Le Procès d’une vie, Gisèle, Marie-Claire, Michèle … et les Autres
Infos & réservation
Thème
Barbara Lamballais et Karina Testa composent une pièce foisonnante, qui embrasse en un même mouvement les années 1970 et les deux destins qui s’y croisent : celui de Gisèle Halimi, dont on suit l’enfance, les élans, les luttes - au premier rang desquelles le combat pour la légalisation de l’avortement - et celui de Marie-Claire, une jeune femme ordinaire qui incarne toutes celles d’un temps de privation de la libre disposition de leur corps, étouffée par des carcans et injonctions de l’époque, mais animée d’une certitude irrévocable : celle d’avorter.
En effet, au cœur de la pièce se rejoue le procès historique mené par l’emblématique avocate, Gisèle Halimi, entourée des militantes féministes, ainsi que d’artistes et de scientifiques. Son combat: défendre Marie-Claire, 16 ans, poursuivie pour s’être fait avorter, ainsi que quatre femmes jugées à ses côtés - sa mère et celles qui avaient participé à l’avortement clandestin, dont la « faiseuse d’anges. »
Ce procès, qui s’est tenu en octobre-novembre 1972 au tribunal de Bobigny, fit date, et résonne encore aujourd’hui.
Points forts
La pièce nous plonge d’emblée dans la France du début des années 1970, au cœur d’une société où les femmes se heurtent aux interdits, aux tabous et aux injonctions. La mise en scène, dynamique et inventive, donne souffle et rythme à ce tableau social.
Les comédiennes y déploient une énergie saisissante, passant d’un personnage à l’autre avec une virtuosité qui émeut autant qu’elle amuse : Jeanne Arènes (Lucette) et Maud Forget (Marie-Claire) livrent des performances particulièrement marquantes.
Le Procès d’une vie, c’est une heure vingt d’un spectacle qui file à toute allure et qui enthousiasme, car sur scène, la performance est saisissante : une multitude de personnages surgissent, se répondent, se superposent, dans un ballet où chaque comédienne — comme le comédien — interprète deux, trois, parfois davantage de rôles. Ce jeu virevoltant, admirablement orchestré, emporte le public d’un bout à l’autre. Un moment de théâtre vibrant : bravo !
Quelques réserves
Certes, connaître la trajectoire de Gisèle Halimi peut faciliter la compréhension immédiate d’une mise en scène très dynamique, mais ce n’est en aucun cas une condition préalable, car la pièce trouve sa force dans sa capacité à entraîner le spectateur et à dévoiler, acte après acte, les enjeux et la trame du récit.
Encore un mot...
On passe du rire à l’émotion, puis l’on ressort habité par cette certitude : lorsque des femmes se rassemblent pour défier l’injustice ou l’arbitraire, elles font bouger le monde - et il le faut encore !
C’est une pièce vibrante, ancrée dans notre époque, qui parle aux femmes et aux jeunes de plus de 13 ans, mais dont le message devrait résonner avant tout auprès des hommes. Courez-y et emmenez-les !
Une phrase
Parmi toutes ces phrases-choc qui résonnent et/ou font vibrer :
« Une femme est une femme, riche ou pauvre. »
« Un avocat ne peut pas avorter, une avocate oui, Monsieur Le Bâtonnier ! »
« Je crois que nous n’accepterons plus que se perpétue cette oppression ».
« La cause des femmes aura objectivement fait progresser celle de l'humanité en général. »
L'auteur
Barbara Lamballais est comédienne, autrice et metteuse en scène française formée au Cours Florent, collaborant notamment avec Jean-Philippe Daguerre et Charlotte Matzneff. Active sur les scènes françaises (Cyrano de Bergerac, Les Trois Mousquetaires, Les Téméraires) et fondatrice de la compagnie DansNotreMonde.
Karina Testa est une comédienne française, révélée par le film Frontière(s) de Xavier Gens (2007). Interprète dans de nombreux longs métrages (Des poupées et des anges, Les Tuche, Switch) ainsi que dans des séries reconnues comme Kaboul Kitchen et Alice Nevers. Lauréate du prix d’interprétation féminine au Festival de la Fiction TV de La Rochelle pour le téléfilm Douce France (2009).
Ajouter un commentaire