Napoléon
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Thème
De l’éblouissante campagne d’Italie à l’exil à Sainte-Hélène, en passant par son auto-couronnement à Notre-Dame de Paris, la harangue devant les Pyramides, le triomphe d’Austerlitz et la retraite de Russie, le parcours hors norme de « l’homme » raconté tour à tour par Chateaubriand, Victor Hugo, Dumas Tolstoï…
Maxime d’Aboville ressuscite en une heure le fabuleux destin du petit général qui voulut changer la face du monde, pourvu que sa bonne étoile ne le quittât pas. Pour agencer cet ensemble de pépites littéraires dont le morceau de bravoure sont, selon l’auteur, les Mémoires d’Outre-Tombe de Châteaubriand, Maxime d’Aboville a puisé dans l’œuvre de l’historien Jacques Bainville et dans La conversation de Jean d’Ormesson, pièce dans laquelle lui-même interpréta brillamment le rôle « du successeur de César et d’Alexandre le Grand à la fois. »
Points forts
Des textes puissants, une saga légendaire et un imaginaire romantique. Ils sont nombreux et de plus en plus forts au fil des séquences :
Chateaubriand entre en scène avec la campagne d’Egypte et bien plus tard (en 1912), c’est la découverte par la Grande Armée de Moscou avec ses 295 églises et ses 1500 châteaux. Stimulé par Ney, bouillant d’impatience, Bonaparte s’écrie, dira Chateaubriand, qui n’était pas vraiment un admirateur : « Allons ouvrir les portes de Moscou ! » S’ensuivit l’incendie qu’on connait et le désastre de la Bérézina. Epique et … lyrique
A la fin de l’épopée, c‘est la chute de “L’Aigle“, mais aussi l’apothéose de l’écrivain. Victor Hugo, le plus grand des admirateurs du « général civilisateur » selon le mot de Stendhal, nous raconte, dans la bouche de Maxime d’Aboville, la dislocation de la Grande Armée à Waterloo, avec l’escalade avortée du Mont Saint Jean : une très mauvaise surprise. A la fois grandiose et glaçant.
Mais l’épilogue, à Longwood, dans cette île du bout du monde battue par les flots, revient à Chateaubriand qui, dans la bouche de d’Aboville, fit souffler à Bonaparte ses derniers mots : « Tout ce qui m’attache est frappé » (ses poissons rouges sont morts !) et « Suis-je assez tombé ? Je remuais le monde et ne puis soulever ma paupière ! »
Une grande voix, l’incarnation et l’émotion d’un artiste exceptionnel
Maxime d’Aboville se glisse littéralement dans l’uniforme de l’empereur, arborant de temps à autre un bicorne (un peu grand) de circonstance, mais le costume est taillé pour lui.
Avec lui, l’histoire se fait épopée : vibrant, piaffant, écumant, frémissant, d’Aboville enfourche la légende napoléonienne tambour battant. Il réussit même « à donner au monde le tremblement du fantôme de l’empereur. »Sa voix d’or, ses mimiques expressives, ses yeux perçants complètent le tableau. En un mot, il est solaire.
Quelques réserves
Côté textes, on peut s’interroger sur le choix des passages de Chateaubriand qui ne portait pas Napoléon dans son cœur, depuis surtout l’assassinat du duc d’Enghien (1804) et qui, malgré sa carrière dans la diplomatie, n’avait rencontré l’Empereur qu’une fois, ce qui bien sûr n’enlève rien à son immense talent, François-René de Chateaubriand ayant été, comme chacun sait, un modèle pour Victor Hugo.
Côté interprétation, l’excellent et très sympathique Maxime d’Aboville a remporté un franc succès auprès d’un public conquis par son engagement. Il a dû batailler ferme contre un méchant rhume qui l’a peut-être légèrement gêné pour donner à pleine mesure de son immense talent.
Encore un mot...
- D’Aboville c’est d’abord une longue tradition militaire, avec François-Marie d’Aboville qui s’illustra lors de la décisive bataille de Yorktown dans l’aide apportée par la France aux « insurgents » américains, puis à Wagram, où Augustin-Marie d’Aboville eut le bras emporté par un boulet de canon et fut fait Général sur le champ de bataille par Bonaparte.
Une phrase
- « Tout à coup, chose tragique, la tête de colonne des cuirassés se cabra avec une clameur effroyable. Parvenus au point culminant de la crête, effrénés, tout à leur furie et à leur course d’extermination sur les carrés et les canons, les cuirassés venaient d’apercevoir entre eux et les Anglais, un fossé, une fosse. C’était le chemin creux d’Ohain. » (Waterloo, d’après Victor Hugo)
L'auteur
Maxime d’Aboville est né en 1980 à Abidjan. Cet auteur et interprète parmi les plus doués de sa génération se forma chez Laurent Cochet après avoir été reçu au Capa d’avocat.
Ayant joué depuis 2010 dans 34 pièces et en ayant écrit et interprété neuf autres, il a remporté de nombreux prix : un Molière du comédien dans The Servant en 2015, puis un Molière dans la comédie Berlin Berlin en 2022. Il a par ailleurs été nominé de nombreuses fois.
Les rôles “historiques“ sont ses thèmes de prédilection, lui qui a interprété deux fois Napoléon (dans La Conversation de Jean d’Ormesson, puis dans La Guerre des trônes). Il a écrit et interprété trois pièces sur des sujets relatifs à l’histoire de France : De l’an Mil à Jeanne d’Arc (2011) ; de 1515 au Roi Soleil (2016) ; la Révolution (2021).
Plus récemment, Maxime d’Aboville a obtenu le prix du Brigadier pour son rôle du Procureur dans Pauvre Bitos de Jean Anouilh (2022). Il est acteur au cinéma, avec Omar Sy par exemple, et à la télévision (dans la série Capitaine Marleau).
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