Croire aux fauves

Comment transformer un « fait d’hiver » en questionnement métaphysique. Une brillante relecture qui dépasse son sujet
D’après le roman de Nastassja Martin (adapté par Sandrine Raynal et Constance Dollé, sur une idée de Constance Dollé)
Durée : 1h10
Mise en scène
Sandrine Raynal
Avec
Constance Dollé, Camille Grandville, Miglen Mirtchev
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010
Paris
01 40 03 44 30
Du 16 janvier au 12 avril. Le vendredi et samedi à 19h15, le dimanche à 15h15. Relâche les 13 février, les 13 et 22 mars.

Thème

  • « Ce jour-là, le 25 août 2015, l’événement n’est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L’événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes explosent. » Ainsi l’auteur résume-t-elle cette histoire assez incroyable, à la fois par les faits et par la façon dont la raconte l’anthropologue Nastassja Martin.

  • Si l’histoire démarre au fin fond de la Sibérie, elle se poursuit en France, avec le long travail de renaissance : la convalescence, le travail des chirurgiens, la lutte contre les infections, la relation avec sa mère terrifiée à l’idée que sa fille puisse retourner sur place, la capacité à affronter le regard des autres, mêmes celui des proches …

Points forts

  • L’autrice survit à l’attaque de l’ours, mais elle est défigurée et perd un morceau de sa mâchoire. Marquée dans sa chair, elle se sent mi-femme mi-ours. Les deux auteurs s’emparent et développe la thématique de la métamorphose : la circulation entre la “vie intérieure“  et le vécu, ce que l’on est capable de faire sortir de soi pour s’adapter aux événements de la vie, et comment ne pas se réduire à soi-même …

  • Sandrine Raynal et Constance Dollé, qui ont adapté le livre pour la scène, ne se contentent pas d’en faire une retranscription fidèle. Elles intègrent leurs propres questionnements en proposant ce récit hybride, associant les tentatives de penser l’événement et l’observation des échos intimes qu’il provoque.

  • Des contraintes du lieu (étroitesse de la scène) l’équipe a réussi à faire un atout, en faisant preuve d’ingéniosité et de talent, dans la mise en scène, le ballet des comédiens, les décors mouvant, les lumières parfaitement réglées …

  • Ce spectacle, dont on comprend qu’il dépasse largement les faits pour interroger ses créateurs, fait plus que tenir ses promesses : en choisissant de se questionner la réalité plus que la représenter, il lui donne une dimension métaphysique.

Quelques réserves

  • Peu de réserves, même si l’on aurait aimé voir également représentée la fin du livre et son retour au Kamtchatka. Mais le spectacle d’1h10, resserré sur la rencontre avec l’ours et sa reconstruction, gagne en efficacité.

Encore un mot...

  • .A l’origine de la pièce, le livre de Nastassja Martin, Croire aux fauves, paru en 2019 aux éditions Verticales et aujourd’hui en poche. Si vous avez aimé la pièce, le livre prolongera ce plaisir.

Une phrase

  • « L’ours est parti depuis plusieurs heures maintenant et moi j’attends, j’attends que la brume se dissipe. La steppe est rouge, les mains sont rouges, le visage déchiré ne se ressemble plus. »

L'auteur

  • Nastassja Martin est une anthropologue française, diplômée de l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Elle a publié Les Âmes sauvages, en 20216, récit de son expérience en Alaska auprès des chasseurs – cueilleurs les Gwich’in.

  • Dans A l’est des rêves, en 2022, elle poursuit son approche anthropologique en dépassant les stigmates d’une pensée coloniale basée sur l’anthropocentrisme.

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