Les Carnets d’Albert Camus
Durée : 1h20
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Thème
« Tout condamné à mort aura la tête tranchée » : d’emblée, la voix off de Fernandel, tirée du Schpountz, film de Marcel Pagnol, interpelle le spectateur sur les grands combats de Camus, son rejet viscéral de la peine de mort, son obsession de la finitude, tout cela traverse l’écriture de ces Carnets.
Le temps qui va, le temps qui passe, poignées de sable jetées entre nos paumes ouvertes, tissent le cours de cette œuvre écrite entre 1935 et 1959. On y croise des réflexions philosophiques, des impressions de voyage, avec comme fil rouge, la géographie des lieux de vies et de plénitude - Algérie, Maroc, Lubéron - mais aussi, pêle-mêle, des notes, esquisses , brouillons.
Ces Carnets ressemblent à une « malle aux trésors où il faut puiser de manière enfantine » affirme Stéphane Olivié Bisson. Tout au fond, sous les oripeaux , il y a un homme qui crie, se livre, un homme seul, écartelé entre désespoir et révolte, goût du bonheur et sentiment de l’absurde.
Point de tension dramatique dans ce spectacle. Alors, pour faire résonner la langue et la pensée de Camus, le comédien met son corps en tension, il se redresse, s'assoit, se couche, se relève encore. Chez Camus, l’émerveillement va de pair avec la verticalité. Et tout est émerveillement : la lumière sur une colline de cyprès dans la douceur du soir, les picotements du sel sur la peau après un bain de mer, la sensualité d’ un visage féminin…
Points forts
Un comédien qui égrène les fragments de ce texte, comme le petit Poucet ses cailloux blancs.
Pudeur et sensibilité affleurent dans le jeu et la mise en scène : blessures, colères, désirs, tous les états d’âme camusiens sont dévoilés sur un registre sobre et maîtrisé.
Quelques réserves
- Trois petits volumes publiés de manière posthume, et dès lors comment faire un choix dans cette œuvre inachevée et décousue ? On aurait aimé retrouver dans cette représentation les grandes amitiés de Camus, avec René Char ou Louis Guilloux par exemple. Ce sera pour un autre spectacle, car, écrit Camus, « la fraternité est une nécessité vitale. »
Encore un mot...
C’est sur le conseil de Patrice Chéreau que Stéphane Olivier Bisson, qui montait il y a quelques années Caligula, a découvert ces Carnets de Camus : la clé pour comprendre toute l'œuvre lui dira Chéreau.
Aujourd'hui encore, nous confie Stéphane Olivier Bisson, « je suis bouleversé, car j’ ai toujours l’ impression de pousser une porte et de tomber sur l'homme. »
Une phrase
- « Le jardin de l’autre côté de la fenêtre je n’en vois que les murs, ces quelques feuillages où coulent la lumière, plus haut, c’est encore les feuillages, plus haut, c’est le soleil. »
L'auteur
Les Carnets d’Albert Camus furent publiés après sa mort par sa femme puis par sa fille Catherine. Il ne s’agit pas d’un journal relatant des événements intimes ou publics, mais d’un laboratoire d’ idées qui éclaire avec acuité le reste de sa production (romans, essais, ou pièces de théâtre).
De nombreux fragments font allusion à son tempérament profond d’anarchiste comme à son « désordre affreux. »
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