Thêatre-Spectacles

Contes et légendes

Pommerat au firmament
De Joël Pommerat
Mise en scène : Joël Pommerat
Avec Prescillia Amany Kouamé, Jean-Edouard Bodziak, Elsa Bouchain, Lena Dia, Angélique Flaugère, Lucie Grunstein, Lucie Guien, Marion Levesque, Angeline Pelandakis, Mélanie Prezelin

Infos & réservation

Théâtre des Bouffes du Nord
17 (bis) bd de la Chapelle
75010 Paris
Tél. : 0146073450
http://www.bouffesdunord.com/
Jusqu’au 10 octobre 2020 Du mardi au samedi à 20h30. Dimanche à 16h. Complet, mais le spectacle part ensuite en tournée.

Lu / Vu par

Anne-Claude Ambroise-Rendu
Publié le 28 sep . 2020

Recommandation

4,0En prioritéEn priorité

Thème

Des adolescent-e-s se croisent, se jaugent, dialoguent, se séduisent, se quittent, se trahissent, s’aiment, s’affrontent, affrontent des parents défaillants, absents (les hommes surtout ainsi de ce père qui clame : « je suis dans l’incapacité de tenir une maison correctement. C’est pas ma partie ») ou sur protecteurs, bref grandissent et murissent, parfois trop vite. Les quinze tableaux plus ou moins liés les uns aux autres ont en commun de mettre en scène un robot, auxiliaire futuriste et candide d’une jeunesse souvent solitaire, empêtrée dans ses incertitudes et ses désirs, soumise à d’impossibles d'injonctions contradictoires.

Points forts

Tout est beau et convaincant dans ce spectacle.

D’emblée les scènes sont denses, tenues et d’une éloquence sans tapage.

Les dialogues sont âpres, économes et justes, élégants même jusque dans l’ordure de l’insulte et sans doute moins « réalistes » que ne le pense l’auteur, mais pour cela même foncièrement dramatiques.

Les comédiennes sont époustouflantes. Habitant avec grâce des corps de 14 ans elles incarnent la plus pertinente des réponses adressée aux thèses masculinistes qui prétendent que l’époque actuelle « glorifie la confusion entre le masculin et le féminin ».

Les déplacements sur le plateau, dans un décor quasi nu (des fauteuils, un canapé gris atemporels) dessinent le décor à la fois familier et inquiétant d’un quotidien à peine décalé.

Points faibles

Il y en a sans doute, mais on n’est pas obligés de les voir…

En deux mots ...

Pommerat esquisse le panorama des interrogations contemporaines à travers la question des identités. En faisant dialoguer humains et non humains, garçon et filles, dialogues dans lesquels le faux n’est pas toujours où on l’attend, il livre un théâtre de l’intime qui jamais ne s’embourbe dans de fades approches psychologisantes. Magnifiquement et intelligemment dynamisée par la perspective futuriste ouverte par la présence courtoise et signifiante des humains artificiels cette exploration se révèle drôle et profonde.

Un extrait

Steven le robot

  • Je suis imparfait mais je fais des efforts. J’essaye d’améliorer mon caractère.
  • Tu as mauvais caractère ?
  • Je n’ai pas compris ta question.

L'auteur

On connait le Ca ira (1) Fin de Louis de Joël Pommerat qui demeure un moment inégalé du théâtre contemporain et une des plus fortes lectures historiques et politiques de la révolution française. On aimera Contes et légendes pour les mêmes raisons (une mise en espace virtuose des groupes humains, une utilisation des lumières qui semble l’évidence) et d’autres raisons non moins pertinentes tant Pommerat continue avec brio son exploration des conflits intimes des êtres.

Le succès est tel que pour cette saison le spectacle est complet, hélas !

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