Comme tu me veux

D’une troublante actualité
De
Luigi Pirandello
Stéphane Braunschweig
Mise en scène
Stéphane Braunschweig
Avec
Sharif Andoura, Cécile Coustillac, Claude Duparfait, Alain Libolt, Annie Mercier, Alexandre Pallu, Thierry Paret, Pierric Plathier, Lamya Regragui Muzio, Chloé Réjon,
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon
75006
Paris
01 44 85 40 73
Jusqu’au 9 octobre, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h

Thème

• Dix ans après la fin de la Première Guerre mondiale, en Italie et en Allemagne, fascisme et nazisme sont en pleine ascension. Nous voici en Allemagne, où un photographe italien croît reconnaître une femme (dont on ne connaîtra jamais le vrai nom) comme étant la jeune épouse d’un de ses compatriotes et amis. La femme refuse de se laisser reconnaître, mais finit par accepter de se rendre en Italie et « redevenir » Lucia.

• Nous sommes à présent en Vénétie, où ladite femme a repris sa place, mais se retrouve au milieu d’un véritable conflit d’intérêt pour l’héritage de sa propre maison.

• Elle se rend compte que ces deux mondes, l’allemand et l’italien, construits sur les décombres et les blessures d’une guerre terrible, la dégoûtent tout autant …

Points forts

      L’histoire et le contexte dans lequel elle s’inscrit sont d’autant plus actuels qu’ils se situent en plein traumatisme. La Première Guerre mondiale, en favorisant la montée des extrémismes, a créé une situation explosive où les hommes et les femmes semblent ballotés au gré des événements, souffrant d’une perte quasi-totale de repère et d’identité.

      Il est question de naufrage, de nations et d’humains qui chutent et que rien ne semble pourvoir retenir. L’héroïne, appelée » l’inconnue » (et qui pourrait être n’importe lequel d’entre nous) n’est pas celle qu’elle prétend être ni celle que sa famille voudrait qu’elle soit. Elle est « un corps sans nom » comme elle se définit, probablement enlevée puis violée par une armée et à jamais meurtrie et traumatisée.

      Elle devient le centre d’une intrigue policière et semble se prêter à un jeu trouble, avant de se raviser dès lors qu’elle comprend le rôle qui lui est assigné. Tout en elle et autour d’elle semble la dégoûter, et elle n’aspire plus qu’à disparaître de ce monde et probablement d’elle-même.

      Sur ce motif, la mise en scène de Stéphane Brauschweig est à la fois simple et inventive, et joue pleinement avec la majesté de l’espace et des moyens techniques qu’offre la grande salle de l’Odéon : grands drapés de différentes couleurs pour marquer les lieux et les époques, changement complet de décor au milieu de la pièce (sans entracte). La scénographie est une prouesse et une réussite.
Quant à la mise en scène, elle ne cherche pas le clinquant ; le vide intérieur qui semble animer les personnages est mis en scène avec rigueur et vigueur.

Quelques réserves

Une petite baisse de régime au premier tiers de la pièce, lorsque l’action revient en Italie, quelques mois après le premier épisode berlinois, et peine un moment avant de nous reprendre par la manche pour un final passionnant et enlevé.

Encore un mot...

Stéphane Braunschweig, à propos de la pièce qu’il met en scène : « notre société pense que le fascisme est seulement pour les autres et continue de refouler ce qui la dérange au risque de laisser les extrémistes envahir nos démocraties. »

Une phrase

-        Bruno (comme ivre) : « Cia ! Cia !

-        L’inconnue (repoussant son étreinte, comme ivre elle aussi, mais de l’orgueil d’avoir su se créer ainsi ): Cia ! moi, je suis Cia – moi seule ! -  moi ! Moi ! – pas celle-là ! (Elle désigne le portrait) Qui fut – et comment ? – est-ce qu’elle l’a jamais su elle-même ? – Un jour ceci, le lendemain ce que les circonstances de la vie faisaient d’elle … Etre ? Etre n’est rien ! Ce qu’on est, c’est ce qu’on fait de soi ! Et moi je me suis faite elle ! – Toi, tu n’as rien compris ! »

L'auteur

• Luigi Pirandello, né en Sicile en 1867 et mort à Rome en 1936, fut tout à la fois poète, dramaturge et romancier.
• Ses pièces de théâtre lui valurent de passer à la postérité, assez tardivement, alors que le théâtre ne le tentait pas beaucoup (ce qui ne l’empêcha pas d’écrire une bonne trentaine de pièces).

• Il adhéra assez tôt au fascisme mais ne s’engagera jamais ouvertement en politique, supportant mal la suspicion et l’autoritarisme du nouveau régime, sans pour autant jamais rompre, ni avec Mussolini ni avec le fascisme.

• Il reçut le prix Nobel de littérature en 1934, peu de temps avant sa mort.

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