Venir d' une mer
Parution le 1er octobre 2025
192 pages
19, 50 euros
Infos & réservation
Thème
C'est un titre qui vient de loin, du gouffre de l'inconscient, de l'épaisseur du souvenir peut-être, un titre qui s'est imposé sans barguigner à son autrice : Venir d'une mère. Et aussitôt la question fuse : pour aller où ?
Au Mucem, pardi ! (le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée), la nuit, répond Belinda Cannone, afin d'éprouver le sentiment d'être au cœur de la Méditerranée, de creuser ses racines, celles d' une famille sicilienne de Tunisie. Être en communion fraternelle avec quelques grands voyageurs, Homère, Saint Augustin, ou de nombreux anonymes, ces migrants avalés par "la mer au milieu des terres."
Elle demande expressément aux deux gardiens de nuit du Musée d'être discrets. "Ne vous montrez pas" ordonne-t-elle, car elle veut habiter la nuit, savourer ces instants de plénitude sur l'esplanade face au palais du Pharo, ou danser sur la passerelle de béton, suspendue à 19 mètres de hauteur.
La famille Cannone a sillonné la Méditerranée, migration choisie ou imposée et cette mémoire convoquée par l'écrivaine la trouble : pourquoi ce sentiment diffus de "n'être de nulle part ?" Côté parentèle, un père solaire qui lui a tout appris, mais une mère mélancolique et fuyante qui a freiné, entravé les élans affectifs de l'enfance.
Et pourtant dans la solitude de cette nuit au Mucem, c'est bien la figure de la mère qui surgit… Venir d'une mère, tirer les fils d'une histoire tragique, exhumer les secrets enfouis. "Je viens d’une mère et donc d'un silence" écrit Belinda Cannone.
Points forts
- Un hymne d'amour au Mucem, ce bâtiment à "l'évidence majestueuse" dans lequel l’auteure note ne ressentir aucune impression de claustrophobie ni d'enfermement ; le principe architectural du Mucem est celui du dedans-dehors.
- Une expérience intérieure dans laquelle le temps devient "un étirement de l'âme" dans la lignée de Saint Augustin ; Belinda Cannone explore ses souvenirs et constate "qu'on ne sait jamais ce que le passé nous réserve." La figure effacée d' une aïeule ou le surgissement d' un événement caché ?
- Une méditation sur le temps long cher à Fernand Braudel, sur la langue de son pays d'accueil (la France) aussi.
- Une rencontre impromptue au cœur de la nuit qui réveille le désir...
Quelques réserves
Aucune. La description architecturale des lieux est celle d'un écrivain bien documenté.
Encore un mot...
Le Mucem est le plus beau musée du monde. Voilà qui est dit.
Une phrase
« Cézanne disait "Le paysage se pense en moi et je suis sa conscience." Voilà ce que j'aimerais faire avec la Méditerranée - être, dans ce livre, sa conscience, ou tout au moins une conscience partielle, partiale, personnelle. Je reconnais que, même exprimée avec cette réserve, l'entreprise me paraît présomptueuse. » page 37
L'auteur
Belinda Cannone, née en Tunisie en 1958, est romancière et essayiste. Elle a notamment publié La tentation de Pénélope. Une nouvelle voie pour le féminisme (Stock, 2010), S'émerveiller (Stock, 2017), Le Nouveau Nom de l' amour (Stock, 2020) et Les Vulnérables (Stock, 2024) .
Elle a enseigné la littérature comparée à l'Université Caen-Normandie jusqu’en 2020.
Ajouter un commentaire