LES PRODUCTEURS

Des fleurs pour ces Producteurs !
De
Mel Brooks
DUREE : 2 heures
Mise en scène
Alexis Michalik
Avec
(dans les premiers rôles) : Florent Peyre ou Bruno Gare, Alexandre Faitrouni, Régis Vallée, Thomas Aquila, Julien Mior, Roxane Le Texier ou Lina Stoltz (sans compter l’orchestre, dirigé par Shay Alon ou Thierry Boulanger).
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Théâtre de Paris
15 rue Blanche
75009
Paris
01.86.47.72.49
Jusqu’au 12 avril 2026, du mercredi au samedi à 20 h. Les samedis et dimanche à 16H

Thème

  • Max Bialystock est un producteur arrogant, hâbleur et passablement tyrannique. Il règne sur Broadway, mais il vient de faire un bide avec sa dernière production, Jamais sans mon crâne, une bousette inspirée d’Hamlet

  • Sa réputation n’est plus à faire, ses spectacles, à l’instar de son Britannicus is back, sont désespérément mauvais et la faillite se profile, mais Bialystock est prêt à tout pour se refaire une santé financière. Qu’importent les moyens mis en œuvre par ce producteur crapuleux, qui n’hésite par à faire le gigolo des petites vieilles pleines aux as, comme Prends-moi touche moi, une dame âgée et fortunée qui lui demande des jeux de rôle coquins en l’échange d’un petit chèque…

  • Mais voilà qu’un hasard providentiel envoie à un Bialystock aux abois Leo Bloom, petit comptable pusillanime et névrosé, qui ne se calme qu’en reniflant son doudou. Or Bloom livre Incidemment  à Bialystock une idée géniale pour se faire un maximum d’argent.

  • Persuadé de détenir la martingale, notre producteur s’associe à Bloom, qui a toujours rêvé d’en devenir un, et se met en quête du pire spectacle au monde, interprété par la pire équipe sévissant sur Broadway. 

  • Bialystock pense avoir décroché la timbale avec Des fleurs pour Hitler, écrit par un admirateur forcené de la Bavière et du défunt Führer... Il recrute ensuite  l’inoubliable metteur en scène des Nouvelles aventures de Samson, l’homme au bras d’acier, et tout le reste de la troupe à l’avenant… Quant au public, Bialystock a pris ses précautions : « Pour s’assurer du scandale / Y’aura des juifs plein la salle ! »

Points forts

Nous voici le temps d’une soirée plongés dans le cœur d’un musical de Broadway, et celui-ci est de la meilleure facture.

  • Qui dit musical dit orchestre, et celui-ci est épatant, qui a la bonne idée de nous accueillir avec un pré-show truffé de standards du jazz New Orleans.

  • Un rythme mené tambour battant par un Bruno Gare qui, ce soir-là, avait mangé du de Funès, Alexandre Faitrouni (Léo Bloom) ne lui cédant en rien, sans parler de la volcanique Ulla (Roxane Le Texier). Les changements de décor express, marque de fabrique de Michalik,  sont à l’unisson, et dynamisent un spectacle sans aucun temps mort.

  • Les numéros chantés et dansés sont réjouissants, avec notamment un formidable ballet des comptables“, ensuite égalé voire dépassé par le numéro des vieilles nymphomanes expertes dans le maniement du déambulateur. 

  • L’humour féroce et déjanté de Mel Brooks donne ici toute sa mesure, la traduction et l’adaptation restant fidèles à l’original et ne déparant pas en matière de comique, y compris par diverses allusions (des Village people aux Molière) plutôt bienvenues . Bien sûr, il y a des personnages assez stéréotypés - le producteur lubrique et sans scrupule, le metteur en scène “folle furieuse“ et sa cour de gitons, la secrétaire accorte, etc… - mais dans l’ensemble, on rit encore de cette galerie un peu datée, mais si haute en couleurs. 

Quelques réserves

  •  Quelques anachronismes pas toujours nécessaires, mais à ceci près, c’est de la très belle ouvrage.

Encore un mot...

  • Comme toujours chez Mel brooks tout est démesuré, irrévérencieux et politiquement très incorrect, et c’est un régal ! Le public est embarqué dès le premier numéro et rythme de ses applaudissements chaque tableau. 

  • Dans une époque troublée que nous traversons, c’est un spectacle qui vous débarrasse le temps d’une soirée de toute votre morosité et vous enchante par un second degré acide et acerbe. 

  • La conjugaison Brooks et Michalik est un duo gagnant : pourquoi se priver d’un bon bain de fantaisie débridée ?

Une phrase

  • Max Bialystock [exposant son plan à Léo Bloom] : « Un : on trouve la pire pièce jamais écrite. Deux : on engage le pire metteur en scène de toute la ville. Trois : on lève deux millions de dollars…Quatre : on embauche les pires acteurs de New-York, grande première à Broadway. »
    Léo Bloom : « On aurait jamais du rentrer là-dedans , là, ça va trop loin.
    - Max : Trop loin ? Ça, c’est rien du tout. Je te préviendrai quand ça ira trop loin. »

  • Un comédien [interprétant Des Fleurs pour Hitler]  : « Moi je suis né à Munich / C’est pourquoi je m’appelle Ulrich ! »

  • L’interprète d’Hitler :
    « Heil à moi ! Y a pas d’meilleur dictateur dans le secteur ! »
    - « Ils ont crié “bis“ quand ils ont vu cette saucisse ! »

L'auteur

  • Mel Brooks est un grand producteur américain, également scénariste, metteur en scène et comédien, travaille initialement beaucoup pour la télévision. Il se rend célèbre  dès les années 1960 en créant à la télévision américaine une parodie d’espionnage au moment du triomphe de James Bond, et ce sera Max la menace

  • A partir de la fin des sixties, Mel Brooks enchaine plusieurs succès cinématographiques, dont Les Producteurs, son premier long métrage (1968). S’ensuivent Le shériff est en prison puis le très célèbre Frankenstein Junior, où ses acteurs fétiches Marty Feldman et Gene Wilder triomphent dans des rôles culte. 

  • Mel Brooks a remporté tous les prix américains : les Academy Awards (un pour Les Producteurs), Emmy Awards, Les Grammys (deux pour Les Producteurs) , les Tony Awards, et bien sur les Oscars.

  • Sa société de production, La Brooksfilms Ltd, a notamment permis la réalisation d’ Elephant Man par David Lynch, et de La Mouche par David Cronenberg. 

Commentaires

Marc Delaunay
ven 23/12/2022 - 13:19

Excellent, en effet. Une excellente soirée.

Bessin orian
lun 06/04/2026 - 02:28

Je suis allé voir Les Producteurs avec une vraie attente. Amateur du travail d’Alexis Michalik — notamment Le Porteur d’histoire ou Une histoire d’amour — j’espérais retrouver cette finesse, cette intelligence d’écriture, cette capacité à mêler humour et émotion.
Je n’ai jamais été aussi déçu.
Soyons justes : la forme tient. Les comédiens sont investis, les chorégraphies sont efficaces, les décors soignés. L’ouverture, portée par une énergie jazzy communicative, laisse même croire qu’on va passer une excellente soirée.
Mais tout s’effondre très vite.
D’abord, l’expérience est rendue pénible par des conditions de salle difficiles : en hauteur, dans une chaleur étouffante, au point de devoir lutter pour rester concentré. Mais ce n’est qu’un détail face au reste.
Le rythme est déséquilibré, alternant quelques séquences dynamiques avec de longs passages ennuyeux. Pire encore pour une comédie musicale : la diction est parfois si floue qu’on ne comprend pas les chansons. Et quand le texte disparaît, il ne reste qu’un bruit informe. Impossible d’être emporté.
L’absence de Florent Peyre, pourtant annoncé, n’aide pas — sans être le cœur du problème.
Non, le vrai problème est dans le fond. Et il est sérieux.
Le spectacle repose en grande partie sur des blagues ouvertement homophobes. Les personnages homosexuels ne sont pas des personnages : ce sont des caricatures lourdes, répétées, réduites à des clichés ridiculisants. Leur “folle exubérance” n’est jamais interrogée, jamais nuancée — elle est simplement utilisée comme ressort comique. On ne rit pas avec eux, on rit d’eux.
Et c’est là que le traitement d’Hitler devient particulièrement problématique.
Le principe du spectacle est de monter une pièce censée être un fiasco, notamment en mettant en scène Hitler de manière absurde. Sur le papier, on pourrait s’attendre à une satire qui ridiculise la figure nazie. Mais dans les faits, le mécanisme repose sur une idée douteuse : rendre Hitler ridicule en le faisant interpréter de manière extrêmement caricaturale et “efféminée”.
Le problème, c’est que la cible n’est jamais claire.
On n’a pas l’impression que le spectacle se moque d’Hitler. On a surtout l’impression que ce qui est censé être ridicule, c’est le fait d’être gay. Le rire ne naît pas d’une critique du nazisme, mais d’une accumulation de clichés homophobes. Le prétendu second degré ne fonctionne pas — il n’est ni lisible, ni assumé.
Résultat : un spectacle qui se croit satirique, mais qui tombe dans une facilité gênante et datée.
Nous avons quitté la salle avant la fin, après 1h45. Trop chaud, trop long, et surtout trop vide.
Ce qui est le plus incompréhensible reste l’écart avec le travail habituel d’Alexis Michalik. Comment un metteur en scène capable d’une telle intelligence dramaturgique peut-il proposer ici une œuvre aussi lourde, aussi peu subtile, et aussi problématique dans son humour ?

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