Une vie allemande

Une oie blanche chez les chemises brunes ?
Tiré de la vie et des témoignages de Brunhilde Pomsel
Mise en scène
Thierry Harcourt
Avec
Judith Magre
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006
Paris
01 45 44 50 21
Du mardi au samedi 19h00 / dim. 15h00

Thème

 • Autour de 2013, ayant atteint l’âge canonique de 102 ans, Brunhilde Pomsel fit appel à une équipe de documentaristes pour livrer face caméra le témoignage de celle qui fut, à partir de 1942, l’une des six plus proches secrétaires de Josef Goebbels, grand prêtre de la propagande sous le IIIe Reich et l’une des plus retentissantes voix du régime.

• La pièce consiste à nous livrer des extraits de son témoignage, un peu comme si nous étions les reporters avec lesquels elle s’entretint durant près de 30 heures.

• Brundhilde Pomsel fut-elle vraiment « une oie blanche chez les chemises brunes », comme elle s’efforce de nous le faire croire ?

Points forts

POINTS FORTS :

 • En raison de son âge respectable et de son talent reconnu de comédienne, qui mieux que Judith Magre (née en 1926) pour incarner cette centenaire encore alerte, soucieuse de convaincre, parfois cabotine, et sans regret sur sa trajectoire ?

• Le témoignage livré non plonge dans une certaine perplexité, puisqu’au final, il n’est pas possible de certifier la bonne (ou la mauvaise) foi de Frauleïn Pomsel. En effet, tout, dans son témoignage, peut être à double sens. Ainsi, par exemple, de Goebbels, l’ex-secrétaire ne nous apprend rien de vraiment captivant ni de nouveau, et ceux qui attendaient beaucoup de la pièce à ce sujet en seront pour leurs frais. Mais ce portrait lapidaire résulte-t-il du fait qu’effectivement elle a peu côtoyé ce dirigeant nazi de premier plan, ou alors parce qu’elle s’efforce ainsi de soutenir sa thèse d’une place très marginale dans l’appareil de propagande du IIIe Reich ?

• Reste que la pièce livre, au détour d’une phrase, des aspects très révélateurs de la vie dans l’Allemagne de la première moitié du XXe siècle : la difficulté pour une jeune femme de construire son parcours professionnel, une opinion allemande plutôt perplexe face à la déclaration de guerre de 1939, etc...

• Mais Pomsel ne cache pas « l’ensorcellement du public face à cet homme minuscule » qu’était l’orateur Goebbels, tout en précisant bien entendu qu’elle ne partageait pas cet engouement du public, comparé à un grand corps ivre.

• Il va de même pour ce qui concerne la RFA d’après-guerre, où nombre de rouages du régime précédent trouvèrent assez vite leur place : Brunhilde, après cinq ans d’emprisonnement dans les camps de sinistre réputation - de Buchenwald à Sachsenhausen, avec un régime incomparablement moins inhumain - retrouva comme si de rien n’était un poste à la radio puis à la télévision allemande, et prit sa retraite en 1971. Comme le disait le chancelier Adenauer à propos de certains de proches collaborateurs passablement compromis : « Quand on n’a pas d’eau propre, on ne jette pas l’eau sale. »....

Quelques réserves

• Une mise en scène archi-minimaliste, pour ne pas dire inexistante : un bureau, quelques livres, un verre à moitié plein (ou à moitié vide, ce qui sied à la tonalité du plaidoyer) : il est clair qu’il eut été déplacé de demander à la comédienne d’interpréter une centenaire virevoltante.

• La contrepartie est de réduire la pièce à un monologue assez statique, et qui laisse parfois à désirer. En effet, outre qu’il est souvent parasité par le bruit d’une soufflerie dans la salle de poche, Judith Magre termine souvent ses phrases de deux ou trois manières qui reviennent systématiquement et peuvent agacer à la longue.

• S’il n’y a pas lieu de s’extasier devant la mise en scène de Thierry Harcourt, tout repose sur le travail de Christopher Hampton, qui a sélectionné dans les 230 pages de son témoignage la matière d’une pièce portant sur les faux-fuyants d’une mémoire plus ou moins sélective.

Encore un mot...

• Le cas de B. Pomsel illustre parfaitement ce mélange d’opportunisme, d’aveuglement, de déni, de superficialité, d’insouciance - mais aussi de crainte vis-à-vis des représailles gestapistes - qui facilitèrent sinon le consentement, du moins une certaine tolérance au nazisme par un Allemand moyen anesthésié.

• Peut-être y a t’il à en tirer quelques enseignements sur l’indifférence de l’opinion face aux horreurs du monde, tout en gardant à l’esprit que « comparaison n’est pas raison. »

Une phrase

Révélateur de la position mi-chèvre mi-choux de B. Pomsel : «  Donc j’avais deux boulots : juif le matin, nazi l’après-midi ! »

L'auteur

L’AUTEURE :

• Brunhilde Pomsel a témoigné de sa vie dans le documentaire de Chr. Krönes et alii. intitulé A German Life (2013, 113 mn).

• Avant Judith Magre, la non moins célèbre Maggie Smith avait interprété avec succès son rôle dans la pièce donnée au Bridge Theater de Londres.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.