Les nuits blanches

Nocturne russe
De
Fiodor Dostoievski (adaptation : Ronan Rivière d’après la traduction de d’Ely Halpérine-Kaminsky)
Mise en scène
Ronan Rivière
Avec
Ronan Rivière, Laura Chetrit. Au piano : Olivier Mazal (compositions de Sergueï Rachmaninov)
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre Le Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des Champs
75006
Paris
01 45 44 57 34
Jusqu’au 5 avril 2026. Du mercredi au samedi à 21h, les dimanches à 17h30

Thème

  • Un jeune homme solitaire et mélancolique passe son temps à déambuler dans les rues de Saint-Petersbourg. Un soir, il aborde une jeune fille qui, fixant obstinément l’eau trouble de la Néva, semble désespérée. Après quelques hésitations, elle accepte qu’il l’accompagne jusque chez elle et promet de le retrouver le lendemain au même endroit, à la condition qu’il ne tombe pas amoureux d’elle. 

  • Ils se revoient. Nastenka apprend de son ami qu’il est un rêveur, un être lunaire, « une ombre qui longe les murs et se confond avec eux. » Au cours des quatre nuits qui les réunissent, elle se confie à lui, lui conte son histoire d’amour et son chagrin, le désespoir dans lequel la plonge la promesse trahie. 

  • Des liens se tissent alors entre eux, alimentant le fol espoir du jeune homme. 

Points forts

  • L’épaisseur des personnages est parfaitement mise en valeur par les choix opérés dans le texte, Ronan Rivière étant du reste un assez fin connaisseur de la littérature russe, puisqu’il a adapté plusieurs œuvres du théâtre russe et notamment des textes de Dostoïevski (cf. par exemple Le Double, ou encore Le Nez / https://www.culture-tops.fr/critique-evenement/theatre/le-nez. 

  • Les personnages sont tous deux remarquablement interprétés, qu’il s’agisse du rêveur solitaire - sans nom ni ami, qui ne parle jamais à personne et demeure à l’écoute de la ville et de ses transformations, puis de sa souffrance silencieuse et dissimulée - ou de la jeune fille épinglée à la robe de sa grand-mère, littéralement emprisonnée et pour cela même pleine de vie et de désirs, A distance de tout psychologisme, Ronan Rivière, Laura Chetrit livrent des personnages aériens, quotidiens et cruels. 

  • L’escamotage du troisième personnage du trio amoureux, la fulgurance déchirante du retournement final, les pièces de Rachmaninov interprétées au piano par Olivier Mazal donnent à ce roman sentimental une intensité nocturne.

Quelques réserves

  • On peut acquiescer au choix des années 1960 en URSS et d’une esthétique toute soviétique pour la mise en théâtre de cette nouvelle. Mais pourquoi, dans ce cas, ne pas aller plus loin dans le référentiel russe, en calligraphiant correctement le mot “gare“, en prononçant un peu mieux le russe, en habillant Nastenka de vêtements crédibles pour l’URSS de ces années-là, bref en jouant jusqu’au bout le jeu d’une contextualisation qui, de toute façon, est toujours biaisée ? De la même façon utiliser Rachmaninov qui a fui la Russie bolchevique en 1917 est un brin paradoxal, moins pour Dostoïevski que pour les années 60.

  • Ou alors pourquoi ne pas simplement renoncer à enraciner cette histoire-là dans un quelconque terreau russe et libérer ainsi son potentiel d’universalité ?

Encore un mot...

  • Chez Dostoïevski, comme chez beaucoup d’auteurs russes, le bonheur a toujours partie liée avec le désespoir, et c’est précisément dans le basculement de l’un à l’autre, qui est parfois aussi concomitance, que se révèle la vérité de l’âme humaine et celle de l’amour.
  • En effet, le héros dostoïevskien étant voué à la souffrance, l’amour dessine un destin tragique mêlant onirisme et réalisme, trivialité et idéalisme.

Une phrase

  • « Dès le matin, j’avais été pris d’un étrange chagrin : il me semblait que tout le monde me fuyait, m’abandonnait, qu’on me laissait seul. Certes, on serait en droit de me demander : Qui est-ce donc ce « tout le monde ? Car, depuis huit ans que je vis à Pétersbourg, je n’ai pas réussi à me faire un seul ami. »

  • « Je ne parle jamais avec personne, alors, avec une femme, comprenez ma terreur !  » 

  • « Maintenant que j’ai été près de vous si réelle et vivante, je ne peux plus rêver. »

  • « Je vous aime parce que vous n’êtes pas devenu amoureux de moi. Un autre à votre place commencerait à m’inquiéter, à m’importuner. Il ferait des “oh !“ des “ah !“ Mais vous… Vous, vous êtes charmant ! »

  • « J’ai tant d’amour pour vous, je ne comprends pas qu’un autre ne veuille pas du vôtre. »

L'auteur

  • Les Nuits blanches : roman sentimental est une longue nouvelle de Fiodor Dostoïevski, publiée en 1848. Cette œuvre de la désillusion est écrite à un moment où, endetté, Dostoïevski est découragé par l’échec de ses deux petits récits précédents, le Double et la Logeuse. L’année suivante, il est arrêté et condamné aux travaux forcés, et ne reviendra à Saint-Pétersbourg qu’en 1860.

  • Plusieurs fois mis en scène, ce texte a donné lieu à une version radiophonique et à un film de Luchino Visconti en 1957 avec Maria Schell, Marcello Mastroianni et Jean Marais. Deux ans plus tard, le cinéaste soviétique d’Ivan Pyriev s’en saisit avant que Robert Bresson n’en fasse la matière de Quatre nuits d’un rêveur en 1971.

  • Le texte utilisé ici celui de Ely Halpérine-Kaminisky qui en fut en 1926 le premier traducteur en français.

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