les conséquences sociétales et politiques de cet épisode tragique à la lecture de Franco, le temps et la légende de Stéphane Michonneau dont nous avons rendu compte chez Culture Tops en décembre 2005. 

Une phrase

 « L’obstination contre la ténacité, l’audace contre la témérité ; et aussi, il faut le reconnaître, le courage contre le courage et l’héroïsme contre l’héroïsme. Parce que, en définitive, c’était une bataille d’Espagnols contre des Espagnols. » Vicente Rojo, chef de l’état-major de la République, cité par l’auteur.

« C’est certain, qu’ils [les républicains] le méritent [de gagner la guerre] dit-il enfin. Mais eux, pas leurs dirigeants. De la racaille irresponsable qui ne pense qu’à régler ses comptes, à se disputer le pouvoir et à démolir l’adversaire au sein même de la gauche, quand bien même ils facilitent le travail des fascistes.» P. 547

L'auteur

Arturo Pérez Reverte a couvert de nombreux théâtres d’opérations comme reporter et correspondant de guerre pendant environ vingt ans. Sa carrière de romancier a débuté en 1986. Son œuvre est prolifique qui embrasse les genres policier et roman historique. On compte notamment les sept épisodes de la série Capitaine Alatriste et de nombreux autres romans, parmi lesquels l’excellent Maître d’escrime, la Peau du tambour, La Reine du Sud, Cadix ou la Diagonale du fou, Sidi, objet d’une chronique de Culture Tops en 2023 ou plus récemment l’Italien. Ligne de feu a été publié en Espagne en 2020. 

A lire sur le Site 5  publications d’Arturo Pérez-Reverte : 

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