Lettres à Anne

Un homme et une femme que tout oppose, une intrigue amoureuse, une vraie tragédie magnifiquement écrite et incarnée
De
François Mitterrand (d’après ses Lettres à Anne, adaptées par Alice Faure et Cécile Roux)
Durée : 1h10
Mise en scène
Alice Faure
Avec
Samuel Churin et Céline Roux
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

La Scala Paris
13 boulevard de Strasbourg
75010
Paris
01 40 03 44 30
Jeudi 22 janvier à 21h15, dimanches 25, janvier, 1er, 8, 15 et 22 février, 1er et 8 mars à 17h15

Thème

  • Ces Lettres à Anne, écrites par François Mitterrand, retracent l’histoire d’amour singulière et fascinante, qu’il a entretenue avec Anne Pingeot – la mère de Mazarine – pendant plus de 30 ans, et qui dura jusqu’à sa mort.

  • Après bien des hésitations, Anne Pingeot a accepté  en 2016 de publier un choix de ces lettres, principalement centrées sur leur histoire et notamment le début de leur relation, sous le titre Lettres à Anne, retraçant jour après jour, et sur 1 250 pages, leur épopée de l’amour.

  • L’adaptation que nous proposent ici Alice Faure et Céline Roux et leur choix de reprendre, selon Céline Roux « sans ajout ni altération, au prix d’une sélection drastique et frustrante, ce qui permettra au spectateur de s’y plonger, d’y goûter et de se faire sa propre image de l’histoire. »

Points forts

  • Oubliez un instant Mitterrand – tant l’homme et le politique peuvent être par ailleurs controversés – et profitez de la qualité de sa prose. Imaginez-le chaque soir, après avoir sillonné sa circonscription et dîné chez des militants du parti, rentrer à son hôtel et écrire son journal, puis sa lettre quasi quotidienne à Anne avant de la recopier pour ses archives … et vous aurez une idée plus précise de ce que représentait ce rendez-vous …

  • L’enjeu du spectacle est de brosser le portrait d’une femme à travers les mots de l’homme qu’elle aime. En la replaçant au centre du dispositif, Alice Faure et Céline Roux ont fait un choix fort : construire son identité, en faisant de cette matière épistolaire une tragédie classique de l’amour contrarié, impossible et pourtant ardent.

  • C’est François qui parle, mais c’est Anne qui se raconte. Femme libre, émancipée, face à cet homme qui la désirait et l’a enlevée à 19 ans. Femme sobre mais déterminée, professionnelle accomplie et mère aimante, elle prend ici toute sa place dans le couple qu’ils forment, et dans lequel on le voyait naturellement, lui, prendre toute la lumière.

  • Les deux comédiens livrent une partition dans laquelle les gestes et les mouvements – superbes frôlements grâce au travail chorégraphique de Marie-Jo Buffon- épousent les mots et les silences. Dans une mise en scène simple – dans cette Piccola Scala qui n’offre que peu de possibilités – ils font vivre leur histoire en l’incarnant totalement.

Quelques réserves

  • Un avis très personnel : j’ai trouvé que ce choix fort en faveur d’Anne ne rendait pas toujours hommage à la parole mitterrandienne en tant qu’œuvre littéraire. En déplaçant de centre de gravité de l’œuvre, la force de ses sentiments et de son attachement s’en trouvent un peu atténuée.

Encore un mot...

• Les Lettres à Anne ont déjà été adaptées en 2021 au théâtre du Rond-Point, par Patrick Mille et Benjamin Guillard, avec un parti pris différent, puisque seul Mitterrand était présent sur scène et captait toute l’attention. Il y révélait des aspects méconnus de sa personnalité et une nouvelle facette de cet homme protéiforme.

Une phrase

  • « Mon bonheur est de penser à toi et de t’aimer. Tu as été ma chance de vie. »

L'auteur

  • On pourrait être surpris de retrouver l’ancien Président de la République (1981 – 1995) au rayon des auteurs dramatiques. On a beaucoup glosé sur ses goûts pour les écrivains de droite – Barrès Chardonne, Drieu la Rochelle -  sa complicité avec Sagan et Duras et ses frustrations inassouvies d’écrivain, mais il avait des gouts très éclectiques et une vraie passion pour les librairies, qu’il fréquentait assidument, laissant souvent le soin aux obligés de la petite cour qui l’accompagnait (André Rousselet et autres…) de régler ses achats...

  • Ainsi n’est-il pas finalement pas surprenant de le voir prendre la plume aussi fréquemment, même si cette correspondance privée n’était pas destinée à être rendue publique (mais qui peut affirmer qu’il n’y ait pas pensé ?). 

  • Un grand merci à Anne Pingeot pour le plaisir qu’elle nous procure, une première fois en autorisant la publication de ces lettres, une seconde en acceptant qu’elles soient reprises sur scène.

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