La Passion des femmes

L’éternelle ambiguité des passions
De
Guy de Maupassant, adapté par Jean-Pierre Hané
Mise en scène
Jean-Pierre Hané
Avec
Bérengère Dautun, Catherine Piffaretti, Rose Sorin, Mateo Autret-Vasquez et Jean-Pierre Hané.
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Studio Hébertot
5, rue Nicolas Appert
75017
Paris
01 42 93 13 04
Jusqu’au 15 février 2026. Mercredi au samedi à 21 h, dimanche 14h30.

Thème

  • Une dame âgée et élégante accueille les spectateurs et égrène ses souvenirs, ceux d’une femme qui a su se faire une place dans la société patriarcale de la fin du XIXe siècle. Elle sera la confidente de tous les protagonistes de la pièce et le lien qui unit les différents tableaux de cette comédie. 

  • Les protagonistes sont en l’occurrence des jeunes gens amoureux que séparent la volupté de l’un et la pruderie de l’autre, un couple marié et désuni qui conclut un accord à la fois extravagant et logique, des échanges complices entre deux femmes sur les charmes de la moustache, une servante brisée par les assauts sexuels de son maître, un divorce obtenu de haute lutte grâce à un flagrant délit savamment orchestré.

  • Le spectacle propose un kaléidoscope de situations socialement situées, à la fois vraies et cocasses et parfois authentiquement émouvantes, en proportion de leur ancrage dans le réel. 

Points forts

  • On retrouve toujours avec plaisir le cynisme et la brutalité de Maupassant, à qui l’on doit cette lecture frontale de la société dans laquelle il évolue. Les représentations genrées qu’il produit sont à la fois celles d’un auteur ambigu et d’une époque qui elle ne l’est pas, assignant les femmes à des rôles et des types très strictement définis et étroits. 

  • Si Maupassant n’échappe pas aux préjugés de son temps en ce qui concerne des qualités féminines qu’il essentialise volontiers et l’appétit génésique des mâles, il est résolument à contre-courant de nombre de préjugés sociaux, sur le mariage et sur le viol ancillaire notamment. Cet anticonformisme lui permet de brosser des portraits savoureux de femmes qui prennent leur vie en main, même si c’est au prix d’une profonde rouerie. Mais c’est que leur situation – de femme mariée soumises à un code civil sexiste, de servante socialement dominée - leur interdit d’agir autrement, leur soumission produisant une nécessaire duplicité.

  • Comme les frères Goncourt, Mirbeau, Zola et quelques autres de ses contemporains, Maupassant a saisi et osé dire l’horreur de la condition domestique et le parfum de soumission sexuelle qui entoure les rapports entre maîtres et domestiques. Le « il a fait c’qu’il a voulu » prononcé par la servante infanticide admirablement interprétée par Rose Sorin, dit tout de cette réalité sociale.

  • Cette comédie littéraire est servi par un jeu d’acteurs plein de tempérament et une mise en lumière très réussie.

Quelques réserves

  • Evidemment, la prose de Maupassant, particulièrement en ce qui concerne les rapports de genre, est un peu datée… C’est pourquoi on peut ne pas goûter pleinement le choix des textes, exclusivement centrés sur les rapports de genre, thème qui plus que d’autres a pris des rides. Comment entendre sans sursauter en 2026 que « la femme douée de charme domine par la caresse », ou qu’elle « est un être de sensation et de passion » ? Et acquiescer à l’idée, plusieurs fois répétée au cours du spectacle, que dans la société de la fin du XIXe siècle, les femmes mènent largement la danse. 

  • Et même si les coutures entre les différents textes sont assez habilement faites, cet assemblage hétéroclite produit parfois une certaine confusion, dont témoigne du reste le titre choisi, La passion des femmes étant un énoncé pour le moins ambivalent. On perd donc le fil d’un propos qui ne fait pas système. 

  • Ne faut-il pas plutôt se résoudre à apprécier Maupassant comme un conteur et un conteur aux personnages équivoques, plus que comme un penseur ? Car l’écrivain n’est pas un philosophe : il éprouve, il réagit, il se contredit parfois et c’est très bien, mais en 1h20 et sur une scène, c’est un peu trop d’incohérences pour être tout à fait digeste, que la raideur de la mise en scène ne corrige pas…

  • Enfin, transmuer le pessimisme fondamental de Maupassant en comédie de mœurs, c’est au total assez déroutant…

Encore un mot...

  • Le mariage est-il autre chose qu’une convention bourgeoise ? Telle est la question que Maupassant se pose, et à laquelle il répond nettement : le mariage est un lien social et non moral, et l’amour ne pèse pas lourd dans la danse des conventions sociales. Seule la sensualité triomphe. 

  • Ces interrogations, lourdes de transgressions multiples, sont une critique à la fois amère et profondément conservatrice de l’optimisme bourgeois qui semble triompher à la fin du XIXe siècle.

Une phrase

  • « Le mariage, c'est un échange de mauvaise humeur le jour et de mauvaises odeurs la nuit. »

  • « Un baiser légal ne vaudra jamais un baiser volé. »

  • « Il ne faut jamais prendre une maîtresse qui ne peut plus vous être infidèle. »

  • « L’amour libre est une chaine qu’on ne coupe pas. »

L'auteur

  • Disciple de Flaubert et maître incontesté de l’art de la nouvelle, Guy de Maupassant a cependant pâti de la gloire de ses maîtres, Flaubert et Zola à qui il fut souvent comparé sous l’étiquette commune du “naturalisme“, après la publication de Boule de suif en 1880. 

  • On doit à se scrutateur des mœurs à la fois malicieux, cynique et brutal près de 300 nouvelles, six romans et de nombreuses chroniques de presse. S’il fut salué pour la finesse de ses observations, sa pénétration psychologique et la simplicité d’un style fluide, on lui a aussi reproché une manière de superficialité. Mais cela ne doit pas faire oublier la singularité d’un écrivain désorienté par les hypocrisies sociales et habité par le sentiment du tragique. 

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