La vie secrète des vieux
Avec : en alternance (et selon leur longévité) : Bernard Babkine, Annie Boisdenghien, Micheline Boussaingault, Mariecke de Bussac, Chille Deman, Martine Devries, Jean-Pierre Dupuy, Yasmine Hadj Ali, Nicole Jourfier, Salimata Kamaté, Étienne Kretzschmar, Jacqueline Juin, Christian Le Petit, Annette Sadoul, Jean-Paul Sidolle.
Infos & réservation
Thème
La vie secrète des vieux est une pièce délicate et inattendue, qui aborde un territoire encore très peu exploré sur scène : la sexualité des personnes âgées, sous l’angle de l’intimité, du désir et de leur vie intérieure.
Ici, il n’est pas question de nostalgie figée ni de crépuscule résigné. La pièce s’intéresse à ce qui continue de vibrer, malgré les années : l’amour, le manque, le corps, et surtout le regard que la société porte sur ceux qu’elle rend invisibles. À travers une série de tableaux inspirés de témoignages réels, La vie secrète des vieux déconstruit les clichés et rappelle que vieillir n’est pas cesser de désirer — ni d’être désiré.
Chaque personnage dresse le bilan de sa vie amoureuse pour nous emmener ensuite dans la piste de ses désirs actuels. Réunis dans une salle de bal, chacun(e) devient le porte-voix de sa génération. Ce tableau nostalgique est aussi drôle que poignant, avec la promesse que le désir peut se manifester jusqu’au dernier souffle. La pièce vous fait prendre un coup de jeune !
Points forts
Quelle idée incroyable de monter un tel spectacle ! En permanence sur le fil et toujours joliment perché, La vie secrète des vieux nous offre la plus belle des expériences : la rencontre de l’inconnu et de l’inattendu. Mohmad Et-Khatib a pour ses personnages une tendresse infinie et il sait les mettre à l’aise pour parler d’un sujet dont pour la plupart, ils n’ont jamais parlé à leurs enfants.
La grande réussite du spectacle réside dans sa sincérité et sa simplicité. Sans jamais tomber dans le voyeurisme, la mise en scène capte des fragments de vie avec une pudeur rare. L’auteur a travaillé le sujet en profondeur, en recueillant les témoignages d’une centaine de « vieux », comme il les appelle tout simplement.
Les interprètes, tous d’une justesse remarquable, portent des récits qui oscillent entre humour, tendresse et gravité. Certains moments frappent par leur audace — notamment lorsqu’ils abordent frontalement la sexualité des seniors — mais toujours avec une humanité désarmante.
Le dispositif scénique, sobre, laisse toute la place aux mots et aux silences, ce qui renforce l’émotion. On ressort de ce spectacle bouleversé, heureux, comblé (oserais-je même dire) …
Quelques réserves
- Aucune réserve. Ce spectacle est à voir par toutes les générations car, à défaut de l’être soi-même, on a tous au moins un “vieux“ dans notre proche entourage.
Encore un mot...
- C’est un spectacle audacieux et construit pas à pas. L’auteur a réussi à libérer et à décomplexer complètement la parole de ses vieux. Il a créé avec eux un esprit de troupe qui contribue à créer ce merveilleux moment d’humanité.
Une phrase
« Moi je veux bien tout vous raconter, mais je ne voudrais pas que mes enfants le sachent. »
« Et pourtant, l’amour demeure. Et plus encore, le désir. »
- « Une femme de 91 ans dit qu’elle aurait envie de faire l’amour tous les jours. »
L'auteur
Mohamed El Khatib est un auteur, metteur en scène et réalisateur né en 1980, dont le travail se situe à la croisée du théâtre, du documentaire et des sciences sociales.
Formé à Sciences Po et docteur en sociologie, il fonde en 2008 le collectif Zirlib, avec l’idée que l’esthétique porte toujours une dimension politique.
Son œuvre s’appuie sur le réel : il fait souvent monter sur scène des non-professionnels, donnant voix à des récits intimes et sociaux (ouvriers, supporters, enfants, personnes âgées).
Récompensé à plusieurs reprises, Mohamed El Khatib s’impose comme une figure majeure d’un théâtre documentaire sensible, où la vie précède toujours la fiction.
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