Ça, c’est l’amour
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Thème
Dans un intérieur modeste, Mathilde finit de ranger la table d’un Noël qui s’est achevé sur les coups de 21 heures, son mari Philippe et son fils Eugène étant déjà au lit.
Débarque Frédérique, sa mère, qui s’invite sans crier gare, semble d’emblée assez intrusive et encline à balancer des vacheries tous azimuths, sauf envers son petit-fils Eugène et sa fille, qu’elle surnomme affectueusement Mathou.
Mathilde, dans la discussion, met sa morosité et sa réserve sur le compte de la fatigue. Il n’en reste pas moins qu’elle se montre anormalement inquiète à la perspective que l’arrivée assez tonitruante de sa mère puisse réveiller Philippe, son mari envers qui elle a une confiance aveugle…
Points forts
La pièce traite de l’emprise au sein du couple, un sujet longtemps invisible, sinon “invisibilisé“. Elle a l’immense mérite d’en restituer principaux ressorts – isolement de la victime, dénigrement systématique, culpabilisation, chantages en tous genres – camouflés derrière un langage dévoyé (d’où le titre de la pièce) déresponsabilisant son auteur, justifiant ses actes, tout en retournant le stigmate.
La pièce connaît une progression dramatique assez adroite, qui emmène le spectateur bien au-delà de ce qu’il pouvait imaginer au début du spectacle et au vu de la distribution, à savoir une comédie mettant aux prises une mère assez sans-gêne et sa fille un peu empruntée, avec son lot de reproches et d’aveux. Les failles des uns et des autres se révèlent progressivement et de manière assez convaincante, à mesure que les personnages s’étoffent en trahissant leurs failles respectives.
Servis par une mise en scène pas trop tape-à-l’œil, les comédien-ne-s sont épatant-e-s, tant Josiane Balasko qui se montre parfaitement à l’aise dans tous les registres, que Marilou Berry qui ne s’en laisse pas compter, ou encore Riad Gahmi, impeccable dans un jeu où il souffle le chaud et (surtout) le froid, mais toujours dans la manipulation ouverte ou sournoise.
Quelques réserves
- On pourra regretter que, pour les besoins de la cause, le personnage masculin soit un spécimen un peu “chargé“, cochant à lui seul à peu près toutes les cases du pervers manipulateur, frappé d’une paranoïa qui n’a d’égale que son complexe d’infériorité.
Encore un mot...
- Une pièce qui fait mieux comprendre les ressorts de la transmission générationnelle des traumas, de la manipulation, ainsi que les appuis et les solutions pour en sortir, et qui prouve bien qu’aucune confiance ne peut ni ne doit être aveugle…
Une phrase
Frédérique [répondant, goguenarde, à Mathilde sur les intolérances alimentaires de son gendre Philippe, monté se coucher] : « Sa plus grosse intolérance, c’est moi… […] Je dis c’qui m’vient, c’est tout. »
Philippe [à sa femme Mathilde] : « Tu fais vraiment rien pour m’aider toi non plus… »
Mathilde [à Philippe, après une nième agression] : « Pourquoi tu fais ça ?
- Philippe : J’suis chez moi, j’fais c’que j’veux. »
L'auteur
Jean-Robert Charrier, né en 1983, est un metteur en scène et auteur français.
Après avoir dirigé le théâtre de la Porte Saint-Martin, il dirige à présent les Bouffes parisiens, où se donne cette pièce.
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