Thêatre-Spectacles

Le Misanthrope

De Molière
Mise en scène : Michel Fau
Avec Julie Depardieu, Michel Fau, Edith Scob, Jean-Pierre Lorit, Jean-Paul Muel, Laure-Lucile Simon

Infos & réservation

Théâtre de l'Oeuvre
55 rue de Clichy
75009 Paris
Tél. : 0144538888
http://www.theatredeloeuvre.fr

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 10 fév . 2014

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Un atrabilaire qui hait l'univers mondain est, curieusement, follement amoureux d'une femme, égérie de cet univers. Arrivera-t-il à le lui faire quitter pour partir avec lui dans ce qu'il appelle le "désert"?

Points forts

1 La très grande modestie de Michel Fau qui, sans chercher à adapter la pièce de Molière à l'époque contemporaine, a mis tout son talent au service de l'oeuvre elle-même.

2 L'hommage rendu à tout le côté farce apparente des textes de Molière, propice à de grands numéros d'acteurs. Ici, par exemple, la scène du sonnet où Jean-Paul Muel incarne l'Oronte le plus extravagant qu'il m'ait été donné de voir.

3 La manière de dire le texte qui fait que les mots deviennent, chez Molière, gestes et musique. Une occasion exceptionnelle de se rendre compte à quel point la langue de Molière peut être élégante.

4 La somptuosité des costumes, des coiffures, les lumières chaudes, la reproduction, en fond de décor tout proche,  sur un rideau rouge, de détails d'un tableau de Jérôme Bosch, tout contribue à créer une atmosphère étrange qui donne à penser que derrière le rire, derrière la farce, il y a autre chose. En l'occurrence, une vision hyper-réaliste de la complexité des êtres et de leur tendance à aller si souvent jusqu'au bout de ce qu'Ibsen appelait si justement, dans "LE CANARD SAUVAGE", leur "mensonge vital". Dans ce que Célimène décrit comme "ce grand aveuglement où chacun est pour soi".
    L'univers de Molière se situe, au fond, quelque part entre Racine et Shakespeare. Racine, dans la soumission quasi-fatale au destin, l'acharnement à s'enfermer dans l'impasse . Oreste :"Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne; Alceste :"Il me faut suivre ma destinée". Mais peut-être, plus encore, Shakespeare, à travers la complexité des personnages et l'utilisation ponctuelle du genre tragi-comique.

5 L'interprétation. Toute la distribution est remarquable:

- J'ai dit tout le bien que je pensais de Jean-Paul Muel dans le rôle d'Oronte.

- Michel Fau est admirable dans celui D'Alceste. On est loin ici de ce monstre de froideur vertueuse si souvent mis en scène. Avec Michel Fau, Alceste devient un personnage douloureux, qui comprend très bien tout ce que son amour a de contre nature -"La raison, confesse-t-il n'est pas ce qui règle l'amour"- et qui est, au fond, malheureux d'aimer. Mais il se laisse entraîner, jusqu'au coup de poker final. 

- Julie Depardieu est pleine de maîtrise dans le rôle de Célimène, femme "à l'humeur coquette et l'esprit médisant". Avec elle, Célimène n'est pas une écervelée, c'est une veuve au fond assez grave, qui cherche surtout à s'étourdir, en restant sur son quant à soi. Et on ne peut lui dénier un profond bon sens quand elle dit :"Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable?". Vraie question, en effet. Ou dans sa réponse finale à Alceste :"Moi, renoncer au monde avant que de vieillir?"

- Jean-Pierre Lorit est très sobre, très naturellement simple dans le rôle de Philinte, le "sage" de la pièce, qui s'accommode de ce qu'il ne peut changer.

- Laure-Lucile Simon est d'une beauté somptueuse dans le rôle d'Eliante, cousine de Célimène, et amoureuse transie d'Alceste.

Points faibles

1 Question iconoclaste pour le Landerneau culturel: franchement, cette pièce, comme la plupart des grandes pièces classiques, ne gagnerait-elle pas à être raccourcie d'une bonne 1/2 heure? En grappillant ici et là. Je pense, par exemple, au très long échange entre Célimène et Arsinoé...

2 Plus grave: Déjà, dans la pièce de Molière, comment comprendre que Célimène, la mondaine, accepte au rang de ses prétendants privilégiés, un homme pas très bien en cour et dont elle stigmatise "l'esprit contrariant qu'il a reçu des cieux" comme le peu de charme de ses propos: "On n'a jamais vu un amour si grondeur"?
   Mais, avec cette version, çà se corse: Michel Fau est certes un formidable acteur, mais accoutré comme il est là, comment penser que Célimène-Depardieu puisse lui trouver physiquement le moindre charme? Et, à fortiori, comment comprendre qu'Eliante-Laure-Lucile Simon, superbement belle, puisse  vouer à cet Alceste là un amour profond? Je veux bien que l'amour ait des mystères, mais...

En deux mots ...

Après l'excellent "MISANTHROPE" présenté en juin dernier à l'Odéon, dans une mise en scène de Jean-François Sivadier, voici donc une deuxième monture qui fait honneur à Molière. J'attends avec d'autant plus d'impatience la troisième, qui sera présentée en avril, à la Comédie-Française.

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