Bopkyta, le voyage à l'Est

A l’Est, rien de nouveau …
De
Rainer Sievert
Durée : 2h15
Mise en scène
Lionel Parlier
Avec
Manuel Langevin, Rainer Sievert
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre du Soleil, petite salle
Route du Champ de Manoeuvre
75012
Paris
07 59 26 80 97
Jusqu’au 14 juin 2026. Du mercredi au samedi à 20h, le dimanche à 16h.

Thème

  • Au début du spectacle, l’acteur principal se demande : « Qu’est-ce que je vais pouvoir raconter ? », avant que la pièce ne prenne comme point de départ une histoire familiale, partant du grand-père du comédien et auteur Rainer Sievert, qui enrôlé dans l'armée allemande, fut capturé et passa neuf ans dans des camps de travail staliniens en tant que prisonnier de guerre.

  • Le récit retrace le destin de cet homme, un simple fermier, broyé dans la machine des régimes totalitaires du siècle dernier. Ce parcours individuel, éclairé par des archives et des documents, devient un conte moderne qui affronte le passé.

  • Ce récit de voyage historique et géographique croise donc l'histoire familiale avec la grande Histoire.

Points forts

  • Le thème - et notamment la question des prisonniers de guerre, considérés comme des prisonniers politiques « ennemis du peuple » - est très intéressante et traverse l’histoire d’une URSS qui a vite trahi l’espoir d’une vie meilleure. La pièce montre bien comment le personnage est pris dans un engrenage infernal et destructeur d’humanité.

  • L’acteur principal développe un jeu imprégné par la dimension autobiographique du propos, puisque son propre grand père fut détenu au Goulag. Cette histoire personnelle donne de la force au jeu de l’acteur, à son récit.

  • Même si le propos est sombre, il ne manque toutefois pas d’humour ni de dérision. L’humour est parfois surprenant, dans un récit plutôt angoissant et dramatique.

Quelques réserves

  • L’accompagnement musical pose ici problème, avec une guitare électrique souvent trop forte et écrasante, au risque de recouvrir le récit du comédien. 

  • Le texte manque parfois de nuances, et ses images ne sont pas toujours explicites. Le propos manque de clarté à certains moments, ce qui crée une certaine confusion qui diminue la capacité de conviction de l’acteur.

Encore un mot...

  • Voilà une pièce qui a malheureusement de nombreuses résonnances contemporaines. Il fait même référence à la grand-mère du personnage, exécutée pour sorcellerie après un procès expéditif (85 % de victimes de ce genre de procès étaient des femmes, si l’on se réfère à l’étude de Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes).

  • La captivité dans le Goulag fait également écho à la mort tragique en 2024 dans des conditions suspectes dans un colonie pénitentiaire russe en Sibérie du militant russe anticorruption, opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny. 

  • Bien sûr la guerre en Ukraine après l’invasion russe, est présente dans tous les esprits.

Une phrase

  • « On boit de la vodka quand on mange et quand on ne mange pas. »

  • « Là où il y a le juif, il y a le bolchevique. »

  • « Les Russes adorent les commémorations. »

  • Une définition du Goulag : « 12 mois d’hiver. Le reste, c’est l’été… »

L'auteur

Rainer Sievert a été formé à l’École internationale de mimodrame de Paris sous la direction de Marcel Marceau et au Conservatoire national d’Hanovre en Allemagne. 

  • Il a travaillé au théâtre, entre autres avec Guy-Pierre Couleau pour Le Songe d’une nuit d’étéMaître Puntila et son valet Matti, avec Paul Golub (La Puce à l’Oreille, Un siècle d’industrie et Mystère Poe), La Compagnie Roquetta (Les Ratés, de Natacha de Pontchara), J. Maisonnave (La Cuisine d’Elvis, Les Trompettes de la mort, Le Silence de la Mer), François Kergourlay (L’Art de la Comédie, Le Tour du monde en 80 jours), Serge Noyelle (Les Cerbères et Rêves de Gare), Ch. Rauck (Le Cercle de Craie CaucasienComme il vous plaira), ainsi qu’avec Ariane Mnouchkine pour La Ville parjure.

  • Il a tourné au cinéma sous la direction de Robert Guédigian, Jean-Paul Salomé, Eric Judor et Ramzy Bédia, ainsi que Johanna Maier.  

  • Rainer Sievert a également signé plusieurs mises en scène, dont Cabaret Tchekhov pour le Centre dramatique de la Courneuve, Les Aventures de François Berrone, de Marc Wels, Les derniers jours de l’Humanité de Karl Kraus. 

  • Enfin, il a créé des projets personnels autour d’un théâtre-mémoire : France-Allemagne, avec Jocelyn Lagarrigue et Marc Wels, pour La Formule du Bonheur.

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