Au Bonheur des Dames

La transformation du commerce dans le Paris de la fin du XIXème siècle
De
Adaptation d’après Emile Zola de Pascale Bouillon
Mise en scène
Pascale Bouillon
Avec
Pascale Bouillon
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Théâtre Le Guichet Montparnasse
15 rue du Maine
75014
Paris
01 43 27 88 61
Jusqu’au 27 mars 2022, les jeudis à 20h45 et les dimanches à 18h
Lu / Vu par

Thème

• Denise Baudu, nièce d’un petit commerçant de tissus parisien, vient à Paris avec ses deux jeunes frères pour gagner sa vie. Mais elle se heurte à l’effondrement des petits commerces traditionnels, et elle entre comme vendeuse dans le grand magasin de nouveautés « Au Bonheur des Dames », dirigé par Octave Mouret, visionnaire des nouveaux modes de distribution. Elle est en butte aux sarcasmes et à la méchanceté des vendeuses, dans toute leur hiérarchie, à la précarité de l’emploi, à la gestion sans pitié du personnel. 

• Mais Octave Mouret, le directeur, s’intéresse à elle, la protège, lui fait monter les échelons, la protège, et comprend peu à peu qu’il l’aime. Ce sentiment est partagé, et pour une fois, un roman de la saga des Rougon-Macquart connaît une fin heureuse : il se termine par un mariage.

Points forts

• Le jeu de la comédienne, Pascale Bouillon, est remarquable : elle tient en haleine la salle pendant près de deux heures, en jouant tous les personnages du roman. Elle varie le ton, le langage, l’accent, avec un incroyable talent.

• Tous les autres personnages, à part elle, sont représentés par un chapeau, qu’elle tient devant elle : c’est un incroyable numéro d’actrice, qui parvient à captiver et émouvoir les spectateurs : on croit à ses espoirs et désespoirs, à sa ténacité, sa rigueur, son amour pour Octave Mouret ; on croit aussi aux sentiments des autres personnages, à leur résignation, leur cruauté, leur jalousie.

• Ces personnages complexes reflètent la société du Second Empire, la transformation du commerce, l’évolution de la place de la femme.

• Le roman, pourtant de taille imposante, est magnifiquement rendu et adapté : toutes les facettes du récit apparaissent dans ce spectacle.

• La mise en scène est simple : des tables, des portants où sont attachés des tissus, qui figurent tantôt le grand magasin avec ses différents rayons, le bureau d’Octave Mouret, tantôt la triste maison de l’oncle Baudu.

Quelques réserves

Pas de réserves vis-à-vis de cette étonnante performance : on ne s’ennuie pas une seconde, et le foisonnement du roman, qui pourrait être un obstacle pour l’adaptation, ne nuit pas à la clarté ou à la fidélité de la pièce.

Encore un mot...

Au Bonheur des Dames est un enchantement : l’on vit au rythme de l’héroïne, l’on progresse avec elle dans son ascension, on saisit la naissance du marketing et la révolution de la distribution. C’est presque un cours d’économie et de sociologie… sans douleur !

Une phrase

Difficile de retenir une phrase dans cette luxuriance de la langue. Celle-ci reflète la complexité du personnage de Mouret et de l’émergence des grands magasins :

« Mouret, les regards perdus, venait de sentir passer en lui quelque chose de grand. Et dans ce frisson de triomphe dont tremblait sa chair, en face de Paris dévoré et de la femme conquise, il éprouva une faiblesse soudaine, une défaillance de sa volonté, qui le renversait à son tour, sous une force supérieure. "

L'auteur

• Émile Zola est l’un des plus grands romancier d’une deuxième moitié du XIXème siècle (1840-1902) qui comptait déjà quelques pointures... Chef de l’école naturaliste, il veut appliquer la rigueur scientifique à la description des faits sociaux et aux caractères humains. 

• En dehors de critiques d’art et de la défense remarquée de Dreyfus (son fracassant« J’accuse » dans L’Aurore début1898), il peint une grande fresque humaine, « Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire », régime qu’il exècre. 

• Ses romans les plus célèbres ont pour nom L’Assommoir, Nana, Germinal, L’Oeuvre, L’Argent, et bien sûr, Au Bonheur des Dames en 1883, qui s’inspire explicitement de la fondation en 1852 par Aristide Boucicaut du premier grand magasin français, Le Bon Marché, qui existe encore.

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