Amadeus

Le génie ne s’accorde pas plus avec les bonnes manières que certaines pièces avec la réalité historique…
De
Peter Shaffer (adaptation : Olivier Solivérès)
Mise en scène
Olivier Solivérès
Avec
Jérôme Kircher, Thomas Solivérès, Lison Pennec, Eric Berger, Laurent d’Olce, Philippe Escudié, Romain Pascal, Laurent Arcaro, Artus Maël, Flore Philis, Stella Siecinska, Loïc Simonet, Marjolaine Alziari, Jade Robinot.
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre Marigny
Carré Marigny
78008
Paris
01 86 47 72 77
Jusqu’au 5 avril 2026. Mercredi et jeudi à 20h, vendredi et samedi à 21 h, le dimanche à 15h.

Thème

  • Depuis son plus jeune âge, Antonio Salieri, issu d’un milieu de marchands lombards, a voué son existence à la musique, « art de Dieu », et passé un pacte quasi-faustien avec celui-ci : en l’échange du soutien divin, le musicien italien promet une vie exemplaire vouée à la gloire du Très-Haut.

  • Dans un premier temps, ses souhaits de réussite s’accomplissent, conduisant Salieri au poste prestigieux de premier Compositeur de l’empereur Joseph II (1741-1790), souverain mélomane mais peu doué qui règne sur le Saint empire romain germanique depuis 1765. 

  • Mais voilà qu’un jeune musicien totalement excentrique fait irruption à la cour de Vienne, précédé par une réputation d’enfant prodige ayant montré ses talents devant toutes les têtes couronnées d’Europe …

  • Salieri s’aperçoit avec stupeur - puis fureur - que le respect des conventions et son serment avec Dieu n’ont aucune espèce de rapport avec le génie musical précoce et bouillonnant dont Mozart fait preuve, sans que toutefois ni le roi ni son entourage, pourtant fort cultivés, ne s’en rende vraiment compte. Le réalisant, Salieri tient les moyens de sa vengeance…

Points forts

  • Les comédien-ne-s se montrent au diapason des exigences musicales et théâtrales du spectacle, avec notamment un Salieri grinçant à souhait - Jérôme Kircher n’hésitant pas à interpeller le public sans qu’on y trouve à redire - et Lison Pennec, totalement convaincante en Constance amoureuse de son « Wolfie »

  • La pièce, qui ne mégote pas sur la munificence des costumes et des décors, exploite pleinement l’étendue et la profondeur de la scène. Les comédiens-musiciens évoluent souvent sur des plateaux mobiles, ce qui dynamise les scènes en réduisant le temps de mise en place. De la même manière, les moments consacrés aux rumeurs et intrigues de cour entre têtes poudrées font mouche. Le final, qui se démarque du film, est particulièrement bienvenu.

  • Le choix de centrer le propos musical sur les opéras de Mozart n’empêche pas que l’on peut saluer l’effort pour expliquer les grands enjeux des œuvres conçues par ce génie musical. 

Quelques réserves

  • Les exigences d’un spectacle grand public ont parfois conduit à des exagérations dans la représentation du génie autrichien, un peu surjoué par Thomas Solivérès en histrion peu avare d ‘un rire hystérique, ou en bouffon aux blagues infantiles et scatologiques trop récurrentes et appuyées.  On retrouve ici le topos du contraste entre les extrêmes - un comportement immature pouvant s’accommoder du génie - pour mieux le mettre en relief, à moins qu’il ne s’agisse de suggérer que tout génie créatif est un déséquilibré qui s’ignore... 

  • Par extension, méfions-nous de ce qu’un succès théâtral et cinématographique ayant ses exigences propres en termes de dramaturgie, d’intrigue et de conception des personnages peut installer des représentations - en l’occurrence sur la rivalité entre Salieri (1750-1825) et Mozart, et par extension sur le rôle du second (empoisonnement) dans la fin précoce du premier - éloignées de la réalité historique (on parle d’infection rénale, voire de morsure de serpent…) auprès d’un public séduit par un spectacle de qualité. Quant à la scène de sa répudiation par des franc-maçons scandalisés par sa Flûte enchantée, elle s’accorde mal avec le fait qu’à la toute fin de son existence, Mozart ait pu diriger sa Cantate maçonnique K623 devant ses frères le 15 novembre 1791…

Encore un mot...

  • Cet Amadeus réussit à mettre, sinon Mozart, du moins une partie de son oeuvre à la portée du grand public, expliquant les bases du langage musical (signification du recours à tel ou tel instrument durant le morceau, sources d’inspiration) et les partis-pris novateurs et même révolutionnaires introduits par le compositeur autrichien, qui n’hésita pas à évoquer assez explicitement la franc-maçonnerie et voulut des opéras (La Flûte enchantée) plus accessibles au peuple. 

  • Pour le reste, cet Amadeus est bien marqué du sceau du génie romantique tel qu’il s’exprime au cours du premier XIXe siècle (donc bien après la mort de Mozart, le 5 décembre 1791) : il est ce créateur singulier, incompris (par les puissants de la Cour), abattu par la conjuration des médiocres (Salieri et tous les autres musiciens officiels), mort précocement (à 35 ans) et voué à une fin misérable contrastant avec une oeuvre riche et immortelle.

Une phrase

  • Salieri : 
    - « Mozart, pardonne à ton assassin ! »
    - « En voulant détruire l’instrument de Dieu, je me suis détruit moi-même… »
    - « Etre distingué par des gens incapables de distinguer ! »

L'auteur

  • Peter Shaffer (1926-2016) est un écrivain, dramaturge et scénariste britannique, connu surtout pour ses pièces Equus et Amadeus. Il a également écrit plusieurs romans avec son frère jumeau Anthony sous le pseudonyme de Peter Antony.

  • Amadeus (1979, inspiré d’une nouvelle de Pouchkine (Mozart et Salieri,1830) lui vaut un Evening Standard Drama Award ainsi qu'un Theatre Critics Award et le Tony Award à Broadway en 1981. 

  • En 1984, le réalisateur Milos Forman en proposa une adaptation cinématographique scénarisée par Peter Schaffer, qui remporta huit Oscars. 

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