Le Plancher

Ce plancher-là aurait bien mérité un petit coup de rabot…
De
Adapté par Nicolas Dégremont du roman de Perrine Le Querec
Mise en scène
Frédéric Cherboeuf
Avec
Nicolas Dégremont et Zoé SAUBAT au violoncelle
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre Montparnasse
31, rue de la Gaité
75014
Paris
01 43 22 77 74
Du mercredi au samedi à 19h. Dimanche à 17h15. Jusqu’au 25 octobre 2026

Thème

  • Jeannot raconte sa vie de benjamin, fils unique - après la naissance d’un bébé mort-né - d’une famille de paysans installés à la fin des années vingt dans un Béarn inhospitalier. La famille repliée sur elle-même, marquée par l’incommunicabilité, doit affronter les 200 âmes, « jalouses, envieuses » et hostiles du village. 

  • Le traumatisme d’enfance, l’obligation de renoncer aux études pour semer, labourer, récolter, la mélancolie que lui laisse la guerre d’Algérie où il est « planté au carrefour du meurtre et de l’Histoire », la violence de cette famille : autant de blessures que Jeannot, « l’incomplet », porte en lui. 

  • Et puis vient le temps de dire les abus, les interdits les crimes, et avec lui une sorte de folie.

Points forts

  • L’histoire de ce garçon brisé est évidemment irrésistible. La performance de l’acteuru comédien et la chorégraphie athlétique qu’il dessine autour du plancher disposé comme un livre ouvert, dans une semi pénombre sont très impressionnantes. 

  • Le jeu bouleversant du violoncelle à la voix presqu’humaine offre un contrepoint émouvant à ce discours de la brûlure intérieure, tout en le ponctuant ici et là. Car le texte, parsemé de formules évocatrices (« la table tombale », « je passe mon bras autour de ma destinée »), est plein de beautés.

Quelques réserves

  • Cependant ces formules mêmes s’avèrent à la longue fatigantes. Les phrases courtes, Les interjections dramatiques, les exclamations occupent plus de place que le récit lui-même, pour ne rien dire de la quasi-absence de propositions subordonnées. On peut y voir, sans doute, une manière littéraire de rendre quelque chose de la folie de Jean. Mais outre que c’est aussi un peu trop emphatique et déclamatoire pour ne pas lasser, cela rend le récit parfois inintelligible. 

  • C’est particulièrement le cas pour l’épisode de l’Occupation et celui de la Libération qui laissent le spectateur un peu indécis quant au sens de ce qui est dit, et plus encore dans la dernière partie du spectacle, après l’enterrement de Joséphine, avec un propos qui devient complètement confuse. Quant au parti pris des cris et de la fureur, il alourdit encore l’ensemble.

  • On sort en songeant que le spectacle dure sans doute 20 minutes de trop, et en se demandant si cette pièce est de “l’art brut“ et ce que voudrait dire faire de “l’art brut“ sur scène, quand on est socialement et intellectuellement parfaitement intégré ? Bref, “l’art brut“ peut-il être du théâtre ?

Encore un mot...

• 208 mots sur un plancher de bois, gravés par Jeannot en 1971, après la mort de sa mère : telle est l’œuvre brute retrouvée dans une ferme des Pyrénées qui a inspiré le roman de Perrine Le Querrec et ce spectacle. 

• Le plancher de Jeannot, œuvre de Jean Crampilh-Broucaret (collection du Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne) est exposé actuellement au MAC VAL (Musée d’art contemporain du Val-de-Marne).

• On songe évidemment à cette autre découverte que fit l’historien Jacques-Olivier Boudon, dans un château, de planchers au revers desquels était gravé, en 72 phrases, le récit d’une vie. Joachim le menuisier avait ainsi, au début des années 1880, livré un témoignage exceptionnel sur sa vie, celle d’un homme du peuple et sur celle de son village des Hautes-Alpes. (Le plancher de Joachim. L'histoire retrouvée d'un village français, Belin, 2017).

Une phrase

  • « Il y avait une histoire où les parents étaient heureux et Paule, Simone et Jeannot, trois enfants gais et insouciants. Mais, on n’est pas dans cette histoire-là. » 

  • « J’aurais pas dû me promener dans le champ, ce jour-là, à la limite de la propriété. [Je] Vois Paule, son visage rougi, le corps écrasé sur une meule folle, les yeux dilatés, son corps brisé par un autre corps : Alexandre. 
    - “‘Papa !“’
    Il me projette dehors : “Tu n’as rien vu“’.
    - Je n’ai rien vu. »

L'auteur

  • L’écrivaine Perrine Le Querrec s’est fait une sorte de spécialité de révéler les secrets oubliés, métier qu’elle nomme : “recherchiste“. Egalement documentaliste et iconographe, elle a travaillé pour France Télévisions, Canal Plus, les éditions du Seuil, la Cité de la Mer de Cherbourg, l'Espace des Mondes Polaires et la Cimade, publiant son premier roman, "Coups de ciseaux", en 2007. 

  • Mais c’est à Jeanne l'Étang, son deuxième roman et au Plancher, son troisième tous deux publiés en 2013, qu’elle doit la notoriété. Ces textes témoignent de son goût pour la recherche documentaire (archives d'hôpitaux psychiatriques).

  • En 2023, Nicolas Dégremont adapte le roman pour le théâtre avec l’approbation de l’autrice, créant ce seul en scène, dirigé par Frédéric Cherboeuf, en tournée depuis 2024.

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