Minotaure

La blessure d’un enfant non désiré. Un roman autobiographique profondément émouvant
De
Boris Bergmann
Albin Michel
Parution le 19 août 2026
256 pages, 20,90 €
Notre recommandation
3/5

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Derrière celui que l’on présentait comme “le plus jeune auteur de la rentrée littéraire 2007” à l'occasion de la sortie de son premier roman lorsqu’il avait quinze ans, se cache une histoire à la fois émouvante et déconcertante. Dans ce roman autobiographique, Boris Bergmann donne naissance à un narrateur qui se définit d’emblée comme «l’indésiré », l’enfant né contre la volonté d’un père ayant fui avant sa naissance. À ce manque initial, le narrateur répond par un désir démesuré, une surenchère d’amours, de rencontres et d’histoires réelles ou fantasmées.

Le roman s’ouvre sur la recherche de la confrontation directe avec son père démissionnaire, puis revient à l’origine de l’histoire du jeune homme, depuis ses premières années passées dans un milieu associatif à la fois très particulier, parfois marginal, mais chaleureux et rassurant. Pour donner forme à ce parcours, l’auteur convoque notamment la figure mythologique du Minotaure, créature née d’une union interdite et enfermée dans le labyrinthe, qu’il réinvente en « forçat du sentiment », condamnée à aimer tous ceux qu’il rencontre avant de les dévorer. 

Points forts

  • La sincérité du propos frappe dès les premières pages. En choisissant pour la première fois le registre directement autobiographique, Boris Bergmann se livre sans fard, peut-être, bien sûr, par le biais de son imagination, mais vraisemblablement sans chercher à embellir ni son histoire ni son image, et assume ses failles, ses contradictions et ses excès. Cette franchise donne au récit une authenticité réelle et crée une proximité immédiate avec le lecteur.

  • L’histoire elle-même est d’une grande originalité. Plutôt qu’un récit de vie convenu, l’auteur propose une succession d’histoires dont on ne sait jamais tout à fait si elles ont été vécues ou imaginées, ce qui rend la lecture surprenante d’un bout à l’autre. Le choix d’aborder les questions de la filiation, du rejet et du désir à travers le prisme du mythe témoigne en outre d’une ambition littéraire certaine.

  • C’est enfin un livre profondément émouvant. La blessure de l’enfant non désiré et la quête éperdue d’amour et de reconnaissance qui en découle touchent juste. Certaines pages bouleversent par leur authenticité, autant que par leur intensité. L’histoire d’amour avec “Clé”, racontée en dernière partie du livre, est particulièrement poignante, et les sentiments de devoir et de culpabilité du narrateur sont rendus avec une puissance remarquable. 

Quelques réserves

Le parallèle avec la mythologie, qui donne pourtant son titre au livre, n’est pas toujours facile à suivre : si l’image du Minotaure en « forçat du sentiment » est séduisante, les correspondances entre le mythe et l’histoire du narrateur restent parfois obscures, et l’on peine à saisir ce que la référence apporte à certains passages. Par ailleurs, l’écriture verse par moments (heureusement très rares) dans une crudité qui ne paraît pas toujours nécessaire au propos. Cela ne parvient pas, toutefois, à affaiblir l’ensemble du livre qui demeure une réussite.

Encore un mot...

Un roman autobiographique sincère, original et émouvant sur la blessure de l’enfant non désiré, et la soif d’amour et de reconnaissance.

Une phrase

“Je ne sais pas plonger. Beaucoup ont essayé de m’apprendre. Petit, on mimait en me passant une main dans le dos l’inclinaison juste, le fléchissement puis le coup d’élan dans les pieds, la nuque rentrée, les mains en pointe, dévouées à franchir l’eau, à s’affranchir. Mais je n’osais pas me lancer, me risquer, par crainte du plaquage, du choc. Plus tard, chaque été, mes amis répètent la leçon, sans succès, d’où leurs moqueries. Je saute, ça oui, d’assez haut même, je peux sauter, les bras en croix, ou le long du corps, comme une vulgaire bouteille vide, une statue qui abandonne son socle pour retrouver l’ardeur. Mais plonger, je ne peux pas. Je sais bien nager pourtant, mais cela, c’est l’école qui l’enseigne, le prof de sport, dans une ligne chlorée, chronométrée. Plonger c’est autre chose. C’est fendre, tête la première, l’eau de la mer. Je crois qu’il faut un père pour savoir plonger.” P. 26

L'auteur

Boris Bergmann est né à Paris en 1992. Il a publié son premier roman à l’âge de quinze ans, Viens là que je te tue ma belle (Scali, 2007), ce livre ayant reçu un prix spécialement créé pour lui, le prix de Flore du lycéen, et ayant été adapté à l’écran pour la chaîne Arte sous le titre de Punk, avec notamment l’actrice Béatrice Dalle. Il a écrit d’autres livres tels que 1000 mensonges (Denoël, 2010), Déserteur (Calmann-Lévy, 2016), Nage libre (Calmann-Lévy, prix de la Vocation 2018) et Les Corps insurgés (Calmann-Lévy, 2020), ce livre ayant reçu le prix Fénéon. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis et de la Villa Kujoyama, il a organisé des expositions en France et à l’étranger, notamment autour de l’œuvre de René Daumal, et collabore en tant qu’éditeur associé à la revue d’art et de littérature Magma. Il écrit également dans la revue La Règle du Jeu. 

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