Thêatre-Spectacles

La Visite

Jouer le jeu du bébé et de la maman
De Anne Berest
Mise en scène : Anne Berest
Avec Lolita Chammah

Infos & réservation

Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin-Roosevelt
75008 Paris
Tél. : 01 44 95 98 21
http://www.theatredurondpoint.fr
Jusqu’au 22 mars, du mardi samedi à 20h30. Dimanches à 15h30.

Lu / Vu par

Anne-Claude Ambroise-Rendu
Publié le 12 mar . 2020

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

• Minneapolis, une jeune française, mère depuis quelques jours, reçoit la visite annoncée de « cousins du Canada », parents de son mari. Un peu agitée, elle attend le réveil du bébé et le retour d’un mari qui n’arrive pas et parle, abondamment. De la prestigieuse bourse Fulbright remportée par son mari avec son aide, de sa propre thèse en sciences du cerveau qui reste en chantier, de son exil en territoire inconnu, de l’étonnement qu’elle a à être mère et donc - comme toutes les mères primipares - parfaitement incompétente. Et de la panique que cette ignorance absolue suscite en elle qui, d’ordinaire, sait.

Points forts

• Un texte formidable et plus neuf qu’il n’y paraît sur les ambivalences de la maternité, ce qu’elle suppose d’inconscience préalable et de bricolage psychologique et matériel une fois « en situation ». De solitude aussi (c’est le bébé que sont venus voir les cousins du Canada, pas elle), presque aussi radicale que devant la mort et de la difficulté à refaire couple. De la terreur que suscite la nouveauté imprévisible de la maternité chez la plupart des femmes du XXIe siècle désormais libérée de l’assignation à la reproduction et qui pourtant ont décidé d’être mère. 

• La tonalité de l’interprétation est parfaite : toute d’hystérie feutrée et d’agitation anxieuse, Lolita Chammah porte ce texte avec juste ce qu’il faut de fragilité, de férocité et de drôlerie, traînant son corps épuisé de peignoir mal fermé en jogging avachi. 

Points faibles

Le décor peut paraître gênant : ces deux panneaux rouges, l’obligation qu’ils imposent à la comédienne d’aller grimper derrière l’un d’eux pour feindre de se pencher sur un berceau imaginaire, rien de tout cela n’est idéal. Mais c’est peu de choses,  et cela ne parvient pas à ternir la qualité du moment.

En deux mots ...

Après Élisabeth Badinter sur l’instinct maternel, Claire Bretécher et Florence Foresti sur le « bonheur » de la maternité, Anne Berest nous parle de cette expérience et de la vulnérabilité qu’elle “engendre“ : parce que « les parents sachant » ça n’existe pas ; parce qu’être parent ne va pas de soi, et que le passage du couple à la parentalité est tout sauf simple. 

• Tout semble une fois de plus nouveau, tant les idées reçues sur la maternité idéale et idyllique perdurent. Or elles font si peu de place aux questions et aux doutes, qu’elles n’aident en rien les mères à construire de manière autonome et libre leur propre rapport à la maternité. Quand le féminisme interroge l’évidence de la maternité, c’est bien à un tabou qu’il s’en prend…

• Or le doute n’empêche pas la rencontre, comme le montre avec brio ce beau spectacle. La rencontre la problématise davantage, montre comment elle s’invente, se construit à grand renfort de questions et d’angoisse ((« Je la regarde/ Et quelque chose me donne envie de mourir pour elle »), et la rend d’autant plus précieuse et humaine.

Un extrait

« Au fond je crois fondamentalement en l’idée que notre véritable pulsion c’est le sexe et non la reproduction – de la même manière qu’on dit – ce n’est pas de moi – que le véritable instinct de l’écureuil c’est de cacher des noisettes et non pas de planter des arbres. »

«  Je t’ai faite fille et tu m’as faite mère (…) pourvu qu’on s’entende bien. »

L'auteur

Romancière, scénariste de télévision (Mytho sur Arte en 2019) et metteure en scène, Anne Berest a une complicité ancienne avec le monde des classiques de la littérature. Depuis ses nombreuses biographies, mais surtout le roman La Fille de son père (2010), ses textes s’intéressent autant au quotidien, familial de surcroît, qu’aux figures tutélaires de la littérature français (Sagan 1954, 2015). 

La Visite (Actes Sud-Papiers, 2020), écrite pour Lolita Chammah, porte en elle la marque de ce double intérêt pour le monde et pour les liens familiaux, ainsi que pour les rapports complexes qui s’établissent entre l’un et l’autre.

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