Thêatre-Spectacles

Notre Innocence

Loin de valoir "Tous des Oiseaux"
De Majdi Mouawad
Mise en scène : Majdi Mouawad
Avec Emmanuel Besnault, Maxence Bod, Mohamed Bouadla, Sarah Brannens, Théodora Breux, Hayet Darwich, Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac‑Olanié, Hatice Özer, Lisa Perrio, Simon Rembado, Charles Segard‑Noirclère, Paul Toucang, Étienne Lou,

Infos & réservation

Théâtre National de la Colline
15 rue Malte Brun
75020 Paris
Tél. : 0144625252
http://www.colline.fr
Jusqu’au 11 avril

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 21 mar . 2018

Recommandation

1,0A la rigueurA la rigueur

Thème

C’est l’histoire d’un groupe d’amis confrontés au décès brutal de l’une des leurs. Elle s’appelait Victoire, n’avait qu’une vingtaine d’années et était déjà mère d’Alabama, une petite fille de neuf ans. Victoire est morte pour être tombée de la fenêtre d’un immeuble. 

S’est-elle suicidée ou son décès est-il accidentel ? Ses camarades vont se poser la question. Ce sera l’occasion pour eux d’interroger le monde, de l’interpeller, de crier leurs attentes, leurs dégoûts, leurs incompréhensions, leur désintérêt pour le passé, leur manque de foi en l’avenir. D’abord, d’un bloc, à l’unisson, d’une seule et même voix, puis, séparément dans une bruyante et belliqueuse cacophonie.  Car aucun de ces jeunes venus des quatre coins du monde n’aura le même ressenti.

Points forts

L’intention était louable : En 2015, Wajdi Mouawad avait mené un atelier  de recherche avec des élèves du Conservatoire national supérieur d’Art Dramatique de Paris. Cette expérience avait été marquée par deux traumatismes : les attentats du 13 novembre, puis le décès d’un de ces élèves. En écrivant ce texte qu’il a donc intitulé Notre Innocence, Wajdi Mouawad a voulu témoigner de cette expérience, et se faire le porte-parole de la jeunesse. Stylistiquement, il n’y a rien à dire, le nouveau patron du théâtre de La Colline étant, indéniablement à la fois un amoureux de la langue française et un poète…

Points faibles

- Là où le bât blesse, c’est d’abord sur le contenu du texte. Que des post-ados hurlent leur ras le bol de la société est une chose, mais qu’ils y mettent autant de mauvaise foi et autant de bêtise en est une autre. Un exemple ? Ils accusent les parents français d’être tous des « connards » de post-soixante-huitards attardés, qui, aujourd’hui, dressent leurs enfants les uns contre les autres. Ben voyons ! Un autre exemple ? Ils seraient à plaindre, parce qu’ils seraient nés dans une « époque-corridor » (sic) et seraient considérés  « comme une continuité tout juste bonne à perpétuer la race » (toujours sic)… Plus incompréhensible, il y a aussi, entre autres, une jeune turque qui hurle  qu’elle n’en a rien à foutre du génocide arménien, sous le prétexte qu’elle ne sait pas, vraiment pas, où trouver sa place dans cette société tellement rance, etc…

- La mise en scène,  aussi, pose problème. D’abord, pendant au moins dix minutes, on a droit à un chœur de ce groupe de jeunes comédiens qui scandent le texte d’une seule et même voix, d’un ton à la fois monocorde et furibard. Puis chacun y va de son interrogation, de son chagrin, de son indignation ou de sa colère. Au gré des répliques on se rassemble ou on se heurte, on s’assied en rang d’oignons ou on s’agite, on chante aussi, et on s’ébroue, avec détermination, et puis arrive  Alabama, la petite orpheline, qui semble remettre tout le monde sur le même pied de chagrin…

- C’est d’autant plus pénible à regarder et surtout à écouter, que ces jeunes comédiens n’ont aucune expérience. Comme ils ne sont mus que par leur fougue, qu’ils n’arrivent pas à discipliner, leur prestation est difficilement supportable. Leur seul bon point est qu’ils viennent de plusieurs pays du monde (Occident et Moyen Orient) et qu’ils sont censés représenter la jeunesse dans toute sa diversité.

- Le spectacle est divisé en chapitres : « la viande », « la chair »,… des titres, on le voit, très  « choc ». Et ça dure, ça dure, ça dure… 2h15.

En deux mots ...

On sort fourbu de ce « spectacle »-ou de cette « expérience », comme on voudra-, en se demandant comment un écrivain qui a écrit, entre autres, Tous des Oiseaux, ce texte si fort, si magnifique, et qui fut si formidablement bien porté par des acteurs exceptionnels, peut revenir, quelques mois après, avec un spectacle aussi douloureusement indigeste, et si maladroitement joué?

Un extrait

« C’étaient vous, ces jeunes là, non ? C’était vous, ce mois de mai là, mois mythique, sacré entre tous, avec lequel vous n’avez de cesse de nous écraser puisque vous, vous l’avez faite la révolution, vous, vous aviez le sens du partage, de la camaraderie, n’étiez pas scotchés à des portables, comme nous qui le sommes, qui n’aviez pas Internet et toute cette rhétorique à vomir, faite pour nous humilier, parce que nous, nous sommes de pauvres connards qui n’ont rien connu, rien fait, rien vécu, des connards dont la grande malédiction est d’être nés de vous… » ( Extrait de  Notre Innocence de Wajdi Mouawad).

L'auteur

Metteur en scène, auteur, comédien, directeur artistique, plasticien et cinéaste, et, depuis deux ans, « patron » du théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad est, sans doute, aujourd’hui l’une des plus importantes « voix » du théâtre dans le monde. 

Né le 16 octobre 1968 au Liban, il a sept ans quand, pour cause de guerre civile, sa famille quitte ce pays, pour s’installer d’abord en France, puis, en 1983, à Montréal, où, jeune homme, il suit une formation d’acteur. En1990  il intègre la compagnie Théâtre Ô parleur, y signe de nombreuses mises en scènes, la codirige et y monte ses premières pièces dont « Littoral » et « Incendies », qui deviendront les premiers volets d’une tétralogie intitulée « Le Sang des Promesses ». En 2000, il est nommé à la direction du « Théâtre de Quat’Sous », qu’il quitte en 2005 pour fonder des compagnies de créations.

L’écho de ses nombreux succès Outre-Atlantique parvient en France, où il va monter plusieurs de ses pièces dans de nombreux centres dramatiques (dont le TNS) et festivals, parmi lesquels Avignon. 

En 2009, il reçoit le Grand prix du théâtre de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre dramatique, traduite désormais en vingt langues. 

En 2010, sort sur les écrans « Incendies », une adaptation cinématographique de sa pièce. 

En 2016, il est nommé à la direction du Théâtre National de la Colline. Il y présente la même année Les larmes d’Œdipe , une adaptation très personnelle d’Œdipe à Colone , la pièce de Sophocle.

En novembre dernier, son spectacle Tous des oiseaux  avait époustouflé critique et public par son souffle et la force de son propos.

Notre Innocence ne devrait pas susciter le même enthousiasme…

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