Tout contre la terre

La misère paysanne à raz de cochon
De
Rémi Couturier (inspiré de Tu m’as laissée en vie de Camille Beaurain et Antoine Jeandey)
Mise en scène
Marie Benati et Rémi Couturier
Avec
Charlotte Bigeard, Thibaud Pommier, Rémi Couturier, Merryl Beaudonnet, Charlie Fargialla ou Emmanuel Gruat
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Comédie de Paris
42, rue Pierre Fontaine
75009
Paris
01 42 81 00 11
Jusqu’au 14 juin 2026. Du mardi au vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 17h.

Thème

  • Camille raconte à Antoine, un journaliste, les circonstances dans lesquelles son mari, un éleveur de porcs dans la Somme s’est donné la mort. Elle se remémore leur rencontre improbable, l’étrange et cocasse manière dont Augustin lui a fait la cour en lui proposant de conduire sa moissonneuse-batteuse et en lui faisant visiter sa porcherie, leur amour malgré les préventions dédaigneuses de la famille, leur travail quotidien et l’étau qui s’est resserré sur eux. 

  • Accablé par le travail à la porcherie, les soins quotidiens donnés aux animaux, les accidents sanitaires, par l’impossibilité donc de prendre la moindre pause, le couple est entrainé presque malgré lui dans une course folle à la modernisation qui l’enferme dans un cycle de dépendances financières. 

Points forts

  • Commençant comme une histoire d’amour touchante et s’achevant comme un drame social, ce spectacle fait se rencontrer théâtre documentaire et comédie dramatique, burlesque et émouvante. 

  • « Tout est vrai, dans les moindres détails » nous dit-on et on le croit volontiers tant les acteurs portent ce récit poignant avec conviction, une énergie communicative et une émotion retenue. 

  • La scénographie est malicieuse, efficace et éloquente : entre réalisme et symbolisme, les balles de foin figurent tous les éléments des décors successifs et fournissent un cadre ironique et réjouissant aux élucubrations des banquiers, des assureurs et des médecins. Leurs déplacements continuels traduisent bien l’activité incessante du couple d’éleveurs.

Quelques réserves

  • On peut regretter la timidité ou l’absence de profondeur d’un propos qui demeure de fait apolitique. La pièce montre certes en creux la façon dont le monde paysan est aujourd’hui la victime d’un agribusiness dans lequel la productivité l’emporte sur la qualité : les banques, les assurances, les vendeurs de machines agricoles, d’engrais et de pesticides, tout concourt à enfermer les producteurs dans une spirale de modernisation et d’endettement sans fin et à les acculer parfois au désespoir. 

  • Mais en ne disant pas cela plus explicitement, en se contentant de mettre en récit une histoire d’amour ravagée par le désastre économique, le spectacle fait l’impasse sur le fond structurel du problème. L’histoire d’amour si joliment contée ici ne doit pas faire oublier que les enjeux pour le monde paysan ne sont pas strictement psychologiques, pas plus qu’ils ne tiennent exclusivement à la rudesse du travail.

Encore un mot...

  • Le livre de Camille Beaurain et Antoine Jeandey qui a inspiré cette pièce témoigne de la misère qui plane sur le monde rural et pose des questions troublantes : 

    • comment un agriculteur passionné et aimant en vient-il à se donner la mort ?

    • l’a-t-on poussé au suicide et qui est coupable ? 

      Mais le propos fait ici l’économie d’une réflexion plus large sur les vices d’un système qui incite un jeune éleveur à vouloir intensifier sa production en passant de 200 truies à 700 bêtes ou à acheter le dernier modèle de moissonneuse-batteuse, fasciné par ses promesses techniques. 

  • Cette logique qui conduit à produire une viande médiocre saturée d’antibiotiques parce que les animaux sont vulnérables à la moindre maladie et dont le cours est dépendant des exportations, cette logique, qui consiste à céder aux sirènes de la modernisation forcée, est délétère. 

  • Il ne s’agit donc pas seulement d’aider ou non un monde paysan asphyxié, il s’agit de reconnaître que les moins adaptés d’entre eux à ce système mondialisé et destructeur du vivant humain et non humain, sont voués à disparaître s’ils n’inventent et n’imposent pas un autre modèle de production plus respectueux d’eux-mêmes et de la terre. 

Une phrase

  • Thomas : « C’est votre premier rendez-vous, et toi tu l’amènes dans une porcherie : tu as des méthodes de tueur en série !

  • Thomas : « La nature n’est pas en vacances, jamais. »

  • Les assureurs : « On a pas la main sur le remboursement. C’est pas de notre faute, c’est le système. »

  • Augustin : « Dans quel monde la main qui nourrit c’est la main qui mendie ? »

L'auteur

  • Ancien élève du cours Simon et comédien, Rémi Couturier se produit depuis dix ans au théâtre et à la télévision. 

  • Auteur et metteur en scène, il a adapté le récit de Camille Beaurain et Antoine Jeandey, qui a connu un joli succès au festival Off d’Avignon en 2025.

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