Mémoire de fille

Tout Ernaux dans sa Mémoire de fille
De
D’après Annie Ernaux
Adaptation : Silvia Costa
Durée : 1h20
Mise en scène
Silvia Costa
Avec
Anne Kessler, Coraly Zahonero et Clothilde de Bayser
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Comédie-Française – Théâtre du Vieux Colombier
21 rue du Vieux Colombier
75006
Paris
01 44 58 15 15
Du 7 juin au 16 juillet, le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h

Thème

  • Annie Ernaux replonge dans son passé : l’été 1958, ses 18 ans et sa rencontre avec un homme avec lequel elle fait l’amour pour la première fois, lors d’une colonie de vacances dans l’Orne.
  • Cette expérience avec H, le moniteur-chef de la colonie, se révèle désastreuse. Pire encore, le lendemain, H l’ignore, la rejette et s’affiche avec d’autres femmes. La jeune Annie tente de l’oublier avec un autre, et s’attire dès lors une réputation de “fille facile“ ; elle subit en conséquence humiliations, insinuations et insultes de la part des moniteurs et monitrices.
  • A la rentrée, la jeune fille entre en classe de philo au lycée de Rouen, et nourrit pour H un amour fou et imaginaire, qu’elle compense par une phase de boulimie.
  • L’été suivant, elle est refusée à la colonie en raison de sa réputation. Son amour pour H s’efface petit à petit. Fin mars 1960, Annie part travailler comme jeune fille au pair à Londres. C’est là qu’elle envisage pour la première fois d’écrire.
  • La suite est connue de tous : l’agrégation de Lettres, l’enseignement, l’écriture, le succès éditorial et pour finir, le Nobel de littérature en 2022.

Points forts

  • Mémoire de fille fut écrit en 2014 et publié en 2016, près de soixante ans après les faits. C’est le temps qu’il aura fallu à l’auteure pour digérer cet épisode traumatisant et en faire un vrai manifeste contre la honte et l’humiliation, sentiments ô combien universels.
  • Au-delà de l’épisode qui constitue le sujet du roman et de la pièce, on retrouve en filigrane, sous la forme du récit autobiographique, tous les thèmes chers à Ernaux : ses parents, la sexualité, sa vie amoureuse, l’ascension sociale …
  • Le texte, parfaitement adapté par Silvia Costa, qui signe également la mise en scène, est confié à trois comédiennes qui se partagent et s’approprient magnifiquement la parole d’Annie Ernaux.
  • On peut vraiment parler de performance collective, tant les trois comédiennes, indissociables dans la qualité de leur jeu et leur effacement derrière ce grand texte, ne font qu’une. Elles se passent constamment le relais, comme dans une course au ralenti, sans que jamais l’attention du spectateur ne faiblisse.
  • Silvia Costa a choisi une mise en scène qui adopte un vrai parti pris : comme à La Samaritaine, ”il se passe toujours quelque chose” sur la scène. L’avantage est que cela confère au spectacle une dynamique qui donne du sens à chacun de leurs gestes et interpelle le spectateur en permanence, au contraire de ces pièces où l’on a parfois l’impression d’assister à une lecture très statique. Mais … (voir plus loin) …

Quelques réserves

  • … ce choix présente également un inconvénient : ce mouvement quasi-perpétuel, s’il ressemble parfois à un ballet minutieusement orchestré, donne parfois l’impression que chaque phrase est systématiquement illustrée par un geste, un acte, dont nous ne saisissons pas toujours la signification ni l’intention de la metteuse en scène.

Encore un mot...

Annie Ernaux est souvent adaptée au théâtre, certaines de ses pièces ont chroniquées par Culture-Tops :

Car en parlant de sa vie, l’écrivaine parvient à nous parler de nous, dans une totale universalité.

Une phrase

  • « En trouvant ma lettre de réponse à ma demande d’être engagée comme monitrice l’été prochain, j’avais peut-être déjà anticipé le refus qu’elle contenait. »
  • « La fille de l’épicerie pouvait s’enorgueillir de résultats que n’atteignaient pas les filles riches. »

L'auteur

  • Annie Ernaux est une autrice (elle tient à ce féminin) à part. Elle a écrit une quinzaine de livres en un peu plus de trente ans, et livre au compte-goutte les épisodes marquants de sa vie sous une forme romanesque, se servant d’un matériau autobiographique comme terrain de questionnement social.
  • Son oeuvre, qualifiée “d’auto-socio-biographique“, se caractérise par un style épuré où chaque mot est choisi, pesé, mis au service de récits courts, compacts, qui ne s’éloignent jamais de leurs sujets mais le creusent, le tordent, l’auscultent jusqu’à en extirper la complexité, sans retenue ni pudeur.
  • Annie Ernaux a vu sa carrière couronnée par le Prix Nobel de littérature en 2022.

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