Sœurs
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Thème
Pascal Rambert reprend Sœurs, pièce créée en 2018 (avec Audrey Bonnet et Marina Hands) et aujourd’hui réinventée avec Audrey Bonnet et Victoria Quesnel. Une heure trente de duel verbal incandescent où la langue devient une arme, mais aussi l’ultime refuge de l’amour familial.
Tout commence par une absence. Leur mère vient de mourir. La cadette débarque brutalement sur le lieu de travail de son aînée pour lui reprocher de ne pas l’avoir prévenue à temps. De cette situation presque banale surgit un affrontement d’une violence rare. Les deux sœurs se renvoient leurs blessures, leurs rancœurs, leurs humiliations anciennes. Elles s’aiment autant qu’elles se détruisent.
- Comme souvent chez Pascal Rambert, le sujet véritable n’est pas l’intrigue mais ce que le langage révèle des êtres. Sœurs explore la mémoire familiale, la jalousie, la différence sociale, la culpabilité, mais surtout l’impossibilité de dire simplement l’amour. Les mots débordent, cognent, étouffent. Chaque phrase devient un territoire à défendre.
Points forts
La pièce est d’une intensité incroyable. Pascal Rambert écrit comme on mène un combat : longues phrases sans respiration, flux tendus, répétitions obsessionnelles. Cette écriture organique produit une forte tension physique.
Le duo formé par Audrey Bonnet et Victoria Quesnel est magistral :
Audrey Bonnet, muse fidèle de Rambert (et présente également dans Clôture de l’amour), maîtrise parfaitement cette partition émotionnelle où la précision du rythme compte autant que le sens ;
face à elle, Victoria Quesnel apporte une énergie plus brute, nerveuse, presque imprévisible. Leur affrontement possède quelque chose de chorégraphique.
La mise en scène et les décors (ou plutôt l’absence de décor), volontairement dépouillés, laisse toute la place au texte et aux corps. Aucun artifice ne vient distraire le spectateur. Cette nudité scénique accentue la sensation d’assister à une autopsie intime.
La pièce touche juste lorsqu’elle montre que derrière la cruauté subsiste une forme d’amour irréductible, dont on s’approche parfois, mais sans jamais y succomber. C’est sans doute ce paradoxe qui bouleverse le plus.
Quelques réserves
- Cette radicalité, le flot verbal continu et virtuose, caractéristique de Rambert, exige une forte disponibilité du spectateur. Dès lors, ceux qui attendent une progression dramatique classique ou davantage de nuances psychologiques pourront rester à distance de cette mécanique de l’affrontement.
Encore un mot...
- Sœurs confirme la singularité de Pascal Rambert dans le paysage théâtral contemporain. Son théâtre ne cherche ni le confort ni la séduction immédiate. Au Théâtre de l’Atelier, réunie en diptyque avec Clôture de l’amour, Sœurs trouve une résonance particulière : celle d’un huis clos familial où chacun reconnaît quelque chose de ses propres blessures.
Une phrase
- Victoria : « C’est l’heure de la vengeance, du règlement de compte, c’est l’heure où marchant sur mes pas, tu viens me faire payer d’avoir été la plus aimée, c’est ça, et toi, celle qui soi-disant n’a pas été désirée. Cliché. »
L'auteur
Né en 1962, Pascal Rambert est auteur, metteur en scène, réalisateur et chorégraphe. Ancien directeur du T2G – Théâtre de Gennevilliers, il développe depuis plus de vingt ans une œuvre centrée sur les relations humaines et la puissance du langage.
Sa Clôture de l’amour, créée au Festival d’Avignon en 2011, l’a imposé sur la scène internationale. Traduit dans de nombreuses langues, Pascal Rambert travaille aujourd’hui à travers le monde avec des comédien-ne-s de différentes générations et nationalités.
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