En direct du Festival off d'Avignon - vendredi 10 juillet
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- WALT, la folie Disney - Fanny Dupin, Damien Maric
Théâtre du chêne noir
Mise en scène : Victoire Berger-Perrin
Chorégraphie : Jean-Claude Gallota
Interprétation : Clément Vieu
du 4 au 25 juillet à 10h, relâche les 6, 13, 20 juillet
Qui était Walter Elias Disney ? Certainement, l’homme le plus méconnu de la terre.
Un nom controversé, adulé, incompris… Coincé entre la vie et l’imaginaire, Walt avait un rêve : marquer l’histoire et offrir ses lettres de noblesse au cartoon. Prêt à tout pour atteindre le sublime, il a frôlé le divin et a touché la folie.
C’est un tout autre personnage que l’image qu’il a voulue laissé de lui et dont nous avons une image d’Epinal.. Nous découvrons un homme emporté par sa passion jusqu’à le rendre parfois tyrannique (comme beaucoup de génie) Mais c’est une destinée atypique d’un homme que son rêve a conduit au zénith. Dans cette tranche de vie qui raconte la mise au monde de son premier chef d’œuvre « Blanche-Neige », Victoire Berger-Perrin a choisi d’intégrer de la chorégraphie dans l’expression de son personnage. Une belle idée qui apporte un contrepoint au caractère souvent rigide du personnage.
C’est le portrait tout en contraste qu’exécute avec une belle énergie Clément Vieu. On plonge avec lui dans les affres de la création, celle qui implique, choix, sacrifices, audaces et déceptions de cet entrepreneur qui décide de tout jusqu’au moindre détail. On assiste aux tourments d’une création, dont l’enfance peuplée de démons a forgé un univers destiné à toucher tous les publics. Prônant l’entreprenariat d’équipe, il reste profondément seul entre génie et folie et ce portait entre ombre et lumière vaut le coup de projecteur des deux auteurs Fanny Dupin et Damien Maric. Laissez filer la pellicule et laissez-vous entrainer.
3 cœurs
- Le rappel des oiseaux - adaptation du "Journal d'un fou" de Nicolas Gogol par Orianne Moretti
La factory (Roseau teinturiers)
Mise en scène : Orianne Moretti
Chorégraphie : Bruno Bouché
Interprétation : Guilhem Fabre - Mathieu Ganio
Du 3 au 25 juillet à 11h40 - relâche les 9, 16, 23 juillet
Quand « le journal d’un fou » de Gogol rencontre la musique et la danse, on est percuté par la magie qui s’opère de voir les mots se mettre en mouvement dans la chorégraphie de Bruno Bouché interprétée avec force et délicatesse par le danseur étoile Mathieu Ganio.
Porté par l’univers sonore que Guilhem Fabre interprète au piano avec une intensité toute particulière, voilà que dialogue trois arts qui se répondent, s’interpellent, se complètent et nous saisissent. Une conception scénique minimaliste rend toute sa force à l’interprétation.
Les tourments de l’âme imprègnent les mouvements saccadés et nouent le corps du danseur pour que ses immobilités et ses suspensions nous le rendent plus vulnérable et touchant. Venez vous perdre au fil de cette tragédie du cœur aux accents vibrants qui empliront vos yeux et vos oreilles.
4 cœurs
- Ubu roi – Alfred Jarry
La factory (Roseau teinturiers)
Mise en scène : Valéry Forestier
Interprétation : Sabrina Amengual - Benjamin Bernard - Valéry Forestier
Du 3 au 25 juillet à 12h50, relâche les 9, 16, 23 juillet
Officier du roi Venceslas, décoré de l’ordre de l’Aigle rouge, Ubu jouit d’une position enviable à la cour de Pologne. Mais sa femme, la Mère Ubu, a bien d’autres ambitions pour lui. En le persuadant de détrôner Venceslas, elle va le précipiter dans de multiples aventures.
Tout se passe dans un petit castelet. La forme est plus que singulière et on navigue entre le clown, la marionnette, le théâtre d’objet. C’est surprenant, décalé, ludique, et le sujet grince à nos oreilles dans une actualité politique plus que brûlante. Mais le burlesque comme toujours est là qui l’emporte, donne toute sa force à la satyre, dénonce les dérives du pouvoir dans un joyeux jeu de massacre. On entend merveilleusement le texte d’Alfred Jarry, trop souvent décrié pour son outrance dans les nombreuses interprétations qui en ont été données. Ici l’excellence des interprètes emporte le public de tous âges. C’est un spectacle salutaire pour évacuer les angoisses du monde qui nous entoure. Un concentré de bonne humeur au rire libérateur. C’est une performance incroyable, bref…un incontournable de ce festival !
5 cœurs
- Terre 1 – de Thibaut Eiferman, Alice Vasseur
L’Atelier (La manutention)
Chorégraphie et interprétation : Thibaut Eiferman
Scénographie : Alice Vasseur
Du 10 au 20 juillet à 17h, relâche le 15 juillet
C’est tout autant un magnifique solo de danse qu’une performance que nous livre Thibaut Eiferman. Toutes les déclinaisons sur la conservation d’une verticalité fragile, sur les chutes, le rebond, l’être humain attaché sans échappatoire au sol quelles que soient ses tentatives pour échapper à l’attraction. C’est un exploit physique qui pousse l’interprète jusqu’à l’épuisement et on admire l’énergie mise dans une lutte digne du mythe de Sisyphe à vouloir se tenir debout et l’abandon dans les chutes si savamment renouvelées, étudiées, explorées. Dans une parfaite osmose avec les toiles d’Alice Vasseur dans lesquelles il se fond, émane une poésie athlétique et magnétique qui défie la gravité et magnifie la suspension. A ne pas manquer.
4 cœurs
- Le premier homme – de Elisabeth Bouchaud, Jean-Philippe Bouchaud, d’après Albert Camus
La Reine Blanche
Mise en scène : Benoit Giros
Interprétation : Jean Alibert - Elisabeth Bouchaud - Emmanuel Dechartre - Félicien Juttner
Du 4 au 22 juillet à 22h, relâche les 9, 16 juillet
A la recherche d'un père qu'il n'a jamais connu, Albert Camus retourne en Algérie, alors que le pays est déchiré par une terrible violence, et y interroge sa mère, son vieil instituteur, un colon. La quête de ses origines s'étend alors à sa propre identité algérienne. La position nuancée de Camus sur l'Algérie est une leçon d'humanité que nous avons plus que jamais besoin d'entendre.
C’est une deuxième version du roman de Camus qui se joue à Avignon. Dans cette version, les adaptateurs ont introduit des extraits des « chroniques algériennes » de Camus qui donne une lumière différente, plus politique, et qui se concentre particulièrement sur l’engagement de Camus à propos des événements algériens. « On nait autant d’un terre que d’un père et d’une mère » et la parole de l’auteur résonne comme un manifeste universel sur les événements mondiaux d’aujourd’hui d’ici et d’ailleurs : « Avoir le courage de la nuance et du compromis ».
En mettant en scène les quatre principaux protagonistes, l’accent est mis sur l’amour filial et la quête de ce lien brisé dans lequel Félicien Juttner révèle toute la profondeur de l’auteur. Refusant la résignation, il transmet par un jeu simple et généreux l’errance affective de ce fils à la recherche du premier homme de sa vie. Ses partenaires colorent avec humanité les blancs laissés par ce père absent, disparu si tôt sans laisser de trace. Ces trois figures comme trois piliers d’une mémoire fuyante ont le talent de Elisabeth Bouchaud, Jean Alibert et Emmanuel Dechartre. Il faut signaler la superbe scénographie et mise en lumière de ce spectacle qui nous transporte au-delà de la méditerranée.
Ne manquez pas ce spectacle touchant, cette prose si précise comme le simoun qui souffle la chaleur de l’engagement et la sécheresse des regrets.
5 cœurs
- Y a d’la joie ! Cabaret déjanté – Création collective
La nouvelle étincelle
Mise en scène : Olivier Desbordes
Interprétation : Julien Asselin - Anne Barbier - Jean-Pierre Descheix - Sandrine Montcoudiol - Éric Perez
Du 4 au 25 juillet à 20h, relâche les 8, 15, 22 juillet
Ce cabaret déjanté, décalé, dérangée et dégenrée : « Y a d’la joie » a été conçu comme une parodie joyeuse des vieux Music halls des années 30 et 50. Il invite leurs figures emblématiques : des personnages épris de liberté, échappant à la norme et dont le talent sur scène les rendit célèbres. Mistinguett, Maurice Chevalier, Dranem, Damia et plus tardivement Francis Blanche et Charles Trénet seront là quelque part présents dans ce spectacle, garants d’un humour à toute épreuve et parfois arbitres des inélégances.
Quel plaisir de retrouver toute l’insolence d’un cabaret qui connut ces grandes heures de gloire au temps joyeux de Jean-Marie Rivière à l’Alcazar ou au Paradis latin. Insolence, ironie, dérision, travesti, les auteurs et interprètes aujourd’hui oubliés du « Caf’Conc’ » se fichaient fort de la bienséance et n’hésitait pas à entonner « le trou de mon quai » et « A Bouffémont… tsoin tsoin » sans faire de manière. On s’amuse énormément avec ces 5 artistes d’un certain âge et qui prouvent qu’avec « un âge certain » on en a encore sous le pied et dans la glotte.
Avec un merveilleux sens de la dérision. Au passage l’inclusion se prend une petite claque avec un esprit frondeur qui fait toute la vertu du cabaret. Foin des conventions et de la bien-pensance. « Amusez-vous, foutez-vous de tout, la vie passera comme un rêve » disait le refrain d’une chanson à succès d’un temps que les moins de 20 ans ne saurait pas connaître. En toute bienveillance offrez-vous un bijou d’anthologie (ou d’archéologie) de la chanson française. Faites-vous plaisir !
5 cœurs
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