Le Chaperon rouge de la rue Pigalle

Quand le Chaperon rouge s’avance masqué
De
Florence Hebbelynck
Durée : 1h15
Mise en scène
Stéphane Arcas
Avec
Florence Hebbelynck et Nicolas Luçon
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

La Manufacture des Abbesses
7, rue Véron
75018
Paris
01 42 33 42 03
Du 28 août au 1er novembre Lundi et mardi 21h, dim à 20h
Lu / Vu par

Thème

  • Frappée par la présence en bas de chez elle, dans Pigalle, d’une prostituée élégamment vêtue d’un manteau rouge hiver comme été, Florence l’est encore plus quand cette dernière disparaît de la circulation vers 2018. C’est que la dénommée Cathy arpenta les trottoirs de Pigalle durant un demi siècle, devenant  une sorte de célébrité de quartier, au même titre que Joe Attia, à l’époque du milieu corse et des bars louches tels Le Gavroche, Q.G. de la bande de la rue Lepic...
  • Florence décide de partir à sa recherche, et tout d’abord elle interroge ceux qui l’ont un tant soit peu connue, y compris un animateur radiophonique qui lui consacra un entretien sur France Culture sous le titre « La guinguette de Cathy n’a pas fermé » en novembre 2012.
  • Son périple, matérialisé par de multiples plots blancs qui jonchent la scène, l’amène à découvrir un personnage étonnant et déroutant, car Cathy, le “Chaperon rouge de la rue Pigalle“, a livré à ses contemporains des versions parfois fort différentes de son existence...

Points forts

  • Deux comédiens impliqués et affûtés pour une partition des plus délicates, qui jouent bien de l’alternance des témoignages enregistrés, de l’interprétation des protagonistes de l’enquête et endossent les différents rôles de manière convaincante, sans qu’un comédien travesti en nièce de Cathy à la perruque rose ne fasse pouffer.
  • Sur le fond, à partir de l’exemple concret de “Cathy“, la pièce saisit à la fois le mécanisme de l’entrée dans la prostitution, et ce qui conduit souvent celles et ceux qui s’y livrent à élaborer des récits de vie et livrer des témoignages variés, plus ou moins éloignés de la réalité factuelle, afin de “tenir debout“ et pour ainsi dire de “tenir le coup“. Et ce tout simplement pour faire face à l’opprobre général qui s’attache à cette activité, que d’aucun(e) qualifient de “métier“, mais n’est-ce pas précisément une manière de satisfaire à la double exigence décrite plus haut ?
  • Accessoirement, et surtout si l’on appartient pas à la corporation, on appréciera la manière dont la narratrice montre comment un animateur de radio – soi-disant journaliste et spécialiste d’entretiens - se fait totalement mener en bateau par Cathy. Obsédé par sa vision glamour de la prostitution, il tombe dans le panneau du récit de Cathy, cède à tous les poncifs du “faire vrai“, pense donner la priorité à l’émotion avec un manque de rigueur et de réflexion en amont qui laissent pantois.

Quelques réserves

  • La pièce reposant essentiellement sur l’exposition de témoignages, les tenant-e-s d’une acception académique du théâtre pourraient trouver que l’on est bien éloigné de cet art. Cependant, il reste qu’un travail d’interprétation de l’enquête et de ses protagonistes est effectivement est bel et bien mené et mis en scène. 
  • L’encombrement de la scène par d’innombrables plots blancs – à la fois obstacles à l’émergence de la réalité et points de passage pour y parvenir, métaphores des étapes de la vie de Cathy - rend le mouvement difficile pour les comédiens, et les contraint à un certain statisme qui fige un peu le spectacle.

Encore un mot...

  • La pièce met en évidence la difficulté de se construire quand on est « mal partie » dans la vie et quand la situation se pérennise, via la prostitution.
  • Accessoirement, ce spectacle dénonce de manière salutaire ces “professionnels“ qui squattent les ondes, notamment aux heures de grande écoute sur des stations réputées, dans des interviews où le narcissisme mal placé le dispute à une ignorance des enjeux, des chausse-trappe et des faux-amis de la parole et de l’entretien. Que de préjugés recyclés sous couvert de “professionnalisme“ !

Une phrase

Florence [dubitative] : « Pourquoi d’après toi, la prostitution est-elle majoritairement féminine ? »
Son interlocuteur [d’un ton assuré] : « Ça, c’est la loi de la nature... »

L'auteur

  • Florence Hebbelinck, comédienne née à Gand, travaille aussi bien en Belgique qu’en France Elle a interprété aussi bien du John Ford que du Labiche, travaillant notamment avec Stéphane Braunschweig, Clément Laloy, Christiane Girten ou Caroline Safarian. Elle est également actrice pour des longs (sous la direction d’Olivier Dahan, Albert Dupontel, Raul Ruiz) ou des courts métrages (de Lili Forestier ou Philippe Lamensch). On peut aussi la suivre dans divers épisodes de séries télévisées (Enquêtes réservées, ou encore Salamander).
  • Le Chaperon rouge de la rue Pigalle constitue son premier projet personnel au théâtre.

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