Hamlet
Infos & réservation
Thème
Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark : le roi est mort et son fils, Hamlet, est inconsolable. Les gens parlent à la cour, complotent, la mère s’est remariée avec Claudius, le frère du défunt roi, un peu trop rapidement au goût d’Hamlet.
Celui-ci voit son père en songe, un fantôme rampant dans des nuées de fumée, et qui lui apprend qu’il a été assassiné par son propre frère, le fameux Claudius ! Hamlet feint la folie – ou est-il réellement fou ? Là est toute la question de la pièce- et prépare une vengeance : il profite de la troupe de comédiens pour jouer une petite pièce de théâtre et ainsi démasquer le traître et son incestueuse épouse.
La vengeance engendre la haine et la violence, et finalement la folie gagne tous les esprits, même celui de la pauvre Ophélie, qui par tristesse et désespoir finira noyée…
Points forts
Bien sûr, les acteurs ne sont pas mauvais, ils sont même plutôt convaincants : Denis Podalydès, par exemple, est parfait en Polonius, conseiller obséquieux du roi, un peu cabotin certes, mais plaisant à regarder jouer ; Elissa Alloula propose une Ophélie tout en douceur et en chorégraphies délicates ; Gallienne récite et le fait plutôt bien…et Christophe Montenez parvient à nous faire ressentir la folie d’Hamlet, mais on aurait aimé les voir et les écouter nous parler dans la langue de Shakespeare.
Quelques réserves
Sommes-nous devenus trop flemmards ou trop bêtes pour comprendre Hamlet dans son texte original ? Pourquoi nous montrer une version raccourcie de quasi sa moitié, dans une langue revisitée qu’on pourrait qualifier de « plus moderne », mais qui laisse simplement un goût d’appauvri…
Pourquoi le théâtre classique ne peut-il pas rester justement classique… comme si nous étions maintenant incapables d’entendre cette langue d’une autre époque, d’être réceptifs à la musique des vers de Shakespeare, de comprendre les enjeux multiples que traverse Hamlet et tous les protagonistes de la pièce ?
Il faut simplifier, en deux heures à peine, et du coup tout tourne autour d’Hamlet et de sa folie certaine : adieu les merveilleux monologues, méditations et passages poétiques de la pièce, car ici c’est l’action qui compte. Le rôle de la mère est quasi-inexistant, la pauvre Ophélia s’exprime à travers les chansons de Zaho de Sagazan ou de Stromae, deux artistes et chansons formidables au demeurant, mais qui n’ont franchement pas grand-chose à faire ici…enfin, on voit l’idée du metteur en scène…
Mais c’est bien ça le problème : on assiste à une succession d’idées, qui restent des idées, sans vraiment ni de fond, ni de réussite. Est-ce qu’il faut nous infliger des effets sonores stridents, des lumières stroboscopiques aveuglantes pour nous faire ressentir la folie et la violence ? Les mots de Shakespeare sont sensés “faire le job“ !
Encore un mot...
Puisque le texte n’étant pas au rendez-vous, on s’attarde sur le décor, presque nu, avec des tombées de rideaux vaporeux plus ou moins réussies, mais qui font toujours leur petit effet, ou encore les costumes modernes, croisés, tristes…
Après la noyade d’Ophélie tous les acteurs se mettent à l’unisson pour chanter Death is not the end de Bob Dylan, sourires niais aux lèvres… la tristesse m’envahit et je quitte l’odéon vide de toute émotion.
Une phrase
Puisqu’on ne présente plus Shakespeare, attardons-nous sur Frédéric Boyer, écrivain, traducteur et éditeur français, né en 1961. Ancien directeur éditorial aux éditions Bayard, il reprend officiellement en juin 2018 la direction des éditions P.O.L . Auteur d’une trentaine d’ouvrages, il a aussi dirigé la traduction de la Bible parue chez Bayard en 2001. Il a en outre proposé de nouvelles traductions des œuvres de Shakespeare.
Ajouter un commentaire