En direct du Festival off d'Avignon - samedi 11 juillet

Pendant toute la durée du Festival, notre chroniqueur Jean-Pierre Hané voit pour nous les pièces à ne pas rater ... Voici sa sélection du jour 10
Notre recommandation
5/5

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Et aussi

  • Juste Irena - Leonore Chaix

L’entrepôt
Mise en scène : Cédric Revollon
Interprétation : Camille Blouet - Anaël Guez - Nadja Maire - Sarah Vermande
Du 4 au 25 juillet à 10h50, relâche les 8, 15, 22 juillet

Une vieille dame polonaise vit dans une maison de retraite. Elle s’appelle Irena et personne ne peut soupçonner les actions héroïques qu’elle a accomplies durant la Seconde Guerre mondiale : le sauvetage de 2500 enfants juifs du Ghetto de Varsovie et de la déportation. 
Pendant que 3 étudiantes du Kansas enquêtent sur le personnage qu’elle était, de sa chambre, Irena convoque les fantômes de son passé. Elle reconstitue les bribes d’une mémoire qui s’étiole, pour que reste à jamais gravé l’inimaginable.

Je suis sorti profondément ému de ce spectacle bouleversant tant dans sa forme que dans son fond. En mêlant, le théâtre et la marionnette, Cédric Révollon a réussi à magnifier le propos et l’histoire portée par Léonor Chaix, donner une dimension universelle au propos et s’inscrire dans la mission de transmission et de devoir de mémoire. Il fait de ce spectacle un spectacle de référence pour toute une génération qui oublie malgré elle les cicatrices de l’Histoire. La pudeur de l’écriture, l’infinie précaution de la mise en scène nous remue, nous étreint. Les comédiennes et manipulatrices inscrivent leur jeu dans une simplicité et authenticité déchirante et mettent en lumière tout le courage et l’abnégation de ces femmes de l’ombre, qui sauvèrent tant d’enfants du ghetto de Varsovie. Qu’il soit homme ou artiste, Cédric Révollon est aujourd’hui un metteur en scène qui doit compter. Après le succès des « yeux de Taqqi », on lui souhaite un long chemin pour accompagner son Irena.

5  cœurs

 

  • Je suis né d’un récit brûlant - Jean Alibert

La Reine Blanche
Interprétation : Jean Alibert
Du 4 au 22 juillet à 12h30, relâche les 9, 16 juillet

Qui raconte notre histoire ? Mon histoire, la tienne ? Quelle est notre histoire ? Le récit d’une histoire commence souvent par « Il était une fois » ou par « Je me souviens ». "Je suis né d’un récit brûlant" ne commence pas comme ça. Peut-être parce que naître en Algérie au milieu d’une guerre civile après 132 ans de colonisation n’est pas sans conséquences durables. 

« Le 5 juillet 1962 » à Tenira, ça s’est passé proprement », c’est de cette phrase lancinante entendu par un fils de son père que nait ce spectacle récit. Profondément bouleversant et authentique – c’est l’histoire de l’auteur – le voilà qui ouvre le livre de ses blessures et de ses questionnements sur sa naissance qui vient percuter un fait historique majeur du conflit algérien : le massacre de plus de 800 colons français à Oran. 
« Etre de quelque part » quand son identité, ses racines, se confondent, se mélangent avec la colonisation française devient tout un coup pour ce fils admiratif de son père un sujet de douleur. Né en Algérie, fils d’un colon profondément respecté par la population arabe de la ville dont il a été l’édile, ce jour du 5 juillet 1962 fut pour cet homme jour de fracture. Car le jour de l’indépendance dans son village quand il a rendu son mandat, plié son drapeau français pour voir hisser pacifiquement le drapeau algérien, là, dans son village, pour lui, « ça s’est passé proprement » alors que dans le pays au même moment des exactions monstrueuses étaient perpétrées. A qui la faute ? Qui était légitime ? Pourquoi tant de silence autour d’un conflit qui malgré les accords d’Evian dura huit ans ? « Parce que, dès que se sont fermées les portes de la guerre d’Algérie, tout le monde a voulu oublier, du moins tout le monde a fait semblant. » dira le grand historien Pierre Nora.
Durant tout le spectacle, on est tenu en haleine par ce colosse aux pieds d’argile qui raconte comment il a été amené à s’interroger sur tous ces événements avec ses certitudes d’enfant, qui s’effondrent comme un château de carte face à la brutalité de la réalité, l’enquête haletante qui s’en suit pour apaiser, pacifier cette mémoire brûlante dont les cendres fument toujours.
Comme il le décrit lui-même, c’est une belle oraison civile qui rend hommage à une population crédule, à un peuple sacrifié. Merci monsieur Alibert pour ce témoignage singulier, courageux et si plein d’humanité.

5 coeurs

 

  • XPM Daniel Borak, Daniel Leveillé

Théâtre Golovine 
Avec : Daniel Borak - Daniel Leveillé
Du 4 au 24 juillet à 18h relâche les 6, 13, 20 juillet

Avoir (ou ne pas avoir) le temps / Perdre son temps
Prendre son tempsGagner du tempsFaire son temps
Passer le tempsTuer le tempsTemps mort
Vivre avec son temps, dans l'air du temps

C’est une performance extraordinaire à laquelle se livre ces deux artistes de claquettes. Leurs fers resonnent comme un dialogue sur des musiques aussi variées que surprenantes. Un parti pris esthétique audacieux les accompagnent et le travail sur la lumière est tout simplement remarquable. On est époustouflé par la maestria des duos ou des solos qui renouvelle un genre attribué à la comédie musicale ordinairement mais qui s’élève au rang d’art à part entière. L’originalité des chorégraphies surprend et le numéro d’ouverture est aussi saisissant que surprenant. Quand l’excellence se niche dans un lieu qui sait offrir à son public des moments inoubliables, il faut se précipiter et partager ses enthousiasmes.

5 cœurs

 

Richard III – William Shakespeare 

Théâtre du Roi René
Mise en scène : Laurent Domingos
Interprétation : Juliette Delhomme, Camille Demoures, Laure MilletJuliette Pi Alexiane Torres
Du 4 au 25 juillet à 17h20, relâche les 8, 15, 22 juillet

Angleterre, fin du XVème siècle. La Guerre des Deux roses est enfin achevée, les York ont vaincu les Lancastre. Edouard IV est un roi triomphant, entouré de courtisans de la dernière heure. Cependant, dans l’ombre, seul, est tapi son plus jeune frère, Richard, duc de Gloucester, "difforme, inachevé, dépêché avant terme, dans ce monde haletant à peine à moitié fait, si boiteux et si laid, que les chiens aboient quand [il] les croise en claudiquant".
Lui qui a tout sacrifié sur le champ de bataille pour porter le roi au pouvoir, ne supporte pas cette nouvelle ère de paix et la vie de cour de laquelle il se sent rejeté. Mais l’heure des comptes est arrivée. Machiavel avant l’heure, Richard est bien décidé à conquérir le pouvoir par tous les moyens, en s’affranchissant de toutes les règles en vigueur, assisté par son nouvel acolyte, le duc de Buckingham. Complots, alliances, trahisons et meurtres vont alors actionner une quête effrénée et horrifique du pouvoir, qui fera trembler le royaume d’Angleterre.

C’est une formidable réussite que ce spectacle ambitieux, à l’esthétique baroque et à l’interprétation impressionnante des 5 comédiennes. Laurent Domingos fait le pari fou de tout faire interpréter par des femmes et peu nous chaut de ce cri farouche à la sororité sur un plateau, c’est efficace et puissant.
L’interprétation d’Alexiane Torres est une très belle performance qui donne toute l’emphase shakespearienne à cet être hybride de douleur et de vengeance. Ses comparses par une direction de comédiennes à la limite de la farce et du bouffon, dans une ambiance psychédélique, éclairent les personnages dans leurs intentions et leurs tourments. Chacune d’entre elle est au cœur de leur duplicité, de leur lâcheté ou de leur douleur. Un voyage au cœur du chaos qui vous électrise. Voici que s’ouvre pour vous « l’été de votre déplaisir »… avec enthousiasme et ferveur.

4 cœurs

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