Marco Polo et l'hirondelle du Khan

Dépaysement garanti dans le sillage d'un fascinant voyageur
De
Eric Bouvron
Mise en scène
Eric Bouvron
Avec
Jade Phan-Gia (l'épouse tatouée), Laurent Maurel (Kublaï Khan), Kamel Isker ou Eliott Lerner (Marco Polo) Musique et chants: Ganchimeg Sandag, Bouzhigmaa Santaro, Cecilia Meltzer, Didier Simione
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre La Bruyère
5 rue La Bruyère
75009
Paris
01.48.74.76.99
Jusqu'à début janvier: mardi au samedi à 21 h, le samedi à 15 h 30

Thème

Il existe au moins une dizaine de manuscrits relatant les voyages du Vénitien à travers l'Orient jusqu'en Chine, dont "Le devisement du monde" ou "Le livre des merveilles". Il s'agit ici d'une libre adaptation, uniquement centrée sur la partie chinoise, sans mention des autres pays traversés (entre autres, Perse, Arménie, Cachemire, Tibet, Java, etc). 

Les personnalités de Marco et de Kublaï Khan se dessinent peu à peu en insistant sur les différences qui les séparent: le statut tout d'abord, et l'âge aussi, le premier en pleine jeunesse, le second diminué par les douleurs physiques et les drogues. 

Leurs points de vue sur les raisons de vivre ou de mourir,  la relation aux femmes, la justice et l'autorité, divergent totalement, de même que leurs conceptions religieuses, Marco étant chrétien, le Khan étant insensible aux dieux et se considérant lui-même comme un dieu. Son utopie pour devenir maître du monde (ce qu'il était déjà vu l'immensité de son empire) est clairement exposée.

Cependant, du moins dans le récit dicté vers 1307 par Polo à Thibaud de Cepoy, transmis  à Charles de France, ne figure pas l'histoire d'amour entre Marco et l'épouse préférée du Khan qui danse comme une hirondelle. Or, elle constitue la part essentielle du spectacle... Peut-être est-elle tirée, ainsi que plusieurs autres anecdotes (sur le safran, la flotte en danger, etc) d'autres manuscrits plus ou moins tardifs. 

Points forts

·        Plus qu'une simple pièce de théâtre, c'est un joli spectacle qui nous est proposé  où se côtoient, de manière harmonieuse, la musique (avec des instruments surprenants), la danse, le chant, de beaux costumes et des maquillages soignés.

·        Un moment total de dépaysement, un "beau voyage",  grâce à une véritable recherche créative.

·        Les trois comédiens majeurs (Khan, Polo, la femme tatouée) excellent dans leur rôle. On prend plaisir à écouter et regarder les trois autres comédiennes, une chanteuse et deux musiciennes.

·        L'importance accordée aux sons (avec le bruiteur musicien Khalid K)  facilite l'imaginaire et contribue à la création d'une atmosphère "chinoise".

Quelques réserves

·        Plusieurs passages dans les dialogues pourraient paraître ressortir du cliché : dénigrement systématique du dieu des Chrétiens, insistance sur la petitesse de l'Occident, banalités sur le suicide, sur l'amour... Veut-on nous faire passer des messages ? Or, le récit de Marco Polo consiste plutôt à s'émerveiller des richesses inouïes de l'Empereur et des manières de vivre dans les provinces. Cet émerveillement n'est pas suffisamment rendu.

·        La relation au temps n'est pas clairement démontrée : Marco Polo séjourna seize ans en Chine. Ici, on a  plutôt l'impression que cette rencontre et cette histoire d'amour durent au plus quelques mois.

·        Les Polo ont été reçus avec grands honneurs et le Khan, heureux de leur venue, ne les traita pas seulement en vulgaires marchands (ce que les dialogues laissent entendre) mais les interrogea sur tous les rois et princes européens. Or, le texte insiste principalement sur le pape, soi-disant ignorant de l'existence de cet immense empire asiatique, et sur le mépris du Khan, ce qui est contraire au récit de Polo et historiquement faux.

·        Quelques cris et hurlements de l'acteur Khan, un peu jeune pour ce rôle, le rendent un peu moins crédible que Marco.

Encore un mot...

Une belle occasion de découvrir ou se remémorer les découvertes du plus fameux voyageur vénitien du XIIIe siècle.

Une phrase

"Le Grand Khan, seigneur de tous les seigneurs, et qu'on appelle Khoubilaï... a quatre femmes qu'il regarde comme ses épouses légitimes, appelées "impératrices", chacune d'elle a son nom propre et tient une très belle et grande cour qui ne comprend pas moins de trois cents jolies et plaisantes demoiselles... de vaillants écuyers et maints autres hommes et femmes."

L'auteur

Au metteur en scène, créateur et acteur, Eric Bouvron, on doit une adaptation des Cavaliers de Joseph Kessel pour lequel il a reçu un Molière du théâtre privé. 

Né en Egypte, il a vécu en Afrique du Sud. 

Il est fasciné par les steppes d'Orient. Inévitablement, il a rencontré là l'image des Mongols (les Tatars), dont celle du petit-fils de Gengis Khan, Kublaï (ou Khoubilaï) Khan, lequel régnait sur la Chine et avait accueilli à Khanbaligh (Pékin) les Polo, le jeune Marco, son père et son oncle en 1275. D' où l'idée d'Eric Bouvron d'imaginer la rencontre entre ces deux personnages, leur fascination réciproque et leurs visions du monde si différentes. Comme on ne sait rien de la vie intime de Marco Polo, l'auteur est autorisé à laisser courir son imagination.

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