La guerre de Troie n’aura pas lieu

90 ans plus tard, la possibilité d’une guerre reste entière
De
Jean Giraudoux
Durée : 1h15
Mise en scène
Edouard Dosseto
Avec
Ghina Daou ou Tatiana André, Edouard Dosseto, Gaspard Baumbauer, Leslie Gruel ou Marie Benati, Adam Karoutchi ou Guillaume Villiers-Moriamé, Majd Mastoura ou Rémi Couturier
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Studio Hébertot
78bis, boulevard des Batignolles
75017
Paris
01 42 93 13 04
Du 12 février au 5 avril 2026, du jeudi au samedi à 19h, dimanche à 17h
Théâtre du Cotentin (Normandie), les 6,7,8 mars
Théâtre de Bourbon (Allier), les 31 juillet, 1er et 2 août 2026

Thème

  • Le texte de La Guerre de Troie n’aura pas lieu a été écrit par Jean Giraudoux en 1935, en écho aux tensions géopolitiques de l’époque.

  • L’histoire se déroule à Troie, après l’enlèvement d’Hélène par Pâris, quelques heures avant l’arrivée du négociateur grec Ulysse. Dans une sorte de cellule de crise, les principaux acteurs troyens se réunissent pour décider de l’attitude à adopter face à l’imminence d’un conflit : faut-il déclarer la guerre aux Grecs ? Faut-il négocier et éviter l’affrontement ? 

  • Ces questions, sous leur forme antique, sont traitées comme une mise en miroir des enjeux diplomatiques contemporains : l’inéluctabilité de la guerre, l’impuissance des pacifistes face au bellicisme et la passivité d’une majorité silencieuse.

Points forts

  • La pièce, assez courte (environ 1 h 15), mise sur la tension dramatique plutôt que sur l’action, ce qui maintient une intensité constante et favorise une réflexion très actuelle sur les mécaniques de la guerre, la responsabilité collective et l’ironie tragique du destin.

  • La mise en scène est moderne et engagée. Edouard Dossetto transpose habilement la “cellule de crise“ troyenne dans un espace qui rappelle des négociations internationales contemporaines. L’utilisation de codes visuels et sonores familiers (omniprésence de la vidéo, la plus part du temps, très bien venue) parfois proches d’une assemblée politique ou d’une salle de conférence, offre un pont efficace entre l’antique et le présent, rendant le propos de Giraudoux plus perceptible pour un public d’aujourd’hui.

  • Les comédiens donnent vie à des personnages à la fois puissants et vulnérables, tiraillés entre raison et passion. Ils parviennent à  faire ressortir tant l’humour grinçant du texte que sa gravité tragique sous-jacente.

  • Même si la valeur de l’honneur et le sentiment du tragique, magnifiés par Homère et repris par l’auteur, ont bien changé au XXIème siècle, la pièce reste d’une incroyable actualité. L’auteur, fervent pacifiste (il a été blessé deux fois pendant la Première Guerre mondiale) y fait le lien entre les événements de l’Antiquité et la situation dans l’Europe des années 1930. Bis repetita de nos jours …

Quelques réserves

  • Le parti pris de modernisation avec la transposition contemporaine, si elle dynamise le texte, peut parfois écraser certaines nuances du langage poétique de Giraudoux, qui repose sur une forme d’élégance et d’ironie caractéristique des années 1930. 

  • Pour un public moins familier du théâtre classique français, la langue – même adaptée – peut paraître exigeante et un peu datée.

  • Le texte et sa mise en scène posent une vision très “politique“ et formelle des événements, au détriment d’une narration plus émotionnelle. Les personnages disparaissent derrière les rôles et les humains derrière leurs destinés.

Encore un mot...

  • La Guerre de Troie n’aura pas lieu au Studio Hébertot est plus qu’une simple reprise : c’est une actualisation pertinente d’un texte qui, malgré ses presque cent ans, résonne puissamment avec les enjeux du monde d’aujourd’hui. En mêlant humour, tragique et réflexion politique, la pièce interroge ce que nous, en tant que société, sommes prêts à faire pour éviter la guerre – ou ce que nous sommes prêts à tolérer en son nom.

  • Dans un contexte international marqué par de conflits ouverts et des tensions latentes, cette représentation d’un texte classique revisité invite chacun à penser la paix, non pas comme une évidence, mais comme une lutte quotidienne contre l’indifférence et la peur.

Une phrase

• ANDROMAQUE : «  La guerre de Troie n'aura pas lieu, Cassandre !
- CASSANDRE : Je te tiens un pari, Andromaque.
- ANDROMAQUE : Cet envoyé des Grecs a raison. On va bien le recevoir. On va bien lui envelopper sa petite Hélène, et on la lui rendra.
- CASSANDRE : On va le recevoir grossièrement. On ne lui rendra pas Hélène. Et la guerre de Troie aura lieu.
- ANDROMAQUE : Quand Hector est parti, il a juré que cette guerre était la dernière.
- CASSANDRE : C'était la dernière. La suivante l'attend.
- ANDROMAQUE : Cela ne te fatigue pas de ne prévoir que l'effroyable ? 
- CASSANDRE : Je ne prévois rien, Andromaque. Je tiens seulement compte de deux bêtises, celle des hommes et celle des éléments. »

L'auteur

  • Jean Giraudoux est né le 29 octobre 1882  en Haute-Vienne, et mort le 31 janvier 1944 à Paris. Son parcours scolaire est typique d’une certaine méritocratie républicaine telle qu’encouragée par la IIIe République, puisque boursier au lycée de Chateauroux (qui porte son nom de nos jours), il cumule les distinctions scolaires, jusqu’à intégrer l’ENS Ulm puis, à la faveur des concours de recrutement d’alors, occuper des fonctions diplomatiques. 

  • Caractéristique de cette « génération des khâgneux et normaliens » de l’entre-deux-guerres étudiés par l’historien Jean-François Sirinelli. Ce germanophile accompli prône un pacifisme assez caractéristique de celui des anciens combattants d’une Première Guerre mondiale, qu’il a faite, avant d’être blessé en 1915 et de servir ensuite dans diverses missions diplomatiques françaises à l’étranger. 

  • Dans l’entre-deux-guerres, Giraudoux, tout en exerçant ses fonctions, écrit des romans avant de se diriger vers le théâtre. Sa rencontre avec Louis Jouvet, qui a monté La guerre de Troie n’aura pas lieu, sera déterminante, car il mettra en scène et interprètera ses œuvres principales. Ses pièces les plus connues sont Amphitryon (1929), Electre (1939), Ondine (1939), ou encore La Folle de Chaillot (1944)…

  • Il intègre le gouvernement de juillet 1939 à mars 1940 au poste de commissaire général à l’Information, où il établit la censure. Son rôle public s’éteint durant l’Occupation et sa confiance initiale envers le maréchal Pétain s’effrite assez rapidement.

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