Nos héritages
Traduit de l’anglais par Marguerite Capelle
Parution en janvier 2026
444 pages
24 euros
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Thème
Quatre jours avant l’enterrement de leur père Philip, les enfants Brooke, Frannie, l’aînée, Isa et Milo se retrouvent autour de leur mère Grace dans le manoir familial pour préparer la cérémonie d’adieu. Cette belle demeure du sud de l’Angleterre, agrémentée d’un immense domaine terrien et de nombreuses dépendances, revient comme il se doit, en vertu de la loi britannique alors en application, octroyant la succession de l’ensemble des biens à la primogéniture, à Frannie.
Ce « cadeau » est doublement empoisonné, ombré d’une réalité financière pour le moins instable, suscitant la convoitise d’investisseurs dénués de toute philanthropie, et source d’une confrontation fraternelle marquée inévitablement du sceau de l’injustice et du désarroi…
Ce huis clos contraint devient le théâtre d’une suite d’altercations, d’irritations verbales, de résurgences d’animosités enfouies et en un mot, de toutes les rancœurs d’une famille pour qui l’union dans le deuil est un vain mot.
Et l’irruption dans ce cercle bouillant de Clara, fraîchement débarquée des États- Unis pour assister à la mise en terre de Philip, armée d’un lien quasi-paternel avec celui qui fut l’amant de sa mère, va faire s’effondrer en quelques propos l’assurance aristocratique d’une famille respectée mais dont la fortune semble avoir été construite sur un passé peu recommandable…
Points forts
Voici un roman où les rapports humains sont soumis à une décortication ciselée !
L’entrecroisement des échanges entre les personnages principaux et les commensaux tout aussi importants dans l’intrigue générale donne lieu à un tissage de sentiments divers.
Et si les images du passé se teintent d’un lavis déformant, leur remontée à la surface d’un présent tourmenté provoque chez chacun des protagonistes l’envie de dénouer le lien afin peut-être de mieux le renouer.
Anna Hope maîtrise merveilleusement un regard analytique et nous invite avec intelligence à suivre chaque membre de cette famille particulière dans son cheminement de vérité et d’affirmation de soi.
Tout cela est à la fois palpitant dans ce tempo limité et profond…
Quelques réserves
Les caractères, pour ne pas dire d’emblée les troubles caractériels des Brooke sont parfois un peu convenus mais sans nuire vraiment à leur expressivité sociale.
Les liaisons anciennes et contrariées de divers membres du groupe viennent pimenter de manière un peu trop caricaturale les rapports humains.
Mais c’est peut-être ici le substrat d’un hypothétique scénario d’une série télévisée qui pourrait être inspirée de ce roman !
Encore un mot...
Anna Hope nous amène avec un authentique talent littéraire sur un double chemin : celui d’un projet, échafaudé entre Philip et sa fille aînée, d’une transformation écologique de leur domaine pour en faire le fanion d’une révolution verte irradiant du Sussex à la mer et celui de la réflexion autour de la notion d’héritage et de transmission.
L’ambition du retour d’un espace cultivé, ordonné, maîtrisé à celui d’un environnement naturel, laissé à la seule loi de l’équilibre spontané, est lestée d’une contrainte sociale forte et en dépit d’une adhésion de principe de chacun, Frannie en mesure le poids et sent très vite sa volonté s’étioler.
Et la détermination de poursuivre l’œuvre entamée avec son père se heurte de plus à une forme d’agressivité de ses frère et sœur, délestés d’une quelconque revendication devant l’héritage, même si…
La chose est finalement assez simple en droit anglais, puisque le droit d’aînesse coupait court à toute tentation de contestation. Néanmoins, la potion reste assez amère pour les héritiers du seul nom familial.
L’histoire est autre dans l’espace juridique français et les propos tenus par les Brooke réunis autour du défunt vont sans nul doute réveiller auprès de nombreux lecteurs de ce roman les affres d’un processus successoral houleux…
Une phrase
« Frannie est même assez clairement…quelqu’un qui se préoccupe de l’avenir à long terme…comme si on pouvait s’intéresser exclusivement au futur en s’affranchissant des revendications du passé ». Page 300
L'auteur
Anna Hope est née en 1974 à Manchester. Formée dans les meilleures universités de Londres et d’Oxford, elle est à la fois actrice et écrivaine.
Elle apparaît dans quelques séries télévisées mais se fait surtout remarquer en littérature par plusieurs romans dont La salle de bal publié en 2016, récompensé par le grand prix des lectrices de Elle. Nos héritages est son cinquième roman.
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