Les Vaches laitières ont aussi de beaux yeux

Rire pour survivre, parler pour guérir et lever un tabou pour toutes les autres : un spectacle qui dévoile, avec justesse et sincérité, les injonctions faites aux filles et aux femmes sur leur rapport au corps
De
Aurélie Bargème
Durée : 1h15
Mise en scène
Didier Brice (en collaboration avec Aurélie Bargème)
Avec
Aurélie Bargème, Marie Petiot et Maxime Perrin (musique live)
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Théâtre Le Funambule Montmartre
53 rue des Saules
75018
Paris
01 42 38 88 83

Thème

  • Victoire, la narratrice, raconte vingt ans de combat contre ce trouble alimentaire, mais surtout le moment où le passé revient frapper à la porte, à travers sa fille pré-ado. Ce spectacle trouve sa singularité dans le refus du pathos, car jamais il ne sombre dans la complaisance du malheur.

Points forts

  • Certaines pièces vous cueillent là où vous ne les attendiez pas. Le titre ici ne nous aide pas :  Les Vaches laitières ont aussi de beaux yeux appartient ainsi à cette catégorie de spectacles qui réussit l’improbable alliance entre la gravité d’un sujet intime — la boulimie — et une énergie scénique profondément joyeuse. 
  • En effet, Bargème a écrit ce texte comme une main tendue, lumineuse, lucide, rieuse même. On y parle de culpabilité, de secret, de répétition transgénérationnelle (ou pas), mais pour mieux montrer qu’on en sort, qu’on s’en libère, qu’on peut rire après avoir tant pleuré.

  • Le théâtre redevient ici un lieu de guérison, un espace où se dire, se comprendre et enfin se regarder autrement pour se libérer soit, mais aussi les autres. La pièce peut résonner très facilement en chacun de nous, même pour celles et ceux qui n’ont pas souffert de troubles alimentaires, car il s’agit surtout du rapport à son propre corps. 

  • La mise en scène de Didier Brice exploite subtilement l’espace : un réfrigérateur vintage devient presque un partenaire de jeu, tandis que la présence live du musicien Maxime Perrin enveloppe le récit d’une dimension sensorielle, parfois ludique, parfois poignante.

  • Les deux comédiennes — Aurélie Bargème, bouleversante de sincérité, et Marie Petiot, caméléon aussi drôle que tendre — dynamitent la notion même de témoignage en brouillant les frontières entre adresse au public, dialogue, confidences et incarnation théâtrale. Le résultat est vivant, mouvant, surprenant.

Quelques réserves

  • Aucune.

Encore un mot...

  • Un spectacle nécessaire, vibrant, essentiel, interprété et écrit avec une honnêteté rare — et un humour salvateur. On a ri, on a été touché-e-s voir parfois on a pleuré. Cette pièce fait réfléchir adulte comme adolescent.e. Allez-y avec vos mères et vos filles à partir de 12 ans. • Les hommes sont bien sûr conviés pour comprendre le rapport au corps de leurs filles et compagnes, et peut-être dès lors éviter aussi de lancer ces phrases assassines anodines qui marquent les corps et les esprits de leurs proches féminins… là encore sans culpabilité aucune de la part de l’autrice. 

  • Et puisqu’il ne reste que 11 dates, ne tardez pas !

Une phrase

  • « 2022 a été mon “annus horribilis“. Cette année-là, j’ai perdu mon père. Et avec lui, une large part de mon enfance. Pour la première fois, je ne me suis plus sentie “ fille de “, mais “mère de“. Tout au long des semaines qui ont précédé son départ, les souvenirs d’une période sombre sont étrangement remontés à la surface : mes années de boulimie, entre mes 18 et 30 ans. Une période tout à la fois de construction et de déconstruction, de perdition et de quête. Est-ce parce que la boulimie était liée à ma structure familiale, désormais bouleversée ? Ou parce qu’elle est fondamentalement une pathologie du passage à l’âge adulte ? Est-ce parce que mon bouleversement émotionnel m’a reconnectée avec mon “enfant intérieur“ ? Je l’ignore. Ce qui est, en revanche, certain, c’est qu’à partir de ce moment-là, ces souvenirs anciens n’ont plus cessé de toquer à ma porte… Jusqu’au déclic. Il remonte à janvier 2023, quand deux événements apparemment anecdotiques se sont télescopés. Cet après-midi-là, en rentrant de l’école, j’ai trouvé un paquet de bonbons dans le sac à dos de ma fille de 11 ans. Quand je lui ai demandé ce qu’il faisait là, elle m’a menti, avec légèreté, comme n’importe quelle ado peut parfois le faire. Pas de quoi fouetter un chat. Pourtant, j’ai aussitôt senti une vague d’angoisse terrible, qui m’a renvoyée, en un instant, trente ans en arrière. “Non, pas elle ! S’il vous plaît, faites que les choses ne se répètent pas !“ » (extrait de la note d’intention d’Aurélie Bargème).

L'auteur

  • Aurélie Bargème, née en 1971, est interprète et autrice. Elle travaille également à la télévision comme animatrice, pour Les Jardins d’Aurélie notamment. 

  • Elle livre ici un texte profondément autobiographique. La peur de voir sa propre fille affronter les mêmes injonctions et les mêmes pièges que ceux qui l’ont détruite, trente ans plus tôt. En choisissant d’en faire du théâtre, elle transforme une blessure en geste artistique, intime mais universel, qui interroge sans juger et libère sans accabler. 

 

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