Je n’ai pas lu Foucault
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Thème
Le titre amuse, désarme presque. Il pourrait laisser croire à une coquetterie intellectuelle ; il ouvre en réalité une brèche. Dans Je n’ai pas lu Foucault, Céline Caussimon convoque son expérience d’ateliers d’écriture en milieu carcéral pour interroger, sans didactisme, la place et la présence de la culture là où on l’attend le moins.
Face aux toiles de Van Gogh ou de Basquiat, des détenus regardent, ressentent, parlent. Et c’est là que le spectacle trouve sa matière : dans cet écart entre l’image que l’on projette sur la prison et la richesse sensible qui s’y déploie.
À travers une galerie de voix, la comédienne esquisse une réflexion discrète mais persistante : que fait l’art aux individus privés de liberté ? Et, en creux, que dit la prison de notre société ?
Points forts
La force du spectacle tient d’abord à son incarnation. Seule en scène, Céline Caussimon navigue entre les personnages — détenus, surveillants, médiateurs — avec une économie de moyens remarquable. Les mots, souvent bruts, parfois drôles, surgissent comme des éclats de vérité. La mise en scène, minimaliste, laisse toute la place à l’imaginaire du spectateur, recréant l’atmosphère des ateliers sans jamais tomber dans la facilité.
Le regard est juste, sans angélisme ni voyeurisme. L’autrice évite les pièges du témoignage choc pour privilégier une écoute attentive, presque humble. Le spectacle touche alors par sa capacité à déplacer notre regard — sur les œuvres, mais surtout sur celles et ceux qui les regardent. Cette parole rapportée éclaire une humanité vibrante.
L'interprétation et la mis en scène sont très justes, sans effet superflu mais avec suffisamment de fluidité pour apporter ce mouvement qui permet de visualiser et partager le récit des personnages.
Quelques réserves
On pourrait reprocher au spectacle une certaine linéarité dans sa progression. Les témoignages sont toujours incarnés avec finesse, mais quelques transitions manquent de relief.
On aurait aimé que la parole des détenus, qui est la raison d’être du spectacle, prenne toute sa place dès le début de la pièce, au détriment de la mise en perspective de l’autrice.
Par ailleurs, ceux qui attendraient une véritable confrontation avec la pensée foucaldienne resteront peut-être sur leur faim. Le titre agit davantage comme un clin d’œil que comme un axe théorique pleinement développé.
Encore un mot...
Je n’ai pas lu Foucault est un objet théâtral singulier, à la fois modeste et profondément nécessaire. La pièce n’assène rien, elle suggère, ouvre, trouble.
Et elle rappelle, avec délicatesse, que là où l’on enferme des corps, l’imaginaire, lui, trouve toujours un passage.
Une phrase
- Quelques témoignages :
- « Au fond il y a une homme qui regarde sa cigarette. Il est assis en face d’une femme qui lui parle. Il ne la regarde pas. C’est une scène de rupture. J’aimerais entrer dans ce tableau parce que ça va exploser. »
- « Les traits de son visage me font voir que c’est une femme qui se bat, qui se débat pour sortir de sa misérable vie. »
L'auteur
Céline Caussimon est une chanteuse française, comédienne au cinéma, au théâtre et à la télévision née en 1960. Enfant de la balle, elle est la fille du comédien, acteur et chanteur Jean-Roger Caussimon (1918-1985).
Elle a joué avec divers metteurs en scène (F. Rancillac, F. Révérend, J-M Rabeux, S. Fiévet, P. Santini, etc.) et compagnies (Déménageurs Associés, Laurent Dupont, Cie Bouche à Bouche). Elle a également tourné dans de nombreux téléfilms et long-métrages.
Elle a enregistré quatre albums chez Harmonia Mundi, et obtenu un “Coup de Cœur“ de l’Académie Charles Cros.
Après un court passage du côté des scénarios télé (Fantômette, Classe Mannequin), elle adapte Cioran et Victor Segalen à la scène, crée deux spectacles jeune public, et récemment, une forme légère : Où est passé l’Homme à la moto ? Céline réalise régulièrement des ateliers d’écriture et de mise en voix.
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