Les filles aux mains jaunes

Un spectacle historique magnifique qui résonne aujourd’hui encore fortement
De
Michel Bellier
Durée : 1h30
Mise en scène
Alexandre Liebe
Avec
Alicia Rousseau, Nolwen Cosmao, Lucile Roux-Baucher et Love Bowman
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

La Scène libre
4, boulevard de Strasbourg
75010
Paris
01 42 38 97 14
Du 2 au 27 septembre, du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 15h (relâche le 20 septembre)

Thème

  • Eté 1914 : les hommes sont partis au front, et dans les usines d’armement, les femmes prennent leur place. Ces « munitionnettes » fabriquent des obus, douze heures par jour, dans le bruit, la chaleur et la poussière. C’est là que se rencontrent Jeanne, Rose, Julie et Louise, quatre femmes que tout semble opposer : l’âge, le caractère, les rêves, les convictions. Une seule chose les réunit : elles sont des femmes dans un monde qui ne leur appartient pas encore. 

  • Surnommées les « filles aux mains jaunes » à cause de la poudre de TNT qui colore leur peau, elles découvrent progressivement que leur travail ne leur apporte ni reconnaissance, ni véritable égalité. Mais l’usine va devenir, paradoxalement, le lieu de leur émancipation.

  • Louise, écrivaine et militante suffragiste, ouvre les yeux de ses camarades sur leurs droits. Peu à peu, la solidarité remplace la résignation.

Points forts

  • La pièce de Michel Bellier raconte un épisode méconnu de la Grande Guerre, mais surtout la naissance d'une conscience féminine et collective. Ces femmes apprennent dans la dureté du travail qu’elles ne sont pas seules et que leur union peut devenir une force. 

  • Les filles aux mains jaunes fait de la grande Histoire une histoire intime. Pas de tranchées, pas de généraux, pas de batailles : la guerre est vue depuis l’arrière, dans une usine où les femmes fabriquent les armes qui tuent les hommes qu’elles aiment.

  • Le texte évite surtout de transformer ses quatre héroïnes en simples porte-parole d’une cause. Jeanne, Rose, Julie et Louise ont chacune leur personnalité, leurs contradictions, leurs blessures et leurs espérances dans une dimension chorale parfaitement incarnée.

  • La mise en scène d’Alexander Liebe choisit la sobriété. Quelques caisses, un tabouret, des costumes d’époque, et surtout le son des machines, omniprésent, entêtant, qui fait exister l’usine sans avoir besoin de la construire. Idem pour les lumières. Ainsi, les comédiennes restent-elles au centre du dispositif.

  • Et elles sont quatre à porter la pièce avec talent et énergie. Membres de la compagnie En suspens, leur complémentarité, leur justesse et leur capacité à passer du rire à l’émotion, sont pour beaucoup dans la réussite du spectacle.

Quelques réserves

  • Aucune, tant le texte, la mise en scène et le jeu des comédiennes apportent un équilibre très juste entre récit historique, réalisme et mélodrame.

Encore un mot...

  • Plus d’un siècle après 1914, Les filles aux mains jaunes n’a rien d’un spectacle poussiéreux ni passéiste. Les questions qu’il pose — égalité salariale, autonomie, reconnaissance du travail des femmes, solidarité — continuent de résonner, hélas ...

  • La force du spectacle est précisément de ne pas faire un cours sur le féminisme. Il montre comment quatre femmes ordinaires découvrent qu’elles peuvent devenir extraordinaires lorsqu’elles cessent de subir individuellement et commencent à agir collectivement.

Une phrase

  • « Si les femmes s’arrêtaient de travailler 20 minutes, les Alliés perdraient la guerre ! »

L'auteur

  • Comédien, auteur dramatique, dramaturge et scénariste, Michel Bellier s’est formé au Conservatoire National de Région (CNR) de Marseille, avant de mener une carrière à la fois sur scène, à la télévision et au cinéma. Il revendique une écriture très attachée à l’oralité : « les mots, c’est fait pour le bouche à oreille. »

  • Auteur d’une trentaine de pièces jouées en France comme à l’étranger, il a reçu plusieurs aides à l’écriture, notamment du Centre National du Livre et de la Fondation Beaumarchais. • Les Filles aux mains jaunes a obtenu la bourse Beaumarchais, le Coup de cœur du Panta Théâtre en 2014 et le prix du Printemps des Lycéens de Loire-Atlantique en 2015. Créée à Bruxelles en 2014, la pièce a ensuite connu plusieurs mises en scène et continue son parcours, plus de dix ans après sa création, manière de dire qu’elle a fait ses preuves.

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