LE SYSTEME RIBADIER

UNE HORLOGERIE BIEN REGLEE
De
Georges Feydeau
Mise en scène
Ladislas Chollat
Avec
Patrick Chesnais/Isabelle Gelinas/Nicolas Vaude/ Benoît Tachoires/Elsa Rozenknop/ Karl Eberhard
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre de la Michodière
4 bis rue de la Michodière
75002
Paris
01.47.42.95.22
Du 5 octobre 2021 au 02 janvier 2022. Du mardi au vendredi à 20H00. Le samedi à 16H et 20H. Le dimanche à 16H

Thème

• Pauvre Angèle Ribadier, qui après avoir été trompée 365 fois en huit ans de mariage par son défunt mari et toute pleine de rancune, rend la vie impossible à son volage époux par sa jalousie et sa suspicion !

• C’est sans compter avec l’irruption dans le ménage de Thommereux, amoureux transi d’Angèle, qu’il croit veuve. Quelle déception pour lui qui veut s’en faire aimer…mais comment ? Confondre le mari en dénonçant le système ingénieux qu’il a mis au point pour tromper sa femme… Le système Ribadier résistera t’il ?

Points forts

• Les trois protagonistes principaux qui s’amusent dans une comédie réglée avec précision par Ladislas Chollat.

• Un Patrick Chesnais hilarant. La si délicieuse Isabelle Gélinas, ici, acariâtre au possible et avec génie, assortie d’un Nicolas Vaude virevoltant.

• Une très belle scénographie inspirée de Méliès, et de jolie facture.

Quelques réserves

• Quelques baisses de rythme dues en partie à l’écriture, suscitent parfois une petite impression de longueur.

• Une option de jeu pour les domestiques qui peut se discuter.

Encore un mot...

• On passe une bonne soirée, l’œil est charmé par une scénographie baroque mais originale, et qui nous plonge dans un autre temps, ce qui fait qu’on adhère à la comédie d’emblée. L’intelligence de Ladislas Chollat est de donner un vernis classique de très bonne facture à une situation d’un autre temps. Il est au service de l’auteur sans chercher à le « moderniser », et sans jamais le rendre désuet. 

• Bien sûr, Feydeau est là, auteur génial aux formules chocs et précises, mais la liberté donnée aux trois interprètes principaux dans une direction d’acteur parfois élastique renoue avec une tradition des grandes heures du théâtre, comme au temps de des Jacques Charon, Micheline Boudet, Paule Noëlle, et autre Jean Piat… Le numéro de Patrick Chesnais en Thommereux fait mouche à chaque réplique, tant son sens du comique et son écoute du public relèvent du grand art. Cabotin parfois ?.... non parfaite adéquation aux situations. Il a fait bon d’être au théâtre ce soir.

Une phrase

Ou plutôt deux, avec les principaux protagonistes

RIBADIER : « Ah !... Ah !... Lui !... Lui !... Toujours ton Robineau... Est-ce que c’est ma faute si ton premier mari t’a trompée ? 
ANGÈLE : Oh ! non, c’est bien de la mienne ! Si j’avais été́ plus clairvoyante... Aussi est-ce pour ça que je prends mes précautions maintenant. Le misérable ! Quand on pense qu’il m’a trompée toute sa vie, et que je n’y ai vu que du feu (…) Le gueux !... il a eu le cynisme de les consigner dans ce carnet, afin que la postérité́ n’en ignorât rien sans doute !... Il ne se contentait pas d’accomplir. Il fallait qu’il enregistrât !... Coureur !... Et archiviste !... Ah ! ça m’a édifiée sur sa conduite... 
RIBADIER : Aussi est-il bête d’avoir écrit tout ça ! Il y a des choses qu’on fait et qu’on n’écrit pas... 

[...]

ANGÈLE : Je ne pouvais pas rester veuve... c’est une position fausse... une période de transition... Ribadier me paraissait amoureux... 
THOMMEREUX (avec un rire amer) : Ah ! 
ANGÈLE : Ajoutez à cela son nom : Ribadier ! 
THOMMEREUX : Ah ! Bien, si c’est pour s’appeler Ribadier...
ANGÈLE : Ça y est pour beaucoup... Ribadier, Robineau... Même initiale... pas besoin de faire démarquer mon linge ni mon argenterie ! 
THOMMEREUX (se levant) : C’est ça... un mariage d’économie ! Je connaissais le mariage d’amour, le mariage de raison, mais ce mariage-là̀, non !... Qu’on épouse un homme parce qu’il a de jolies moustaches, ou qu’il porte bien la toilette, je le comprends encore... Mais que ce soit pour ne pas démarquer son linge ! Ah ! Non ! Ça me dépasse ! »

L'auteur

• Est-il nécessaire de donner ici la biographie de cet auteur comique prolifique,  qui enchanta le Paris de la fin du 19ème siècle par ces pièces insensées, si débridées et parfois si alambiquées qu’il s’est trouvé plus d’une fois obligé de les abandonner tant elles étaient emberlificotées. 

• Feydeau, c’est la comédie de ménage par excellence, dans laquelle le couple est mis à mal pour la grande joie des spectateurs. Incessamment repris depuis sa disparition, c’est une valeur sure de la bonne humeur. L’homme aux 44 pièces dont deux inachevées et cinq inédites, n’a pas fini de nous faire rire, et de nos jours… on en redemande !

 

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