Le Bal des Voleurs
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Thème
A Vichy, où elle est en villégiature avec son vieil ami Lord Edgard et sa nièce Juliette, Lady Hurf « s’ennuie comme une vieille tapisserie », d’autant plus qu’elle est en butte aux avances des Dupont-Dufort, Père et Fils, banquiers au bord de la faillite qui aimeraient renflouer leur entreprise grâce à un beau mariage.
Trois jeunes pickpockets peu doués pour le métier profitent d’une méprise feinte de la riche Lady pour s’installer chez elle, en se faisant passer pour des Grands d’Espagne ruinés et y couler des jours paisibles : il y a là Peterbono le chef, Hector le « grand gaillard », et Gustave le candide apprenti, qui servent ainsi de distraction à la dame bien née.
Gustave et Juliette, enfants égarés dans cette tromperie d’adultes et pour adultes, tombent amoureux, mais le garçon souffre de devoir jouer la comédie à sa bien-aimée.
La petite troupe hétéroclite décide de se rendre, déguisée, au Casino où est organisé, croit-elle, un “Bal des Voleurs“…
Points forts
Quelle bonne idée d’avoir pris au pied de la lettre la proposition d’Anouilh qui, refusant à ses personnages toute profondeur psychologique, en fait des conventions, des rôles, de pures apparences, et d’adopter le ton et la forme de la commedia dell’arte, mêlant masques, travestissement, clown, échanges de rôles et tableaux dansés ! Anouilh avait déjà fait preuve d’audace en optant pour la comédie-ballet en plein coeur du XXe siècl,e et ce pari est encore accentué par les choix de la compagnie des Allumeurs de Réverbères.
Les douze personnages sont joués par quatre comédiens plus familiers de l’itinérance et du plein air que des salles closes, ce qui fait passer comme une bouffée d’air frais dans la salle du théâtre. Ils se livrent avec une pétulance contagieuse à d’étourdissants changement de costumes et de personnages dans un chassé-croisé virevoltant.
De ce théâtre de tréteaux destiné à divertir, ils ont la virtuosité corporelle, mimant l’énergie enfantine des voleurs autant que la raideur éreintée de l’aristocrate anglaise. Une mention spéciale à Camille Mammar, désopilante et impressionnante en extravagante lady sur le retour.
Comme chez Pirandello, à l’égard de qui Anouilh reconnaissait avoir une dette, burlesque et loufoquerie masquent, comme par une sorte d’ultime politesse, les blessures intimes des personnages, car le public vient au théâtre « pour oublier ses ennuis et surtout la mort », disait-il.
Quelques réserves
- Si on n’aime pas les comédies ballets, ou simplement… rire.
Encore un mot...
Anouilh défendait l’idée d’un théâtre de l’existence dont les humains seraient les acteurs, un théâtre porté par « une langue poétique et artificielle qui demeure plus vraie que la conversation sténographiée ».
Sa légèreté comique et euphorique n’empêche pas le Bal des voleurs de proposer une réflexion sur l’identité et son “impermanence“, sur le mensonge et le faux, puisque le travestissement règne ici en maître, que les dupes feignent d’être dupes, et que même l’innocente Juliette est prête à se transformer en voleuse pour accomplir ce qu’elle pense être son destin.
Mais, comme toujours au théâtre, le factice se révèle aussi véridique...
Une phrase
- Lady Hurf : « Je veux profiter de mes dernières années et rire un peu. J'ai cru pendant soixante ans qu'il fallait prendre la vie au sérieux. C'est beaucoup trop. […].Va, tu finiras comme moi, sous tes traits d’une vieille femme couverte de diamants, qui joue aux intrigues pour tâcher d’oublier qu’elle n’a pas vécu. »
L'auteur
Cette comédie-ballet de Jean Anouilh, créée au théâtre des Arts de Paris le 17 septembre 1938 dans une mise en scène d’André Barsacq, appartient à la catégorie qu’il a lui-même définie pour classer son œuvre, des « pièces roses », c’est-à-dire des œuvres de jeunesse, comédies légères et parfois grinçantes.
Ayant découvert le théâtre par Giraudoux, Jean Anouilh décide, après des études de droit et un emploi dans une entreprise de publicité, de s’y consacrer, et commence son œuvre en 1932.
Le Bal des Voleurs fut un succès immédiat, qui a connu plusieurs adaptations, notamment un ballet au festival international de danse de Nervi en 1960 par Léonide Massine, héritier des Ballets russes, sur une partition de Georges Auric. Quant à Anouilh, il devient après la guerre, l’un des collaborateurs de Roland Petit, en qualité de librettiste de ballet.
A sa mort en 1987, Anouilh laisse une œuvre théâtrale considérable : 47 pièces aux thèmes récurrents – la soif d’absolu, la nostalgie de l’enfance - dont la plus célèbre est sans conteste Antigone, réécriture moderne de la pièce de Sophocle, et donnée en 1944.
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