L’Hors-présence
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Thème
Laure, malade et condamnée, revient chez elle, dans une villa au milieu de nulle part, pour y mourir. Ses deux frères et sa sœur la rejoignent. Il faut l’accompagner, organiser les derniers jours, trouver les bons gestes et les bons mots. Alors la fratrie met en place des protocoles, des règles, des façons de faire. Tout plutôt que de prononcer ce qui ne peut l’être, car la mort est là, partout, mais personne ne semble véritablement savoir comment la regarder.
L’Hors-présence, ou Chimères du pays de Morsan, s’attaque à un sujet aussi universel que soigneusement tenu à distance : notre rapport aux mourants, avec cette question : « Qui a le droit de regarder, à quelle distance et comment ? »
La pièce cherche moins à raconter simplement une fin de vie qu’à interroger ce que nous faisons de la mort lorsqu’elle devient concrète, lorsqu’elle frappe un(e) proche, et qu’il n’est plus possible de la repousser derrière les mots et les gestes.
Points forts
Le texte et sa mise en scène nous invitent à déplacer le regard. La mort n’est pas seulement celle de Laure : elle devient une expérience collective, qui bouleverse ceux qui restent. Le texte de Tiphaine Raffier est d’une émouvante précision, découpé au scalpel, pour tenter - et réussir - de décrire ce que le regard perçoit.
La famille est déchirée entre le besoin de tout maîtriser et l’irruption de l’incontrôlable. Ils établissent des plans, cherchent des procédures, s’accrochent au langage, mais la mort résiste à toutes les méthodes. Les divisions apparaissent, qui fracturent la fratrie, chacun essayant d’occuper une place auprès de Laure, de jouer un rôle.
La mise en scène illustre cette frontière entre présence et disparition. Tiphaine Raffier revendique un théâtre qui montre ce que les mots ne peuvent plus saisir. Le dispositif scénique est captivant, l’action se déroulant dans une villa fermée mais largement ouverte sur la salle par une large baie vitrée. Elle fait de nous des voyeurs comme s’il nous était impossible de pénétrer à l’intérieur de cette souffrance et cette incompréhension qu’est l’approche de la mort.
Un dispositif vidéo filme en continu et en plan rapproché, les images sont projetées sur le fronton de la villa. Enfin une utilisation raisonnée de la vidéo au théâtre, qui trouve ici une place naturelle dans le spectacle.
L’ampleur du sujet, conjuguée à l’ambition de cette création - huit interprètes dans une décor en mouvement pendant 2 h 30 - donnent à cette représentation de l’intime une puissance qui embrase ce simple huis clos familial.
Quelques réserves
- La fin propose une version plus stylisée, symbolique de la vie qui finit et son insondable mystère, dans un mélange d’épisodes mythologiques et politiques. On pourra penser que le passage du réalisme à l’onirique apporte une dimension supplémentaire… ou pas.
Encore un mot...
Il y a quelque chose de paradoxalement vivant dans cette pièce consacrée à la mort. Car ce que Tiphaine Raffier représente, c’est moins la disparition de Laure que la tentative de comprendre ce qui nous échappe.
L’Hors-présence désigne peut-être cet endroit étrange, où quelqu’un est encore là tout en étant déjà en train de disparaître. Une invitation, moins à regarder la mort qu’à nous demander comment nous regardons ceux qui meurent.
Une phrase
« Qui a le droit de regarder, à quelle distance et comment ? Comment regarder sans juger ? Et si ce que l’on nomme “fin de vie“ était en réalité le début de la mort – alors quand commencerait-elle exactement ? Et lorsqu’on regarde un proche mourir, que voit-on ? Sa disparition, la nôtre ou celle de l’humanité ? » (extrait de la note d’intention)
L'auteur
Comédienne formée à l’École du Nord, Tiphaine Raffier écrit et met en scène depuis 2012.
Elle a travaillé avec Julien Gosselin, pour Gênes, Tristesse Animal Noir et Les Particules élémentaires. Elle a également adapté Némésis de Philip Roth pour la scène et signé en 2025 son premier opéra, Les Dialogues des Carmélites de Poulenc.
Elle est l’autrice de La Chanson, Dans le nom, France-Fantôme et La réponse des Hommes.
Avec L’Hors-présence, pièce créée au Festival d’Avignon 2026, elle poursuit une écriture qui mêle théâtre, littérature, réflexion philosophique et recherche scénique.
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