Le Barbier de Séville ou La précaution inutile

Tu m’enfermes ? Je m’enfuis !
D’après l’oeuvre de Beaumarchais (adaptée par Justine Vultaggio)
Durée : 1h15
Mise en scène
Justine Vultaggio
Avec
Oscar Voisin ou Arthur Guézennec, Victor O'Byrne ou Jules Fabre, Michaël Giorno-Cohen, Justine Vultaggio ou Laura Marin, Mikaël Fasulo, Alexis Rocamora
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre Le Lucernaire
53, Rue Notre-Dame des Champs
75006
Paris
01 45 44 57 34
Du 18 février au 24 mai 2026. Du mardi au samedi à 20h et les dimanches à 17h.

Thème

  • A Séville, la pupille Rosine est retenue en quasi-captivité chez et par son tuteur, le docteur Bartholo ; celui-ci entend faire de Rosine sa femme dans les plus brefs délais, avec le concours du cupide Basile, son homme-lige, corruptible à souhait.

  • Ses projets sont mis à mal par le coup de foudre entre Rosine et son mystérieux amant, un certain Lindor, lequel est fermement décidé à empêcher ce mariage forcé.

  • Pour cela, Lindor va s’adjoindre le concours du rusé Figaro, ancien domestique à Madrid devenu barbier à Séville et la complicité de Rosine, qui n’est point si innocente qu’elle en a l’air…

Points forts

  • L’intrigue est certes un peu convenue (un vieux barbon se fait souffler la pupille qu’il convoite par un jeune prince), mais l’essentiel tient à cette profusion de formules et réparties aussi élégantes que cinglantes (cf. les extraits ci-dessous), qui témoignent de la vivacité du « bel esprit » en vogue dans les salons de la fin de l’Ancien régime. 

  • Le délié des formules de Beaumarchais n’est jamais exempt d’arrière-pensées très critiques vis-à-vis de l’ordre établi au début du règne de Louis XVI, qui monte sur le trône un an avant que la pièce ne se donne. En effet, cette plume acérée est aussi brillante que profonde, qui développe sur l’Ancien régime des vues fort subversives, comme en témoignent les extraits ci-dessous, et les saillies de ce genre sont légion dans la pièce ! D’ailleurs, comment ne pas voir dans le docteur Bartholo, si âpre à vouloir s’approprier ce qu’il pense lui revenir, cette monarchie absolutiste impotente et bornée (du moins dans ses franges les plus conservatrices), en tout cas à bout de souffle au seuil du dernier tiers du XVIIIe siècle ? Sommes-nous également à la veille d’une nouvelle Révolution française ? En tout cas, nombre d’entre ces tirades pourraient s’appliquer à notre temps…

  • Dans une mise en scène fluide et des décors simples mais bien pensés et largement suffisants, l’un comme l’autre tout à fait adaptés à l’exiguïté du plateau, les comédien-ne-s déploient leur talentueuse énergie : 

    • un Figaro (Oscar Voisin) virevoltant et dessalé ;

    • Mikaël Giorno-Cohen, qui excelle à camper le vieux barbon, déclenche des rires à chacune de ses apparitions, non sans se départir d’un air vaguement inquiétant

    •  … tout comme Alexis Rocamora dans le rôle du cupide Basile, si prompt à se placer au service de qui le soudoiera le plus ;

    • sans oublier Justine Vultaggio, qui donne à Rosine charme, grâce, fragilité, et sa fort belle voix de mezzo-soprano dans les airs qu’elle interprète, en hommage à Rossini.
      La comédienne donne un certain relief à son personnage, qui est loin d’être l’oie blanche disputée entre deux “mâles alpha“ : elle lutte avec opiniâtreté pour choisir son sort et s’émanciper du carcan qui la menace. Ce faisant, Le Barbier de Séville, dont la tonalité politique et sociale n’est plus à prouver, possède aussi une dimension “sociétale“ bien mise en valeur ici.

Quelques réserves

  • Aucune digne de figurer ici.

Encore un mot...

  • On ne se rase pas un seul instant chez ce Barbier-là !

Une phrase

  • Figaro [expliquant au comte, son ancien maître, son départ de Madrid pour Séville] : « C'est mon bon ange, Excellence, puisque je suis assez heureux pour retrouver mon ancien maître. Voyant à Madrid que la république des lettres était celle des loups, toujours armés les uns contre les autres, et que, livrés au mépris où ce risible acharnement les conduit, tous les insectes, les moustiques, les cousins, les critiques, les maringouins, les envieux, les feuillistes, les libraires, les censeurs, et tout ce qui s'attache à la peau des malheureux gens de lettres, achevait de déchiqueter et sucer le peu de substance qui leur restait ; fatigué d'écrire, ennuyé de moi, dégoûté des autres, abîmé de dettes et léger d'argent ; à la fin convaincu que l'utile revenu du rasoir est préférable aux vains honneurs de la plume, j'ai quitté Madrid (…) accueilli dans une ville, emprisonné dans l'autre, et partout supérieur aux événements ; loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là ; aidant au bon temps, supportant le mauvais ; me moquant des sots, bravant les méchants, riant de ma misère et faisant la barbe à tout le monde ; vous me voyez enfin établi dans Séville, et prêt à servir de nouveau Votre Excellence en tout ce qu'il lui plaira m'ordonner
    - Le comte : Qui t'a donné une philosophie aussi gaie ? 
    - Figaro : L'habitude du malheur. Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer. »

[…]

  • Le comte [déguisé en Lindor] : « Tu ne dis pas tout. Je me souviens qu'à mon service tu étais un assez mauvais sujet. 
    Figaro : Eh ! Mon Dieu, Monseigneur, c'est qu'on veut que le pauvre soit sans défaut.
    Le comte : … paresseux, dérangé... 
    Figaro : Aux vertus qu'on exige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets ? »

L'auteur

  • Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799) présente pour la première fois Le Barbier de Séville ou la précaution inutile, une comédie en quatre actes, au théâtre de la Comédie Française (des Tuileries), le 23 février 1775. Dans la même veine s’ensuit, en 1778, La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro, comédie en cinq actes dont la première représentation officielle eut lieu le 24 avril 1784, après plusieurs années de censure. Ce Mariage fut même interprété par Marie-Antoinette (la comtesse), et son beau-frère, le comte d'Artois (frère du roi et futur Charles X, dans le rôle de Figaro !), dans le petit théâtre de la reine à Trianon et ce malgré l’interdiction de Louis XVI ! 

  • Justine Vultaggio met en scène la pièce et interprète Rosine (en alternance). Chanteuse lyrique (diplômée du Conservatoire de musique de Paris et de Mc Gill / Montréal), elle se produit en tant que soliste et dans divers opéras à Paris, Nice ou Montréal. Elle se forme ensuite à la comédie dans les cours du Foyer et, depuis 2018, monte sur scène dans de multiples spectacles. Elle en vient à la mise en scène (L’affaire de la rue de Lourcine de Labiche, lancée au Lucernaire en 2019, un beau succès à Paris comme à Avignon, puis Milady) en compagnie des Modits, la troupe qu’elle a fondée en 2018 avec Oscar Voisin (qui interprète ici Figaro).

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