ALGORITHME

Une performance “ fantastique“ dans tous les sens du terme
De
Emilie Génaédig
Mise en scène
François Bourcier
Avec
Barbara Lambert
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre Le Funambule
3 rue des Saules
75018
Paris
01 42 23 88 83
Du 12 septembre au 28 décembre 2022. Les lundis et mercredis à 19h (semaines paires) et à 21h (semaines impaires)

Thème

  • Ce spectacle évoque l’impact des nouvelles technologies sur l’être humain et la perte de sens qui risque d’en résulter avec, a contrario, la mise en lumière de leurs aspects positifs. En un mot, une incitation à la réflexion sur un mode live, sans condamner en bloc l’intrusion dans notre vie quotidienne de ce qui, il y a quelques années, pouvait apparaître comme relever de la science-fiction, telle l’intelligence artificielle.
  • Sur scène, voici Max, incarnation de qu’on pourrait décrire comme une jeune femme à « la trentaine épanouie » ou, comme le dit l’auteur, dans la bouche de l’interprète, la lectrice-type de Cosmopolitan. • Epanouie certes, parce que d’allure sportive dans sa tenue de joggeuse au body noir, sportive musclée hyper active qui s’entraine avec un coach qui n’est autre  que son assistant… vocal (!) prénommé Leo. • Lequel Leo n’est en réalité d’une enceinte connectée confinée dans une boite lumineuse  comme une lanterne magique. Max lui parle de tout, partage avec lui ses émotions, ses joies ses angoisses. Leo répond 5 sur 5. Pas un pas sans Leo. 
  • Fébrile, Max manipule simultanément au moins trois appareils digitaux - ordi, smartphone, tablette -  avec lesquels elle communique et joue : sms, réseaux sociaux, jeux vidéo vont  bon train. Bien dans son corps athlétique, Max entame une danse hip hop endiablée dans une chambre où le lit occupe les 2/3 de la pièce. 
  • Mais soudain, c’est la panne : Leo ne répond plus, c‘est le drame ! Max ne peut plus s’échapper d’une gigantesque boite virtuelle et vire au désespoir, elle est repartie dans sa solitude et frise l’hystérie. 
  • Parviendra-t-elle à briser ses chaines ? Y a-t-il pour nous, pauvres humains, des raisons d’espérer ?  L’intelligence artificielle est-elle une menace existentielle pour l’humanité, comme le prétend Elon Musk, ou bien un bienfait providentiel, comme le suggère la fin de ce futuriste et “fantastique“ seul en scène ? Au fait de qui parle-t-on, et quel est ce terrible Algorithme ? « Une suite finie et non ambigüe d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre une classe de problèmes.»

Points forts

  • Ils tiennent à la performance physique de l’actrice Barbara Lambert,  danseuse de hip hop, d’une souplesse incroyable, telle une athlète ou une gymnaste professionnelle adepte du Pilate. Max (Barbara pour les intimes) est la parfaire incarnation des jeunes femmes d’aujourd’hui : libres, indépendantes,  sportives, qui veulent s’assumer pleinement et sans complexes. Max nous captive et nous séduit, on n’en perd pas une miette. 
  • Mais on doit aussi saluer quelques trouvailles, quelques figures de styles amusantes, telle la métaphore de l’oie enfermée dans une bouteille.

Quelques réserves

On a du mal cependant à se réjouir du rôle inclusif et prépondérant joué par le monde virtuel  en lieu et place des relations humaines. Il reste,  grâce à Dieu, d’autres outils pour éviter cette addiction qui conduit plutôt à un isolement définitif. Ne serait-ce que la lecture ou le théâtre justement… sans oublier le sport.

Encore un mot...

  • Les nouvelles technologies sont présentées ici comme un remède à l’enfermement. Tel était en tout cas l’ambition de l’auteure. Il est  craindre que le résultat soit l’inverse, question de générations sans doute et d’appréhension du risque d’addiction. 
  • Mais il est vrai que ces nouvelles technologies de l’information permettent d’élargir notre audience personnelle,  de faciliter, au moins superficiellement les échanges,  de gommer les barrières sociales. Voir les succès des TikTok et  autres  Tinder auprès des jeunes notamment. Cette thèse - avancée dans la deuxième partie d’Algorithme avec énergie et conviction - incite à la réflexion.

Une phrase

Max : « On me croit enfermée ? Mais c'est faux ! Je ne suis pas enfermée. Internet est une ouverture indéniable sur le monde. C'est une fenêtre. Vers l'extérieur. Seulement une fenêtre, mais c'est bien suffisant.
C'est ça, je suis à la fenêtre d'une maison sans porte. Si on ne peut pas entrer, on ne peut pas me blesser. Je suis en contact permanent avec l'extérieur, tout en restant protégée.
À l'intérieur, je suis en sécurité.
Parce qu'on ne sait jamais qui est juste là, derrière l'écran... Dans la vraie vie... Dans la réalité...
Dehors il y a le monde …et la matière, la matière qui salit et qui détruit. »

L'auteur

• Emilie Génaédig, née à Lyon, a d’abord été comédienne puis assistante de mise en scène,  notamment avec François Bourcier depuis 2013. Elle a travaillé sur Le Maréchal et la liberté, Au bout du Rouleau avec Didier Landucci et Le dernier jour de la vie de Victor Hugo, interprété par Daniel Mesguich. Elle écrit ensuite Steinway 2014, qui a été joué au Festival d’Avignon, ainsi que Les Champignons de Paris sur le thème des essais nucléaires. Emilie Génaédig crée aussi un spectacle sur Leonard de Vinci, mis en scène par François Bourcier. 

• Elle travaille également sur une pièce valorisant les droits des femmes. Elle dirige le groupe de production Artistic Scénic, spécialisé dans les Seuls en scène et les classiques revisités.

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