La Fin de la civilisation
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Thème
Deux hommes, deux femmes se retrouvent dans la salle d’attente d’un laboratoire d’analyse dans lequel ils sont venus consulter. Ils sont accueillis par une voix mélodieuse, celle de Clara, une intelligence artificielle, « assistante personnelle de soin. », appelée à gérer les protagonistes de ce huis clos post sartrien : un retraité aimable mais un brin sentencieux et intarissable, une râleuse acariâtre que tout agace, un jeune cadre hyperactif, qui parle trop fort et qui n’est pas pour rien dans la manière dont l’aventure de l’IA dérape, et une jeune femme éruptive.
Après s’être querellés pour des raisons de politique internationale, ils sont enfermés par l’IA car considérés comme dangereux et possiblement porteurs d’un virus destructeur. Décidés à s’échapper ils vont tâcher d’unir leurs forces malgré leurs faiblesses humaines, trop humaines : émotivité, égoïsme, lâcheté, ressentiment, etc.
Points forts
L’idée est excellente : montrer en une même unité de temps et de lieu les dégâts que peut provoquer le recours trop confiant à une IA programmée de manière très éthique pour protéger l’humanité, y compris contre elle-même, et la solidarité humaine qui peut se révéler lorsqu’il s’agit de s’unir pour se battre contre un.e adversaire insensible à la pitié, un.e adversaire inhumain.e. Il leur faut arrêter de s’affronter, renoncer à leurs frilosités identitaires et assumer leurs traumatismes anciens pour avoir une chance de vaincre l’invincible et de reprendre le contrôle du système.
En outre l’IA, dont le jusqu’au-boutisme logique naufrage dans l’absurde, est un vrai sujet de comédie. Et les touches poétiques - comme la scène où Christophe offre un bouquet de tournevis magnifié par une clé anglaise jouant le rôle de l’orchidée, qui elles sont portées par les humains - mettent en exergue l’opposition entre la froide et parfaite machine et la brouillonne mais chaleureuse humanité.
Cette dualité servie par la simplicité et l’efficacité d’un décor qui joue presque exclusivement sur la lumière, évite assez bien le manichéisme.
Quelques réserves
Certes, il s’agit d’une “bonne histoire“, et la pièce est plutôt drôle, émaillée ici et là de quelques échanges percutants. Mais les dialogues manquent de la malice et de la force qu’on attend d’une comédie qui emporte le spectateur, ce que le rythme d’une mise en scène pourtant efficace ne parvient pas à corriger.
Le réalisme, assumé malgré la comédie, empâte un texte qui n’est pas tout à fait à la hauteur dramaturgique de la situation.
Encore un mot...
Se saisissant de tout ce qui est humain, le théâtre ne pouvait ignorer cette mutation radicale que l’irruption de l’IA dans les sociétés humaines est en train de provoquer. Nombreux sont ceux qui, sans se faire les thuriféraires du progrès technologique, accueillent l’intelligence artificielle générative comme s’il s’agissait d’une simple variante de la révolution technologique en marche depuis la machine à vapeur et qui considèrent les interrogations et les critiques comme l’expression d’un passéisme frileux ou d’un imaginaire cinématographique catastrophiste.
Or donner à entrevoir les possibles dérives de ce miracle technologique, montrer que nous vivons « une époque prométhéenne » ainsi que le dit Alain Peron, réorienter l’antienne des conservateurs de tout poil, « la fin de la civilisation », pour interroger l’avenir d’une civilisation soumise à la tech, tout ceci est œuvre de salubrité.
Une phrase
Le pêcheur :
- « On n’attrape pas des mouches avec du vinaigre, mais on attrape les poissons avec des belles mouches. »
- « C’est souvent quand la vie ne se plie pas à nos désirs qu’il y a le plus à apprendre. »La râleuse :
- « ça peut faire cher la leçon. »
- « la santé ça commence par l’hygiène. L’hygiène est la clé de sol pour un monde sans bémol. »L’IA : « Nos programmes améliorent la vie des gens. »
L'auteur
Expert en stratégie de communication, Alain Peron est aussi dramaturge et comédien. Biberonné dans son enfance par l’émission Au Théâtre ce soir et passionné d’histoire, il s’illustre habituellement plutôt dans des pièces historiques : L’incroyable épopée de François 1er, Vous n’aurez pas la Bretagne, J’ai sauvé la France ! L’incroyable destin de Charles VII.
En 2018, sa première pièce, en tant qu’auteur - Ma Famille que J’Haime – a connu un vif succès au Festival de Saint-Sulpice. En tant que comédien il sert un répertoire varié et des pièces qui ont à chaque fois trouvé leur public. Pauvre Bitos, La Cerisaie, L’idiote, et plus récemment Fortunino, les démons de Verdi au Funambule.
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