Cavalières

Un gynécée au grand galop
De
Isabelle Lafon
Mise en scène
Isabelle Lafon
Avec
Sarah Brannens, Karyll Elgrichi, Johanna Korthals, Isabelle Lafon
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Théâtre Paris-Villette
211 Avenue Jean Jaurès
75019
Paris
01 40 03 74 20
Jusqu’au 27 juin 2026. Du mardi au samedi à 19h ou 20h.

Thème

  • Denise, entraîneuse de trotteurs sur un champ de course, met une petite annonce pour inviter trois femmes à cohabiter dans son grand appartement. Les conditions financières sont plus qu’avantageuses, mais elle pose trois conditions : avoir un rapport au cheval, s’occuper de sa fille adoptive Madeleine, ne pas apporter de meubles. Les quatre femmes - qui sont toutes « à la croisée de quelque chose de leur vie » - se présentent et embarquent pour cette aventure. • Elles découvrent rapidement que Madeleine est une enfant handicapée, alors que Denise estime que sa fille demande juste « des attentions particulières. »
  • On l’a compris, ce spectacle n’est pas un spectacle sur l’équitation ou le cheval, même s’il en est question évidemment, mais sur « des moments traversés par quatre femmes », une histoire de rencontre, de liens qui se tissent et se défont, et de lettres, de notes, de petits mots envoyés et reçus, d’écriture donc. 

Points forts

  • Cavalières est d’abord un très joli texte de théâtre cherchant à « mettre au point des petites choses inédites », un texte en mouvement et donc accidenté, pour ainsi dire “cavalier“, et qui interroge, sinue, tremblote parfois, hésite (sur ce que pourrait être « le bon moment » pour faire ou dire quelque chose) ou au contraire va droit au but et bouscule, joue avec les mots et se joue d’eux. Très précis, très amoureux de la langue, très impertinent et un peu durasien, il est aussi très drôle. Et on est touché par cette croisée des chemins et par l’envie qu’ont ces femmes de se reconstruire en faisant un saut dans "l'inconnu".
  • L’enfant, Madeleine, est au cœur de ce que ces femmes tentent de construire et son absence est comme le cœur battant mais muet de ces relations parfois difficiles mais qui, envers et contre tout, construisent un monde commun.
  • Ici, le théâtre s’invente sous les yeux des spectateurs comme en témoignent certains bafouillements des comédiennes qui semblent chercher leurs mots, qui vacillent, avancent, renoncent et repartent à la charge établissant ainsi presque subrepticement une intimité complice avec le public.
  • Sur une vaste scène nue cernée par la colonnade du théâtre, les personnages à qui il faut au besoin rappeler qu’elles marchent sur la table de la cuisine ou franchissent le seuil d’une chambre qui n’est pas la leur, déambulent, parlent, écoutent, faisant parfois face à la salle pour conter leur part de l’histoire avant de la donner à voir in situ. Cette mise en abime et en question du théâtre n‘est pas seulement délectable, elle confère de la profondeur à ce qui se passe sur scène, fiction assumée certes, mais fiction tellement vraie ! 
  • La bouleversante chanson de Maria Tanase, revenant comme une ponctuation sensible, la délicatesse des lumières et l’engagement des actrices fait le reste pour porter ce texte à un niveau de tranquille incandescence dont on émerge à la fois ravi et légèrement brûlé.

Quelques réserves

  • Pas vraiment.

Encore un mot...

  • Sophie Barreau cavalière, chercheuse-éthologue écrivant à Isabelle Lafont « L’art équestre permet une chose assez unique, être animal au moins pour une moitié », ce rêve de tout cavalier sera partagé aussi par les spectateurs qui ne savent rien du cheval, comme si cette animalité ainsi réveillée en nous nous permettait d’être plus ou mieux humain. 

Une phrase

  • Denise : « Quand tu fais du cheval tu t’occupes plus du corps de ton cheval que de ton propre corps. »
  • Saskia : « Monter à cheval, c’est comme écrire. C’est penser droit devant, calme et en même temps laisser apparaître toute l’impétuosité dont le cheval est capable. Et chercher l’équilibre entre ce que veut l’animal et ce qu’on veut soi. »
  • Nora : « Ce qui me touche le plus (…) c’est la respiration d’un enfant qui dort. Et ce que je déteste le plus c’est la respiration d’un adulte qui dort. »

L'auteur

  • Comédienne autrice et metteuse en scène, Isabelle Lafon occupe la scène théâtrale depuis 2002 avec de nombreuses œuvres classiques adaptées, parfois par elle (La Mouette de Tchekhov, Bérénice de Racine), et une littérature devenue classique (Anna Akmatova, Monique Wittig, Virginia Woolf). Elle revendique de construire ses créations en tâtonnant, et en prenant le risque de la fragilité. Sans vision, mais « avec des envies », sa compagnie Les Merveilleuses, déploie un théâtre où la parole centrale, issue d’un processus d’écriture collective, est souvent féminine et rassembleuse. 
  • Cavalières, qui a été donné à La Colline en mars 2024 et a reçu le Prix de la meilleure création d’une pièce en langue française décerné par le Syndicat Professionnel de la critique, est présentée au théâtre Paris-Villette dans une version légèrement plus longue. 

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